4pji^

-!-'J^;M*(4»(fi|lL.

<

^

r^

\

/

V-

JUiL^vW' «•

^V

y '

"k.

■^.

>v

1

/

\

I

"popy

^

^^d

MJ^'i/

J

J Xl^ 1

4Q^.

?

l5^J

_^g

^

ïÈ^ ^

w

>7

r^ -^

•■^->^cr^/'

c ^, , ^

^

'^^jnC^ '^

i^'

^

W^j^

ir /^

~^m0lf

\

N

_/

^ f

Y^

^^1

U

L^W

K . {X

Digitized by the Internet Archive

in 2011 with funding from

University of Toronto

http://www.archive.org/details/letalmuddejrusOOschw

/

LE

TALMUD

DE

JÉRUSALEM

EN VENTE CHEZ LE MÊME ÉDITEUR :

Tome II. Traités Péa, Demain Kilaïm, Schebiith. Paris. 1878, gr. in-8° Épuisé.

Tome III. Traités Troumôth, Maasserôth^ Maasser schéniy IJdlla, 'Orla, Blccourim. Paris, 1879, gr. in-8° 10 fr.

Tome lY. Traités Schabbath, 'Eroubin. Paris, 1881, gr. in-8\ 10 fr.

Tome V. Tr. Pesahim. Yôma, Scheqalim. Paris, 1882, gr. in-8\ 10 fr.

Tome VI. Traités iSoi^cca, Rosch ha-schana, Taanithy Meghilla^ Haghiga^ Moed galon. Paris, 1883, gr. in-8* 10 fr.

Tome VII. Traités Ycbamoth et Sota. Paris, 1885, gr. in-8\ . 10 fr.

Tome VIII. Traités Kethouboth, Nedarim^ Guitin. Paris,

1886, gr. in-8« 10 fr.

Tome IX. Traités Guitin (fin)y Nazir, Qiddouschin. Paris,

1887, gr. in-S" 10 fr.

Tome X. Traités Baba Qamyna, Baba Mecia\ Baba Bathra,

Sanhédrin (I-VI). Paris, 1888, gr. in-8« 10 fr.

Tome XI. Traités Sanhédrin (fin)^ Makkoth^ Schebouoth, Aboda Zara, Horaioth, Niddah. P., 1889, gv. in-8°. . . 10 fr. Les volumes II et III, devenus rares, ne se vendent pas séparément.

AUTRES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR :

Histoire des Israélites jusqu'à nos jours. Paris, 1866, gr. in-8° grisé Épuisé.

Etliiiographie de la Tunisie (mémoire couronné par la

Société d'Ethnographie). Paris, 1868, in-8'* 3 fr.

Bibliograpliie de la Perse (ouvrage honoré, par l'Instit'it, de la 1" médaille du prix Brunet). Paris, 1876, gr. in-8<* . . 5 fr.

liittérature rabbiiiicfue. Elie del Medigo et Pic de la

Mirandole. Paris, 1878, ia-8*> 1 fr. 50

Des points-Toyelles dans les langues sémitiques

(Actes de la Société de Philologie). Paris, 1879, in-8\ ... 2 fr. 50

Elie de Pesaro (Voyage ethnographique de Venise à Chypre).

Paris, 1879, in-8° 2 fr

lies Incunables liébreum, et les premieres impres- sions orientales dtt XVt^ sièrle (Rapport au Ministre de l'Instruction publique sur une mission littéraire). Paris 1883, in-8% gravures 5 fr.

monuments littéraires de TEspagne. Paris, 1888, in-S"* ^ fr. 50

Jflaqré l>ardecié. Dictionnaire hébreu-italien du XV* s. P.

1889, in-8^ 5 fr.

£n Préparation : Bibliothera aristotelira. Mémoire couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres.

loipriineiie de l'Ouetit, A. NÉZAN, llay«au«.

flBI

LE

TALMUD

DE

JÉRUSALEM

TRADUIT POUR LA PREMIÈRE FOIS

PAR

Moïse SCHWAB

DB LA BIBLIOTHEC^E NATIONALE

INTRODUCTION ET TABLES GENERALES

9^. H .Q3

PARIS J. MAI50NNEUVE, LIBRAIRE -ÉDITEUR

25, aUAI VOLTAIRE, 25

RVJe r

i890.,.,.„«

-.RlS-Vl'

ill

i

,.i >

Tanta mules crat...

Vers 1867, F. de Saulcy a demandé la traduction d'une page du Tal- mud, pour son Histoire d'ïlérode. Tel a été le point de départ bien se- condaire, qui a mené jusqu'à traduire le Talmud entier. Certes, le pas est considérable : il a été franchi, sur les instances de cet orientaliste, qui ne doutait de rien.

Le traducteur, alors fort jeune, a sans doute eu le tort de ne pas s'arrêter devant les difficultés de tout ordre, inhérentes à un tel travail. Il s'est témérairement mis à l'œuvre. Pourtant, de prime abord, il n'a cru possible de réaliser un tel projet qu'à la condition d'avoir des collabora- teurs, puis faute d'entente avec eux il a se résigner à conti- nuer seul la voie ^, parcourue en une vingiaine d'années. Il a hésité plus d'une lois entre la conviction profonde de son incapacité, et Tassertion de maintes voix autorisées faisant valoir l'intérêt d'une version textuelle du Talmud. S'il est vrai que d le mieux est l'ennemi du bien >, devait-on se contenter d'une version imparfaite, plutôt que de ne pas ravoir du tout ? Puis, y avait-il lieu de donner suite à un premier essai? Devait-on le continuer par une sorte d'engagement tacite pris en publiant le commencement de l'œuvre ? Était-ce un bien ou un mal ? Toute la question est là.

Le sujet est si vaste, et les points à examiner sont tellement com- plexes^ qu'on ne saurait les traiter tous d'un coup. Pour faire face aux observations qui se présentent en foule, il est indispensable de procéder par méthode, de distinguer dans cet amas de sujets les uns des autres, et d'adopter les divisions suivantes dans le classement des matériaux :

1. Idées populaires et vulgaires, répandues sur le Talmud :

2. Origine historique, formation ;

3. Contenu fondamental, analyse des parties diverses ;

1. On lui a même attribué un collaboratour italien (?), parce qu'à tort il s'est ^ervi aux tomes I-III du terme non académique de sacerdote pour le mot hébreu Coherij mal traduit par « prêtre » ; il vaut mieux le reproduire tel quel, sans tra- duction.

a.

VI

4. Persécuiions subies, oppression séculaire ;

5. Manuscrits talmudiques des grandes bibliothèques, éditions ; |

6. Commentaires, interprétation, résumés ;

7. Premier projet de traduction en France ;

8. Ditticulté du langage ;

9. Plan et étendue du présent travail ; conclusion.

Après l'étude de ces diverses questions traitées une à une, l'on pourra le rendre coiDple de Toeuvre et de ses périls.

§1-

IDÉES POPULAIRES SUR LE TALMUD.

En effet, les obstacles sont multiples, plus embarrassants les uns que les autres, et ont de quoi effrayer l'esprit le plus téméraire. Comment reproduire d'une manière intelligible une conversation décousue, les idées se suivent sans style ni enchaînement, l'art de la rhétorique est complètement inconnu ?

Mais avant tout, qu'est-ce que le Talmud ? <r Quelle est la nature de cette étrange production, dont le nom, presque imperceptiblement commence à devenir un des mots qui sont familiers à TEorope i? Nous le rencontrons dans la théologie, dans la science et même dans la litté- rature générale. Il n'est pas un manuel consacré aux diverses branches de la science biblique, géographie, histoire sainte, chronologie numis- matique, qui ne fasse allusion au Talnrmd.

Les défenseurs de toutes les opinions religieuses en appellent à ses maximes. 11 y a plus : non seulement tous les lettrés^ les érudits du judaïsme et du christianisme, mais encore ceux de l'islamisme et du dogme de Zoroastre y ont recours dans leurs analyses des doctrines, des dogmes, de la légende et de la littérature. Prenons un volume récent de dissertations archéologiques ou philologiques : que ce soit un mémoire sur un autel Phénicien, sur une tablette cunéiforme, sur les poids et mesures de Babylone, ou sur les monnaies des Sassanides, nous sommes sûrs d'y trouver ce mot mystérieux : Le Talmud ! Ce ne sont pas seu- lement ceux qui ont retrouvé l'alphabet des langues perdues de Ghanaan et de l'Assyrie, dllimyar ou de la Perse de Zoroastre, qui appellent le Talmud à leur aide ; hs écoles modernes de philologie grecque et latine commencent à tirer parti des matériaux de l'école classique qui y sont épars.

i. Quarterly Review d'octobre 18G7, article d'Em. Dcutsch.

Vlll

<i Nous consitlorons toutes sortes île littératures religieuse, légale, ou autre, de tout Age et de tout pays, comme une partie et une portion de l'humanité. Dans un certain sens, nous nous en croyons responsables. Nous clierchons à comprendre la phase de cultuie inlellectuelle qui a donné naissance à ces parcelles de notre héritage, et l'esprit qui les anime. Tout en ensevelissant ce qui est mort en elle, nous recueillons avec joie ce qu'elles ont de vivant. Nous enrichissons le trésor de notre savoir ; leur poésie nous émeut ^ Ce sentiment désintéressé peut nous faire exalter le Talmud un peu au delà de ce qu'il mérite. A mesure que les preuves de sa valeur nous appaiaissent, nous pouvons en arriver à exagérer son importance pour l'histoire de l'humanité. Cependant, un vieil adage a dit : « Avant tout, étudiez; car quels que soient les motifs qui vous animent d'abord, vous aimerez bientôt Tétude pour elle-même 2. > Ainsi donc, même une attente exagérée de trésors enfouis dans le Tal- mud n'en aura pas moins son avantage, si elle nous amène à étudier l'ouvrage lui-même. Car, disons-le de suite, les indices de son existence qui paraissent dans plusieurs publicalions nouvelles, ne sont pour la plupart que des feux follets. Tout d'abord, on s'imaginerait qu'il n'y a jamais eu un livre plus populaire, ou qui ait servi plus exclusivement de centre intellectuel aux savants modernes, orientalistes, théologiens, ou jurisconsultes. Et l'intérêt qui s'attache à ce vaste recueil est tel, que bien des littérateurs s'imaginent qu'il a été traduit. Or, quel est l'exacte vérité? Cela peut sembler paradoxal, mais il n'y a jamais eu de Uvre plus généralement négligé et dont on ait plus parlé.

Nous pouvons bien pardonner à Heine, quand nous lisons la brillante description du Talmud contenue dans son Romancero y de n'avoir même jamais vu l'objet de ses poétiques éloges. Comme son compatriote Schiller, qui, soupirant en vain pour la vue des Alpes, en donna la des- cription la plus brillante et la plus fidèle, Heine devina le vrai Talmud, avec l'instinct infaillible du poète, dans des citations partielles. Mais combien parmi ces citations coulent véritablement des sources? Trop

1. Lire, à ce point de vue, les a Revues des sciences relij^neuses » par J. Soury, Feuilletons delà lirpublù/ue française des 10 AoiU et 10 Octobre XSlt.

2. Taluiud B., Ir. Pcsalimy f. 50 ^, et les passages parallèles cités pas lo Mus- soret ka-chassj ib.

IX

souvent et trop évidemment, pour employer la comparaison rustique de Samson, ce ne sont que des génisses anciennes et fatiguées S avec toutes leur venimeuse parenté, qui sont une fois de plus attelées à la charrue par quelques savants. Nous disons savants; car, pour le commun des lecteurs, beaucoup d'entre eux sont encore à croire, comme le capucin Henri de Leyde, que le Talmud n'est pas un livre, mais un nom d'homme : « Ut narrât rabbinus Talmud », s'écrie-t-il, et d'un ton de triomphe il pousse son argument ^. Or, parmi ceux qui savent que le Talmud n'est pas un rabbin, combien y en a-t-il chez qui il éveille autre chose que l'idée la plus vague? Qui Ta écrit ? Quelle en est l'étendue? Quelle en est la date? Que contient-il? a-t-il paru? Un contempo- rain l'a comparé à un Sphinx, vers lequel tous les hommes fixent les yeux à l'heure qu'il est, les uns avec une vive curiosité, les autres avec une vague inquiétude. Mais pourquoi ne pas lui arracher son secret? Jusqu'à quand allons-nous vivre seulement de citations mille fois repro- duites et mille fois mal à propos ? j>

Les meilleurs bibliographes se sont mépris à ce sujet. Ainsi Graesse, dans son Dictionnaire des livres rares (t. II, p. :24), va jusqu'à dire du Talmud (d'après Bartholocci et Wolf) : « Il faut savoir que les Juifs ont un double Talmud : le Talmud Bablij recueilli à Tiberias, en Rabylo- nie, et renfermant les lois que les Juifs doivent observer en pays étran- gers, et le Talmud lerouscharni, composé en Palestine, et relatif unique- ment aux Juifs habitant la Terre-Sainte d. Division singulière! On ne retrouve nulle part ailleurs une semblable appréciation, qui, il va sans dire, repose sur plusieurs erreurs.

Autre exemple : dans son Histoire de la poésie provençale (t. III, p. i 10) Fauriel en exposant l'influence des Arabes et principalement des Juifs

1. Par exemple, les Telaignea Salanœ, VAbgezogencr Schlangenbalg (dépouille de serpent).

2. Encore de nos jours, la plupart des essais do critique ou d'analyse du Tal- mud sont faits de seconde main, d'après Buxtorf ou d'autres érudits qui n'ont eu eux-mêmes qu'une connaissance imparfaite de cet ouvrage. Ainsi, l'étude de feu J. fiedarridc traduit le titre misclinique Tboul yom par « ce qui a été tac hr. en ca jour )), au lieu du contraire. Parmi les erreurs matérielles de C(îlle étude, citons une note ainsi conçue: « Traité Balhra^ fol. 91, col. 5, p 9,1

X

sur la [)ùésie provençale, dit (\uh Narbonno <i le recueil des lois muni- cipales, le code de la liberté et des franchises couimunales, se nommait Talaniuz ou la Td/amiis, légère altération du nom de Talmud ». Il est bien bon de traiter cette alléralion de légère! Combien d'écrivains, et des meilleurs et des plus compétents, se sont égarés en ce domaine.

Prenons, dit M. Lœb*, l'excellent passage de M. Reinach sur le Talmud : c'est cela et ce nest pas cela. Oui, il y a dans le Talmud abus de dialec- tique,raffinement, subtilités, problèmes inextricables et invraisemblables Tous ces traits sont justes, on n'a rien à y reprendre. Ce qui n'est pas juste, c'est de ne voir que cela dans le Talmud, ou d'y attacher une trop grande importance, de signaler les défauts de la forme plutôt que les qua- lités du fond, de ne pas voir que ces subtilités sont l'accompagnement iné- vitable de toutes les discussions tbéologiques ou juridiques; de ne pas voir surtout le jeu des physionomies, le sourire qui accompagne ces traits d'es- prit, qui montre que c'est bien pure plaisanterie, et que ce jour-là l'école était d'humeur folâtre.

Il importe donc de faire connaître cette composition à la fois prolixe et concise, dont nous avons pour ainsi diie une sténographie prise sur place. Ainsi^pour citer de suite un exemple de cette concision de termes, le premier traité est intitulé : Berakhoth, Bénédictions' ; tn sait que Vis- raéliie, ne devant goûter à aucun produit, ni jouir de quoi que ce soit sur terre, sans remercier le Créateur «^, est tenu de réciîer au préalable (et parfois après) diverses formules de prières, ou actions de graces énu- mérées dans ce volume, qui commencent toutes parles inols : Béni soit DieuIToul cela est sous-entendu dans le seul mot Bénédictions formant le titre. El loin de se rentermer dans ces limites, ce volume traite de di- vers sujets, mentionnés par à propos ou même sans à propos.

En outre, il faut prendre en considération l'aspérité du langage, Té-

1. A propos de V Histoire des Israélites par M. Ueinach, dans la Revue des étu- des juives, t. IX, 1884, p. 307.

2. Les savants traduisent: « lOulogies », ce qui n'est que l'équivalent très litter. de « bénédiction ».

3. Talmud de Jérusalem, tr. Berakhoth, ch. VI, § 1 ; Tal. liabli, mémo tr., 5*»; tr. StLnhcdriUj 1. 102.

tendue du texte, et il convient de ne pas oublier que les matières discu- tées sont délicates pour certaines convictions religieuses. Tous ces points contiennent de graves difficultés qu'on n'a pas encore osé aborder. Cepen- dant, sont-elles insurmontables? réside toute la question. Or, pour bien les comprendre, il imporle de se rappeler leur origine.

§2.

FORMATION DU TALMUD

Un écrivain a fort bien résumé ce point d'histoire en ces termes ^ : « Lorsque, après deux cents ans d'une résistance énergique contre un empire qui devait toul dompter, le peuple hébreu vit s'évanouir sa nationahté politique, il sentit le besoin de resserrer, auUmt que possible, les liens de sa personnalité, afin de conserver moralement, parTidentité des croyances, l'unité que la dispersion allait matériellement briser. Le moyen qui se présentait de lui-même, c'était de déterminer d'une ma- nière invariable les principes des lois de Moïse, d'en développer le sens, d'en fixer l'interprétation. Mais alors, les lumières d'Israël s'étaient éclip- sées; dés longtemps, la voix des prophètes ne laissait plus tomber sur les peuples la parole de Dieu, et l'inspiration divine semblait être remontée vers le ciel. D'ailleurs, l'organisation sociale n'existant plus, per- sonne n'était en droit d'iriiposer son opinion aux autres hommes ; l'au- torité s'était anéantie avec la puissance. Le seul parti rationnel dans cet état de choses était de réunir les Israélites, ou ceux qui seraient appelés à les représenter, el d'en former un synode souverain. C'est ce que tenta le rabbin Juda, Naci (prince) de la nation, qui vivait au ii'' siècle de l'ère chrétienne 2. Ce rabbin, plus particulièrement désigné sous le nom de noire saint maître^ obtint, dit-on, de l'empereur Antonin % la permission de rassembler un concile composé des plus savants Israélites.

L'œuvre de ce concile consista à consigner par écrit ce qui, jus- qu'alors, n'avait guère été livré qu'à la mémoire, savoir la jurisprudence hébraïque, les opinions des principaux docteurs sur Tinlerprétalion de

1. Archives Israélites, 1841, articles de M. J. Cohen sur l'Autorilé du Talmud.

2. Pour la biographie de ce rabbi, voir au recueil Uehalvuç, Wissenschaftli che Abliandlungen fur jûdische Geschichle, LUeratur u. AUerthumskunde, les art.de M. Krochmal, t. II, 185:î, pp. 63-93 ; t. Ill, 1854, pp. 118-140.

3. De l'un de cetixqui portaient ce nom.

XIII

la Loi et les règles du devoir, c'est-à-dire ce que Ton nommait la loi orale^. Tel, peu de temps avant cette époque, Adrien avait donné force

de loi, en les réunissant en un corps de doctrine, aux décisions des jurisconsultes, ou Réponses des prudents Romains, qui formaient avant lui une source du droit non écrit. Le livre qui fut dressé par Juda-le- Saint, à la suite des décisions du synode qu'il avait assemblé, reçut le mon de Mischna <( Répétition de la loi » ; et fondés ainsi par l'adhésion de la majorité israélite, les principes qu'il contenait devinrent obliga- toires pour tous 2 j).

« Par degrés presque imperceptibles, les explications et les recher- ches, qui avaient pour but d'édifier et d'instruire sur un point spécial, firent naître une science qui prit aussitôt les proportions les plus vastes. Son nom technique est déjà contenu dans les chroniques ^ : c'est celui de MiDRASCH (de darasch. étudier, expliquer). Le fait est qu'il y avait des méthodes innombrables pour étudier l'Écriture *. D'après la manière bizarrement ingénieuse de l'époque, on retrouvait les quatre princi- pales méthodes dans le mot persan paradis, épelé à la façon sémitique, sans voyelles, P, R, D, S. Chacune de ces lettres mystérieuses était prise mémoniquement pour l'initiale de quelque mot technique qui indiquait une de ces quatre méthodes. Celle qu'on appelait P (peschat) visait à la simple intelligence des mots et des choses, d'accord avec la loi élémen- taire de l'exégèse du Talmud, « qu'aucun verset de l'Écriture n'admet- tait pratiquement d'autre sens que le sens littéral >, bien que, dans un sens familier ou différent, on pût l'expliquer d'une foule d'autres manières.

La deuxième lettre R (remez), signifie insinuation^ c'est-à-dire la dé-

1. Celte dénomination est erronnée désormais, dit M. Jos. Derenbourg dans son art. Talmud de VEncyclopédie aes sciences religieuses; la rédaction écrite remonte à Rebina et Asché.

2. C'est environ en l'an 219 de l'ère chrét., suivant la supputation de David Ganz, que la Mischnâ fut terminée. Selon d'autres, Juda le Saint aurait réuni seul les principes de cet ouvrage, et toute la nation l'aurait approuvé, par l'ordre de Gamaliel, son fils et son successeur dans la dignité de Naci, et de l'académie. Cela ne changerait rien à l'origine de la Mischnâ (voir l'ouvrage Cemah David édit. princ, Prague, 159'2, f. 43'').

3. Livre II, XIII, 22 et XXIV, 27.

4. M. Deutsch, 1. c.

XIV

couverte des imlications contenues dans certaines lettres el certains signes de rÉcriiure, superflus en apparence. On supposait que ces signes avaient rapport à des lois qui n'étaient pas expressément mentionnées, mais qui existaient dans la tradition, ou avaient été récemment promulguées. Cette méthode, appliquée d'une manière plus générale, donna naissance à une sorte de memoria technical à une sténographie semblable au notarikon des Romains. On ajouta des points et des notes à la marge des manuscrits ; ainsi fut jetée la base de la Massorah ou de la conser- vation diplomatique du texte. La troisième lettre D (derusch), était l'application familière de ce qui avait été à ce qui était et à ce qui serait, de paroles prophétiques et historiques, à Télat actuel des choses. C'était une espèce particulière de sermon, ayant pour auxiliaires la dialectique, la poésie, la parabole, la sentence, le proverbe, la légende, etc., exacte- ment comme cela se voit dans le Nouveau Testament.

La quatrième lettre S {Sôd)^ ou secret, mystère, impliquait la science mystérieuse, à laquelle bien peu étaient initiés. C'était la théosophie, la métaphysique, Tangélologie, une foule de visions fantasques et bril- lantes de choses surnaturelles. De faibles échos de celte science se retrouvent dans le néo-platonisme, dans le gnosticisme, dans la cabale, dans Hermès Trismégiste. Mais bien peu de personnes étaien' initiées aux choses de la « création » et du « chariot d, comme on appelait cette science, par allusion à la vision d'Ezéchiel. L'attrait du vague et du mystérieux a été si puissantqu'à la longue, le moifaradis ne désigna que cette dernière branche, la science secrète, ésotérique. Plus tard, dans le gnosticisme, il en vint à signifier le Christ spirituel.

Cependant, les auteurs eux-mêmes posent en principe que leurs déci- sions n'ont rien d'absolu, ni d'immuable, et peuvent toujours être modi- fiées par celle d'un pouvoir égal à celui dont ils étaient revêtus *. Ce qu'ils voulurent faire, ce fut uniquement de fixer le sens et les règles de la loi écrite ; car^ ainsi que le dit Moïse de Coucy : <r si Ton n'eût ajouté à la lui écrite, Tinterprétalion de la loi orale, toute la loi eût été obs-

l. Voir enli'autros Mischmi, partie, tr. Edomjôth^ du I, ^^ 5 et suiv.

XV

cure et sans clarté, parce que TEcriture Sainte est pleine de passages qui semblent être en opposition et contradictoires! d.

Poursuivons le cours des événements.

Quelques années après la rédaction définitive de la Misclinâ , un rab- bin nommé Yohanan, et qui pendant quatre-vingts ans, à ce que dit la chronique, avait été chef d'académie à Jérusalem, entreprit, aidé seule- ment des disciples de Juda-le-Saint, d'augmenter la Mischnâ d'additions personnelles et de diverses discussions. Ces textes, à leur tour, furent discutés, développés, formant un complément^ ou la Guemara. Celle-ci, unie à la Mischnâ, forme ensuite un livre entier nommé : Talmud 3. Ce corps étendu de doctrines fut développé simultanémentàl'Estetà l'Ouest. Chez les uns, il reçut le titre plus emphatique que réel de Talmud de Jérusalem, quoique rédigé à Tibériade. C'était le produit des écoles delà Palestine, écrit dans ce qu'on peut appeler Varaméen oriental, par oppo- sition au dialecte de la seconde Guemara, ou Talmud babylonien,. écrit par des Âraméens occidentaux ^ . Aussi, le Talmud de Jérusalem, en pariant de ces écoles-là, les appelle V occident. Dans ce Talmud, le texte mischnique porte le nom de Halakha (règle), et ce titre a le sens de : paragraphe.

Comme le dit Mr. R. T. Herford dans le Christian Reformer (febr. 1886, p. 99), pourquoi le premier Talmud ou le plus ancien porte-t-il ce nom de « Jérusalem »? On l'ignore; c'est un point obscur, car on sait bien qu'il n'y avait plus d'école rabbinique à Jérusalem après la des- truction du Temple en l'an 70 de l'ère vulgaire. Après cet événement, le siège principal des études a consisté un moment dans la fameuse école de R. Yohanan b. Zaccaï, établie à Yabneh (lamnia). Mais, pendant la plus grande partie de la période d'élaboration de ce Talmud, le quartier-

1. Scmag (grand livre dos préceptes), par cet auteur.

2. Pour la disparition de versions anciennes, voir tr. Troumôth, IX, 3 (t. III, p. 110).

3. Ce mol, dérivé de Lawac/, apprendre, signifie : étude ; et de môme Talmid signifie étudiant. Voir spécialement l'exposé de M, Jos. Derenbourg en son arti- cle sur ce mot, dans V EncyrAo'pédie des sciences religieuses, au supplément.

4. Voir oûtr'autrcs Neubauer, dans The Academy, mars 1870.

XVI

général du Rabbinisnie (pour ainsi parler) a été fixé dans la ville de Tibériade. D'autres écoles, certes moins importantes, étaient à Gésarée (Caesarea Philippi), ou d'autres à Séphoris (Gippori), sans compter des compagnies d'études classées ensemble sous la dénomination d'écoles du Sud (Darom^, dont une seule ville, celle de Loud (Lydda), était désignée nominalement. C'est dans ces écoles que le Talmud palestinien (ou de l'Occident, Bné^Maarab) prit naissance et se développa. R. Yobanan bar Napha (le forgeron) passe d'ordinaire pour avoir été le principal compi- lateur, et c'est en effet le plus eminent des rabbins de Tibériade. Mais, il n'est guère possible que cette bypolbèse soit fondée (comme l'a dé- montré Z. Fraenkel dans son Mabô), car R. Yobanan a étudié sous la direction de R, Juda le compilaleur de la Mischnâ, de sorte que la codi- fication de l'exposition traditionnelle, ou le développement de cette der- nière œuvre, n'a pu que difficilement avoir été faite de son temps. En tout cas, la compilation du Talmud palestinien n'a pu seulement être commencée par ce docteur, puisqu'il est mort Tan 260, et le Talmud surnommé jérusalémite n'a certainement pas été achevé avant la fin du IV® siècle. 11 est donc probable que ce Talmud a été compilé essentiel- lement par des adhérents de l'école de Tibériade, qui se sont entendus et mis d'accord sous le nom de ce R. Yobanan.

La Mischnâ, désormais immuable, devint le seul livre légal. Son style pur et clair en rendait l'étude facile à toutes les classes de la Société hébraïque. Mais comme tous les livres qui énoncent des principes légis- latifs, elle avait exprimer ses décisions sous une forme concise, et en quelque sorte axiomatique, dont tout le monde pouvait ne pas saisir le véritable sens. Un siècle à peine s'était écoulé que l'on sentait le besoin d'expliquer par des commentaires, soit le principe posé, soit l'intention précise de ceux qui l'avaient établi. Ce sont ces notes développées qui constituent le Talmud.

Maints savants et des plus modernes i, affirment que depuis la clôture des livres bibliques jusqu'à la rédaction définitive delà MischnA, pas une

1. Voir S. B\oc\\, Einblicke in clic Geschichte der Entslchung der Talmwliuh^tx LUeraiur (WioD, 1884).

xvn page de littérature hébraïque n'avait été écrite. L'exagération d'une telle assertion la réfute ; et dans son article sur le Talmud (pp. 39-42), M. Strac a réuni les diverses preuves de la mise par écrit, soit des parties origi- naires de la Haggada talmudique, soit de la Halakha,

Le document le plus remarquable sous ce rapport, cité par le Talmud lui-même, est la Meghillath Taaniih (Livré, strictement « Rouleau d des jeûnes).

On sait combien les peuples de l'antiquité avaient à cœur de transmet- tre à la postérité le souvenir de leurs hauts faits. Ils avaient coutume d'assurer la stabilité à leurs victoires et à leurs triomphes par des mo- numents impérissables, qui devaient défier le temps. On avait recours dans ce but, soit à l'érection d'arcs de triomphe, soit à la gravure d'ins- criptions sur le marbre ou sur le bronze, soit enfin aux témoignages oraux ou écrits ; les chansons de gestes du moyen-âge offrent l'exemple le plus mémorable de cette troisième sorte de monuments.

Cette dernière série d'attestations, la seule contre laquelle les effets du temps sont nuls ou peu importants, a été spécialement con- servée par les petites peuplades qui ont longtemps combattu pour leurs foyers, leurs principes, leurs opinions, en un mot pour leur indépen- dance. Ce fut le sort d'Israël. Chaque fois qu'il a combattre ses enne- mis, il n'avait pas seulement en face de lui les adversaires de sa natio- nalité, mais encore ceux de sa foi et de ses convictions religieuses. Lorsque Moïse l'eut affranchi de l'esclavage d'Egypte, lorsque Josué et ses successeurs iultèrenl contre les Philistins, lorsque les tribus de Juda et de Benjamin i^e sépaièient du reste d'Israël après le règne brillant du sage Salomon, lorsque Nabuchodonozor se fut emparé une première fois de Jérusalem, lorsque les successeurs d'Alexandre, Séleucides et Lagides, la conquirent de nouveau, lorsqu'enfin les Romains eurent réduit pour la dernière fois la capitale de la Judée, il s'agit sans cesse d'une résis- tance au paganisme ; et le monothéisme, après tant de combats sanglants, l'emporta définitivement sur tous.

Quoi d'étonnant, dès lors, à ce que les moindres phases glorieuses de cette succession de luttes pénibles aient été soigneusement enregistrées comme autant do journées heureuses, dignes d'être conservées dans les

XVlIl

Annales dune nation, pour servir d'exemple illustre à ses descendants, aux hériliers de son nom et de son œuvre intellectuelle, morale, huma- nitaire. En tenant compte de ces considérations, on lira avec intérêt un document, succinct par la forme, mais embrassant un cadre étendu par le nombres des faits. C'est une série de jours de souvenirs heureux, écrite en rhonneur des circonstances les plus mémorables ou les plus joyeuses qui ont eu lieu depuis l'époque tie Xerxes, ou au commencement du IV® siècle avant J.-C, jusqu'à l'empereur Anlonin-le-Pieux en 138 de rére vulgaire. Ainsi, ce texte attribue à Dieu non seulement les triomphes et les victoires, mais toutes les conjonctures graves qui concernent le bien-être matériel de la nation, ou l'extension de son spiritualisme : il les considère comme des marques spéciales de sa puissance et de sa grâce. Aussi, cette chronique ne contient pas seulement des faits de guerre, mais bien d'autres détails intéressant l'histoire^, depuis le retour d'Israël en Palestine sous Néhémie jusque bien après la destruc- tion de sa nationalité politique.

Enfin, au point de vue littéraire, nous sommes en présence d*un texte qui, sans être aussi vieux que la Bible, la suit de bien près, il est l'inter- médiaire entre celle-ci et les premières compositions talmudiques. C'est le premier texte, qui selon le rabbin français Raschi 2, ait étémispar écrit pour être préservé de l'oubli, à l'abri des variations auxquelles les tradi- tions orales sont trop souvent sujettes. Tel est le texte capital en ce genre.

Il fait prévoir, malgré sa concision, le développement futur des écoles talmudiques.

Afin que ses leçons ne restassent pas ensevelies dans l'oubli, Asché ^ fit ce qu'à toute époque ont fait tous les professeurs * ; il se mit à com- piler (plutôt qu'à rédiger) le cours qu'il professait; et déjà trente-cinq

1. Voir les journôcs 20, 24,27, 32 et 33.

2. Sur le talmud Babli, tr. Sabbat, 1. I3b; Erubin f. 62 b; tr. Taanifh, l. 15b. Comparez aussi Schmilg, « Uber dio Entstehung und den historishen Werth der Me(jhilkUh Taanith ». Leipzig, 1850, (IV-52 p) ; Brann, ihms iMonatschrifi de Grœtz, t. XXV, 1876, pp. 375 84, '4 10-8, et 445-60.

3. Sans parler de Rebina (Itab Abina).

4. V. Maïmonides, Préface au Talmud, en této de la section Zeraïm. LtMuémo auteur, dans son Afore/v (Gwt(/r, Introduction, traduction S. Munk, t. I, p. 29),

XIX.

traités étaient transcrits, lorsqu'il mourut, en Tannée 427. Mar, son fils, et Marimor, son disciple, lui succédèrent dans le professorat, et ils résolurent de continuer ce que leur père et leur maître avaient si péni- blement entrepris. Il leur fallut une grande patience et d'immenses in- vestigations pour terminer ce grand travail. Soixante-treize ans furent employés pour meltre la dernière main à l'œuvre.

Telle fut l'origine de la formation du Talmud. encore, il eût été contraire à la loi de Moïse d'établir, sur un autre principe que l'adhésion libre des individus, des prescriptions législatives quelconques. La base de la loi mosaïque, c'est la liberté d'adopter, ou de rejeter. Tai mis devant vous le bien et le mal, la mort et la vie, dit le prophète ; c'est à vous de choisir (Deutéronome, chap. XXX, 15 et 16). Ce principe se retrouve partout dans l'histoire du peuple hébreu. Ainsi, deux fois dans sa vie, Moïse expose la Loi devant le peuple, lui en donne lecture pour qu'il l'approuve, et le peuple s'écrie spontanément : Nous exécuterons toutes les paroles que VÈternel a prononcées^. Et plus tard, Josué réunit à Sichem les tribus d'Israël, et leur montrant le livre, il leur dit : « Et maintenant craignez TEterneL et servez-le avec vérité... ou bien, s'il déplaît à vos yeux de servir l'Éternel, choisissez-vous aujourd'hui celui que vous voulez servir »... Le peuple répondit à Josué : ce C'est l'Eter- nel seul que nous voulons servir d. Josué dit alors au peuple: « Vous êtes témoins vous-mêmes que vous vous êtes choisi l'Éternel pour le servir ». Et ils répondirent : « Nous en sommes témoins 2 ».

Longtemps après, lorsque, à la suite de la captivité de Babylone, la nation Israélite se reconstitua, le principe du libre arbitre était aussi

dit: Ainsi, on trouve continuellement que le Talmud dit : « Le commencement du chapitre est en contradiction avec la fin », et l'on ajoute cette réponse : «Le commencement émane de tel docteur, la lin de tel autre ». On y trouvera de môme ces mots : « R. Juda le-Saint approuve les paroles de tel docteur en tel cas et reproduit son opinion sans le nommer, et dans tel autre cas, il approuve les paroles de toi autre docteur ». Souvent aussi, on y trouve cette formule : « A qui appartient cette assertion anonyme ? Elle appartient à tel docteur. A qui appartient notre paragrapiie de la Misclina ? A un tel ».

1 . Exode, XXIV, 3-7 ; Ucutéron., XXIX, 9 et 13.

2. .Tosué, XXIV, 14 h 16.

XX

vivace que du temps de Moïse, et le pacte social et religieux fut de nou- veau sanclionné volontairement, par le serment et la signature de tout le peuple, grands et petits, hommes, femmes et enfants (Néhémie,IX et X)».

En présence d'une règle aussi constante, aussi irréfragable, il est évi- dent que nul parmi le peuple hébreu n'avait le droit d'imposer aux au- tres son arbitraire volonté. La Misclma, quelle que lût d'ailleurs la vérité de ses principes, n'avait donc pu se fonder que sur le libre consente- ment des masses, ou tout au moins des majorités. C'était de qu'elle de- vait tirer toute sa puissance. commence interpretation, et avec elle la discussion parcel enchaînement de principes qui, depuis les hommes de la grande synagogue, fait remonter la loi entière jusqu'à la promulgation sinaïque*. De même, lorsque par son More Nebokhim (^uiàe des égarés) Maïmonide eut soulevé au xii' siècle la grande question de la liberté d'examen contre le principe absolu de l'autorité, Abraham ben-Dior com- posa son livre « de la Kabbale » dans lequel il inséra le nom de tous les docteurs éminents qui avaient reçu la tradition. Plus tard, et dans un but sans doute analogue, Ghedalia fit paraître son Schal scheleth-Ha- Kabbala (chaîne de la Tradition), Abraham Zacouth son livre Youhas- sin (généalogie ou chronologie), et David Ganz son Cemach David, résumé d'histoire. On voit donc que cette question a été longuement méditée comme si elle constituait seule l'authenticité et l'autorité de la loi orale.

Il est donc démontré, l'histoire à la main, que la liberté de penser a pré- sidé à la formation du Talmud. On retrouvera le même principe dans l'ana- lyse de sa doctrine. Rappelons seulement en ce qui concerne la partie agadique.que le Talmud lui-même ^ ne lui attribue ni autorité ni carac- tère légal ; et cette appréciation est confirmée par tous les rabbins posté- rieurs, tels que iVlaïmonide, Juda Ilalévi, Ibn-Ezra, Scherira Gaon, Isaac Israeli, etc. C'est un point de départ capital, pour passer de la synthèse à l'analyse.

1. ïr. Abôlh, ou Maximes des pères, I, 1. V. Isid Lœb, la Chaîne de la tradi- tion (1889). 3. Talmud Jérus., tr. Péa, 11, 4; tr. Sabbat, XVI, 1.

§3. contenu; analyse

Un jour, Toccasion s'est présentée de soumettre le projet de traduction à un docteur en droit, qui par ses éludes savait quel est Tamalgame bi- zarre d'opinions contraires émises dans cette vaste encyclopédie. Il s*est adressé cette question : Est-ce bien un service rendu à ce domaine en le divulguant ? Autrement dit, ce projet est-il utile? Et convient-il de dévoiler ^ tout le Talmud ?

Voici, semble-t-il, la réponse à faire : C'est parce que l'on ignorait quel est le contenu du Talmud et parce qu'on ne pouvait le lire, que des gens malveillants lui attribuaient gratuitement les maximes les plus insensées, comme ils prétendaient par exemple qu'il autorise de boire le sang hu- main, ou même qu'il le prescrit, alors que les textes l'interdisent for- mellement. Il importe donc de le faire connaître entièrement sans réti- cence.

Figurons-nous, un instant, que depuis des siècles, le Talmud eût été accessible à tous les écrivains non juifs qui se sont occupés du Judaïsme; si ces auteurs, dans les doutes nombreux, qui ont se présenter à leurs esprits en écrivant sur ce sujet, au lieu de consulter quelques ex- traits, quelques pamphlets, ou l'avis de quelques gens convertis, aussi impies qu'ignorants, avaient euàleursordresune versiondu Talmud^com- bien de faux jugements et de contradictions eussent été écartés 1 Un maître eminent dans cette matière, le professeur d'hébreu au Collège de France, M. Ernest Renan, a exprimé publiquement la même opinion. « La valeur d'un pareil travail, dit-il 2, est dans son ensemble. La tra- duction de M. Schwab ne dispensera pas de consulter sur les passages

1 . Cette inquiétude a été formulée plus lard par S. Bloch, dans l'Univers Israélite, n'^ du 1er Décembre 1871, p. 201.

2. Journal asiatiqucy juillet 1879, Rapport annuel, p. 50,

b.

XXll

importants le texte orii;inal et les discussions Je l'école criti(;iie moderne ; mais elle sera extrêmement commode aux savants non israélites, capables de vérifier et de discuter un texte, mais n'ayant ni le temps ni la faci- lité nécessaire pour lire avec suite dans Toriginal cette compilation sou- vent fastidieuse. Les analyses, les extraits ne nous font nullement attein- dre ce but : car un esprit vraiment critique hésite toujours à se servir d'un texte dont il ne connaît pas Tagencement, d'un livre dont il ne sait pas le plan général )>.

11 ne sul'fit plus de répéter, comme on l'a dit tant de fois, que ce livre a été comparé, et avec juste raison, à un cours de jurisprudence à rétat embryogénaire;que Tony rapporte,querony discute toutes les sup- positions les moins pratiques, les moins imaginables. La variété des idées, il est vrai, la multiplicité des opinions, la liberté d'exprimer sa pensée poussée jusqu'à la licence, ont fait que Ton y trouve, à titre d'avis con- traires, les théories les plus étranges, les moins admissibles et mêaie les moins avouables, que le bien et le mal s'y coudoient sans se confondre ; mais l'un sert de contrôle à l'autre, et fait constater^ par voie de réci- procité, l'authenticité de l'ensemble. Pour donner une idée plus nette de ce procédé, il convient de rappeler le passage suivant du Midrasch ^ :

Une matrone romaine demanda un jour à R. Yossé : Se peut-il que l'histoire de Joseph, ce garçon qui était alors dans toute sa jeunesse, soit vraie? Le rabbin lui ouvre la Genèse, lui montre l'histoire de Ru_ ben et Bileah, celle de Jada et Tamar ; et, ajoute-t-il, comme la Tôra n'a pas caché l'un, elle a dit vrai de Tautre. Ne peut-on pas appliquer cette déduction au Talmud? Et ne peut-on pas dire de lui, comme de ja Genèse, que la rare mention d'opinions choquantes pour la morale prouve la franchise avec laquelle nos ancêtres y ont enregistré des avis plus sams et des traits de vertu dii;nes d'admiration ?

Le meilleur mode donc, d'imposer silence aux détracteurs de celle œuvre, c'est de l'exposer au grand complet, sans réserve, ni restriction, telle qu'elle est née dans les deux agglomérations d'études juives, dans l'école de Babylone et dans celle de la Palestine. Toutes deux ont eu de

1. Rabba sur Genèse, ch. 87.

XXIII

bonne heure pour sujet conforme de discussions le corps de docUines, divisé en six grandes parties ^ formant la Miscbnâ ''^. La première partie, inti- tulée Zerdim, « des semences 3), est consacrée aux lois religieuses concer- nant l'agriculture et l'arboriculture, avec les divers préceptes mosaïques énoncés à ce sujet. Le principe primordial est de bénir Dieu pour le pain et le vin; « on bénissait les fruits cueillis sur les arbres et les pro- duits de la terre; on bénissait la lumière, le feu, l'arc-en-ciel, l'orage, l'éclair, la nouvelle lune ; on bénissait et l'on priait à l'occasion de tous les actes et de tous les événements de la vie, en se levant, en se couchant, en se livrant au repos, en se remettant au travail, en assistant à une naissance, à un mariage, à une mort, etc. ^ i>. De vient le nom du premier traité *, celui des Berakhothy ou Bénédictions. Cette 1^® partie comprend 11 traités.

2. Après le tr. Berakhôth, le texte vise la prescription mosaïque rela- tive à (a Tangle D^péa, des champs (Lévit. XIX, 9 et 10); il énonce les devoirs de philanthropie que ce précepte comporte. Le Talmud suppose, . comme toujours, la connaissance préalable de ce devoir : il ne s'agit plus pour lui que de déterminer les conditions de détail. Les traités de Péa et Demaï se rapportent à ce que M. àd. Franck ^ nomme la taxe des pauvres chez les juifs ; cette matière comprend les différentes espèces de contributions que le propriétaire de la terre doit payer en nature au pauvre, au lévite, à l'étranger, à la veuve et à l'orphelin.

3. Le tr. Demaï prévoit les cas de a doute » au sujet de l'opération des divers prélèvements obligatoires sur les produits du sol.

4. Le tr. Kilaïm contient l'explication et les applications diverses des défenses du Lévitique qui concernent les « mélanges )> hétérogènes, soit déplantes, soit d'animaux, soit même d'étoffes.

1. Littéralement : Sedarim (ordres); aussi l'on désigne parfois le Talmud en- tier par l'abréviation D^ (chass).

2 Mot-à mot : seconde loi, ôeuTlpoi^tç; le terme Mischnâ dérive de la racine nJttJ qui signifie aussi bien apprendre qu'enseigner.

3. Ad. Franck, Journal des savants^ 1872, pp. 553-4.

4. En hébreu: Massekhcth (z=z textus); littéral, tiasu.

5. Journal des savants^ décembre 1878, p. 718.

XXIV

5. Le tr. Siliebiilh est consacre à Tannée siibbalique, à celle qui ter- mine cliaque période de <r sept )> années agraires, ou ce qu'on appelle « semaine d'années». 11 y est question du repos que, selon les idées du temps sur l'agriculture, il faut laisser à la terre pour lui conserver sa fécondité. On ne trouve que des prescriptions agricoles sur la meil- leure façon de laisser reposer la terre, et sur remploi que l'on doit faire de ses produits spontanés à cette époque de jachère.

6. Après le droit des pauvres, payé sur pied, vient le premier des pré- lèvements légaux à opérer sur les produits du sol ; c'est la Trouma ou « oblalion d sacerdotale. 7. Ensuite vient le don de la première «dîme » due aux lévites, et les délails qui concernent ce devoir sont exposés au tr. Maasséroth. 8. La seconde «^ dîme», Masser Schéni, doit être con- sommée à Jérusalem. Après les opérations préliminaires pour rentrer le blé en grange, on moût le grain, et sur la farine pétrie en pâte est due une « parcelle » au Cohen, nommée Halla. iO. La hste des donations à faire pour les semences étant épuisée, on passe aux préceptes relatifs aux fruits des arbres, ou les premiers ans de plantation de tout arbre fruitier ; ce précepte est appelé Orla ^ 11. Enfin, la série est close par le tr. Biccourim, exposant les cérémonies concernant l'offrande au temple des « prémices » prélevées sur les premiers fruits mûrs.

Ne l'oublions pas, dit le Mondt (du 7 mai 1873), ces pratiques ten- daient sans cesse l'esprit vers Dieu, marquaient à tout instant du jour et dans toutes les actions, la dépendance enver^s le Dieu qui nous a créés. Elles imprimaient dans le caractère hébraïque Tinébranlable sentiment de la soumission à Dieu et à la loi qu'il avait donnée. Par l'enseignement du sacerdoce et de la famille, l'énergie de la volonté se créait à toute heure dans Tâme des enfants. Dans un autre but, une éducation de ce genr-e constituait le Romain. Le Romain était élevé dans le mépris de la vie des hommes, pour qu'il pût dominer la terre sans scrupule et sans frein. L'Ilébi'cu vivait pour soumettre sa vie à l'ordre moral créé de Dieu.

Le peuple hébreu ne fut pas seulement un peuple religieux, le seul

1. Littéralement: prépuce (de l'arbre).

XXV

peuple religieux de l'antiquité. Il porta au plus haut déparé de perfec- tion la connaissance et la pratique de la loi naturelle. Selon une tradi- tion rapportée par Eusèbe dans sa Démonstration évangélique, Aristote avait conversé avec de sapées Hébreux, et même il aurait reçu le nom de prosélyte: ce qui lui avait permis de puiser dans les Livres saints les principes de science et de philosophie qu'il a développés dans ses ouvra- ges. Ce fait n'a rien d'impossible, puisque les Grecs conviennent eux- mêmes que la science leur est venue du dehors. La conformation des doctrines scientifiques d'Aristole avec les premiers chapitres de la Ge- nèse est en effet frappante, du moins dans la Scolastique. C'est dans l'Orient que les Grecs allaient chercher la sagesse ou la science; car ces deux mots sont synonymes dans Tantiquilé. Or, les Juifs, par les vicis- situdes de leur histoire, se trouvaient répandus dans tous les coins de

l'ancien monde.

La 11^ partie de la Mischnâ porte le nom de Moëd, c'est-à-dire des

<r fêtes )), ou des diverses observances applicables à ces jours, et qui remontent plus ou moins, parla tradition orale, jusqu'au législateur des Hébreux. Celte section comprend 12 traités, inégaux en étendue, savoir les tr. Schabbalhj Eroubin, Pesahim^ Yôma, Scheqalim, Soucca, Rosch ha-schâna, Yom Tob (Beçdi), Taanith^ Meghilla, Haghigaj Moëd qaton. Telle est du moins leur succession comme elle a été adoptée dans le Tal- mud dit de Jérusalem, différeate de celle qu'ont suivie les éditions de la Mischnâ, quand celle-ci est publiée séparément.

Tout naturellement, la fête la plus importante de toutes, le Sabbat ou repos dominical, passe en première ligne : elle rappelle, par sa périodicité hebdomadaire, quelques-un(3S des premières croyances du Judaïsme, en- tre autres celles du la Création du monde et le rôle de la Providence dans l'univers. Il n'est pas surprenant, dès lors, de voir les rabbins au milieu même des persécutions de toutes sortes qu'ils ont supportées tour à tour, s'attacher avec une certaine passion à la célébration de cette solennité, avec un respect poussé à rextrôme, à lui donner un caractère tout particu- lier de sainteté, à l'entourer d'amour, de vénération, de respect ; le cœur ardent des croyants d'autrefois en était vivement touché.

Maintes fois, la Bible signale comme un devoir eminent le précepte de

X XV 1

se reposer le s.nmcdi : d'abord elle l'inscril au Décalcgiic, celle loi forme le IWoninianclemcnt ; puis, elle y revient à diverses reprises, d'une façon plus écourlée, mais non moins significative par sa fréquence. Toutefois, les nombreux détails qui constituent 1^ repos sabbatique ne sont pas indiqués dans l'Écrilure sainte; un petit nombre de passages ou versets servent île base à la loi orale pour préciser les prescriptions di- verses, relatives à ce commandement. Elles ont été successivement for- mulées par les autorités tbéc logiques, depuis le pouvoir sacerdotal des pontifes et des Juges qui ont succédé à Moïse, jusqu'aux docteurs chargés des fonctions de « chels de la captivité d'Israël )>, aux premiers siècles de rère vulgaire.

Il a fallu indiquer quels travaux sont interdits en ce jour et quels autres sont autorisés; puis, ayant dit quelle limite d'espace il est défen- du de franchir en ce jour, le texte dit comment on y obvie par un <r mé- lange des distances y> : d'où le titre de Eroubin, associations, tous sujets évidemment subtils. On ne pouvait guère espérer mieux^ vu l'austérité du sujet traité dans ces pages, eu égard aux détails rabbiniques relatifs au repos sacré, qui comprennent les minuties les plus exagérées et les plus compliquées, les divisions et les subdivisions des travaux capitaux et des travaux accessoires..

Les 10 autres traités sont :

1. Tr. Pemhim ; ôes lois relatives à la a Pàque » (Exode, XII, 23^ 15; XXXIV. 15 etsuiv.; Lévitique, XXIII, Set suiv. ; Nombres, >XVIIl, 16 et s. ; Deutéronome, XVI, 1 et suiv.) 2.Tr. Yona, ou de la ((solen- nité D du jeûne nommé le Grand-pardon (Lévitique, XVI). 3. Tr. Scheqalim ; de l'impôt de capitation du demi « sicle » (Exode, XXX, 12 et suiv.), employé aux divers besoins du culte. 4. Tr. Soucca: La fêle des <r Tentes ou Tabernacles d est prescrite au Lévitique, XXII, SS ; notre texte énumère et discute les préceptes concernant la Soucca et le Loulùb, cérémonies essentielles à la dite solennité, dont l'une des plus curieuses est la libation joyeuse de l'eau accomplie au dernier jour de

1. J.ittéralcmont ; ceu/" (c'est lo promior mot do co petit traité).

XXVII

fête. 5. Tr. Yom-tob (ou Beça) : les « fôlcs » en général sont d'une sévérité presque égale à celle du sabbat, les lois' rabbiniqnes de « l'im- prévu » sont exposées tout au long dans ce traité talmudiqae. 6. Tr. Hosch-haschâna : Sous le second Temple, l'année religieuse com- mençait au premier Tisri ; le tr. du « Nouvel-an d parle aussi d'autres sujets relatifs à cette périodicité, puis du Schofar ou sonnerie du cor en ce jour, et de maintes pratiques du culte y relatives. 7. Le tr. Taanith offre plusieurs récits curieux ; les « jeûnes » qui ont lieu en raison des calamités publiques occupent la première place. 8. La Meghilla, « rouleau d d'Esther, est lue à fête de Pourim; outre les règles dites à ce sujet, on trouve celles qui sont relatives à d'autres lectures synagoga- les. 9. Le tr. Moëd Qaton, a des petites fêtes », concerne spécialement les jours intermédiaires entre les premiers et les derniers de la fête de Pâques, ou de celle des Tentes; le Talmud discute les us et coutumes à observer en ces jours. 10. Le tr. Haghiga parle des a fêtes )> dans leur ensemble, des sacrifices qui leur sont inhérents, et de la pureté qu'ils exigent.

La III^ partie est consacrée au droit matrimonial ; d'où le nom de Séder Naschim. Afin d'expliquer pourquoi cette partie juridique précède la législation civile générale, on a invoqué comme précédents les textes de la Bible, qui déterminent (Exode, XXI, 7-22) les droits des femmes avant d'exposer les sujets de jurisprudence communs à tous les hom- mes.

Le lecteur est désormais en présence de difficultés d'un ordre nou- veau, dont les subtilités de juristes peuvent donner une idée. Il trouvera là, dit M. Dareste {Journal des Savants, 1884, pp. 302-316 et 375-385), non seulement de la théologie, mais une suite de thèses de droit com- pliquées de théologie. Combien de chapitres nouveaux restent obscurs bizarres. Pour obvier quelque peu à cet inconvénient, il faudrait rap- peler les us et coutumes du droit romain. Déjà Frankl, Duschak, Fassl, L. Low, en ont donné quelques notions, mais bien vagues, par suite du défaut de méthode dans ces matériaux qui exigeraient une classification rigoureuse et sévère. Ainsi, cette IIP partie se compose de 7 trailés, sa- voir : tr. Yebhamoih (du léviral), tr. Sola (de la femme soupçonnée

XXVIII

d'adultère 1), W. Kclltoubolh (des ouïrais du douain»), [y. IScdarini (Jes vœux), ir. Quitlin (du divorce), Ir. Nmir (du vœu de naziréat, ou abs- lème), tr. Giddinischin (de la consécration du mariage). Dans quel ordre ces traités se suivent-ils? Tout y est discuté avant la question du ma- riage proprement dit, agitée dans le dernier traité, au lieu de l'être au premier.

D'une part, le Talmud palestinien semble adopter rénumération telle qu'elle vient d'etre énoncée, et d'autre part le Talmud babylonien suit un autre ordre, sans compter une interversion dans les éditions de la Mischnii. Seuls le premier Irailé et le dernier occupent partout la même place 2.

Cette insouciance de Tordre et de la méthode ne paraît avoir arrêté personne durant tout le moyen-âge, sauf Maïmoni, et de nos jours seule- ment, on s'en préoccupe. Le cominentaire Pné-Mosché peut-être par esprit de pilpoul (contradiction ou chicane), se demande d'où vient la divergence notable entre Tordre suivi par le Talmud de Jérusalem et le Talmud Babli. Ici, répond-il, le tr.So/a vient de suite après le tr. Yebhamôlhy parce qu'il acte enseigné dans ce tralté(XI,i fm)qu'à Vadjointe d'une fem- me soupçonnée « il est défendu (si le mari meurt dans l'intervalle de temps pris par Tépreuve) d'épouser le beau-frère, mais elle est dispensée de le déchausser pour être hbre». Par conséquent, coaclut le commentaire, la femme soupçonnée a le privilège (comme un certain nombre d'autres femmes), de dispenser l'adjointe de toute cérémonie du lévirat. D'où, la connexité des traités. Quelque futile que soit un tel motif, il suftit à nos dialecticiens.

La IV^ partie, nommée Neziqin (des dommages), a 10 traités. 1. Tr. Baba qamma, « première porte i>, traité des dommages survenus, tels qu'ils sont prévus p. ex. dans TExode, XXI, 33; XXII, 5, 6, et de la responsabilité de celui qui les a laissé naître, "i, Tr. Baba mecia\ a porte médiale d, concernant les biens mobiliers, les perles et trouvailles, le

1. Soumise à Tépreuve do. l'eau, sorte do jugement divin, ordalte, qui se rtv- trouve au moyen-âge.

2. Voir J. Derenbourg, Revue des études juives, 1882, t. III. pp. 205-10.

XXIX

salaire, Tusure, etc. 3. Tr. Baba Baihra <i dernière porte » ; il est queslioQ surtout des immeubles, de leur cession par vente, héritage, legs, donation; du fermage. 4. Tr. Sanhédrin, « des tribunaux j> à di- vers degrés, surtout de la juridiction criminelle, et d'autres cas graves (Deutéronome, Xllï, 13 et s.; XXI, 18 et s.). 5. Tr. Mahkôih, de « la pénalité des coups » de lanière (Deutéron. XXV, 1-3), puis subsidiaire- ment des faux témoins (ib. XIX, 19) et des villes de refuge pour les meurtriers involontaires (ib. 2 et suiv.). 6. Tr. Schebouôth, « des ser- ments 3) divers (Lévitique, V, 4 et suiv.) ; cas le serment est déléré. 7. Tr. Edouyôthy « attestations d de rabbins postérieurs, au sujet des sentences doctrinales des premiers enseignements. 8. Tr. Abôda zara, « de l'idolâtrie d ; des relations avec les idolâtres ou païens. 9. Tr. Abôlh, maximes a des pères i> ; sentences morales. 10. Tr. Horaïôth, enseigne- ments ou décisions légales rendues par erreur (Lévit. IV, 13 et s.).

La V^ partie dite Qodaschim (des saintetés), contient 11 traités.

1°. Tr. Zebahim, <r des sacrifices d oflérts au Temple de Jérusalem ; cas d'inaptitude par défaut d'intention préalable, ou de temps. Aspersion du sang ; parts sacerdotales.

2. Tr. Menahôth, « offrandes alimentaires », selon le Lévitique, II; V, 11-13; VI, 7-16; VII, IX, X; XIV, 10, 20; XXIII, 13, 16; Nombres, V, 11 et s.; VI, 13-20; XV, 24; XXVIII et XXIX; libations, pré- mices.

3. Tr. Houllin, « viandes profanes d ; de la manière d'égorger les animaux qui peuvent être consommés, et des prescriptions y rela- tives.

4. Tr. Bekhorôthy <r premiers-nés » dus au cohen, selon TExode, XIII,

2, 12 et s.; Lévitique, XXVII, 26 et s. ; Nombres, VIII, 16-18; XVIH, 15-17; Deutéronome, XV, 19 et s.

5. Tr. Arakhin, « estimations », ou équivalent à payer pour rache- ter les personnes dédiées à Dieu, ou si l'on a fait vœu d'offrir au service du culte une telle valeur (Lévitique, XXVII, 2 et suiv.).

6. Tr. Temourâ, <i échange » d'objets consacrés^ selon le Lévitique, XXVII, 10 et 33.

7. Tr. hrithôthy « retranchement » ; de celte pénalité capitale sou-

XXX

vent mentionnée d'une façon vague dans le Pcntateuquc, et de Tage au- quel cette peine est appliquée.

8. Tr. Méilâ, «: prévarication » de saintetés; Nombres, V, 6-8.

9. Tr. Tamidj a holocauste )>, ou des sacrifices journaliers ; Exode, XXIX, 38-42 ; Nombres, XXVIII. 3-8.

10'' Tr. Middolhy « mesures d et dispositions d'intérieur au temple de Jérusalem.

llo Tr. Quinnim c nids » d'oiseaux, ou sacrifices de tourtereaux; Lévitique, I, 1417; XII, 8.

La VI^ partie, nommée Toharoth (puretés), se compose de 12 traités,

1. Tr. Kélim^ « des ustensiles d y compris les vêtements et la literie, ou des impuretés dont ces objets sont susceptibles (Lévitique, XI, 32 et suiv.; Nombres, XIV, 14 et s., XXXI, 20 et s.).

2. Tr. Ohalolh, c des tentes d, en général de toutes contenances pro- pageant l'impureté survenue par la présence d'un cadavre (Nombres, XIX, 14).

3. Tr. Negaïm, a des plaies léprosées i> et de leur détermination (Nombres, XIIL, 14 et s.).

4. Tr. Para, de « la vache rousse d et de l'eau de lustration (I)eutéro- nome, XXI).

5. Tr. Toharoth, a puretés », par euphénisme, pour : impuretés ; de leur production et propagation.

6. Tr. Miqivaôth « des bains » et des procédés balnéaires qui concer- nent les lépreux, les gonorrhéens, les femmes après les menstrues et après les couches (Lévitique, XV, 12; Nombres, XXXI, 23).

7. Tr. Nidda, c( des femmes menstruées > (Lévitique XV, 19 et suiv.), et des relevailles de couches (ib. XII).

8. Tr. Mahhschirin, de ce qui rend « apte à propager i l'impureté, comme les liquides (Lévitique, XI, 34, 37, 38) et l'humidité.

9. Tr. Zabinij des gens (a atteints de flux impur d (Lévit. XV).

10. Tr. Tboul yôm, de Tliomme qui t le môme jour a pris un bain > de purification, restant impur jusqu'au coucher du soleil (Lévit. XV, 5, et passim).

11. Tr. Yadaïm t des mains i>,dc leur pureté et impureté, dont traite

xxxi

^Évangile (S. Maihicu, XV, 2, 20 ; XXllI, 25; S. Marc, VU, 2 à 4;

S. Luc, XI, 35 et suiv.).

12. Tr. Oiiqcin, Yiiiérsikmcnl: queues clos fruits, écorccs et noyaux;

ou de l'état de ces objets si le fruit est devenu impur, par contact, soit du fruit, soit de la queue.

La Gnemara, selon le Talmud palestinien, existe pour toute la première partie; mais elle manque par contre pour la Y" partie, à peu près au complet dans le T. Babylonien. Ni Tun ni l'autre T. n'ont rien en dehors du tr. Nidda pour la W partie. Enfin, il n'y a pas de Talmud palesti- nien sur les deux traités Edouyolh et Abôlh de la IV-^ partie.

La succession des traités a été, de la part de Maïmoni, l'objet de ten- tatives d'explications qui sont plus remarquables comme sophlsmes que comme raisons plausibles. L'incertitude persistante au sujet de cette question de classification a été constatée maintes fois (suriout en tête des tomes YIII et IX). De même, un exemple a été signalé au tr. Nazir, I, 1 (t. IX, p. 84), le rédacteur-compilateur da Talmud dit qu'il ren- voie au précédent tr. Nedarim, I, 1, pour ne pas copier à nouveau le

même passage. Sans insister sur l'ordre souvent étrange de succession des traités,

il faut noter au tr. Nedarim un fait qui intéresse l'histoire de la rédaction du Talmud. Il y est question tantôt (t. VIII, p. 196) de la section Neziqin (des dommages), qui est le nom générique de la IV* série miscbnique, tantôt (p. 172) d'une juxtaposition du tr. Nedarim et du tr. Schebovôlh (des serments), classé de nos jours dans la dite IV^ partie ; tandis qu'au moment de la composition du Talmud, ce dernier traité n'avait sans doute pas encore de place bien déterminée. C'est une preuve nouvelle du peu de méthode qui a présidé à la compilation du texte.

Les développements juridiques, qui se suivent au gré des réflexions de chaque rabbin présent aux discussions, l'emportent de beaucoup sur la forme et même sur le fond du débat. En ayant sous les yeux un de ces volumes diffus, tout pénétré de scolastique et de casuistique, on com- prend pourquoi Tinvestigaleur en quête de trésors nouveaux sur l'anti- quité, serait grandement désillusionné s'il y cherchait des détails étran-

XXXII

gers à la nature habituelle de ces discussions. La loi, disait un critique : ne peut pas s'appliquer aux détails de la vie sans indiquer au moins ces détails; or, comne la loi considère Taspict légal de la vie, le Talmud envisage la vie à tous les points de vue.

Dans la quatrième de ces six parties, le Ir. Sanhédrin est consacré plus particulièrement que les autres à la procédure criminelle, et, en géné- ral, à l'institution de toutes sortes de tribunaux. La discussion du droit coutumier, dont cette partie mène du Talmud reconnaît la complexité et les difficultés (t. X, p. 225), amène un grand nombre de légendes rapportées sous prétexie de comparaison historique, des exemples judi- ciaires, des apliorismes intéressants pour l'histoire de la civilisation. On remarquera à quelle extrémité on pousse le souci de la défense dtîs accusés en matière de crime capital.

C'est sans doute dans un pareil sentiment de sollicitude pour l'ou- vrier, en général pour le pauvre, obligé de vivre du travail de ses mains, qu'il faut chercher la raison des lois du Talmud qui concernent la saisie judiciaire et le prêt sur gages ^.

La saisie judiciaire ne pouvait avoir lieu qu'en vertu d'un jugement et par une autorisation expresse du tribunal. Et même quand cette con- dition était remplie, la saisie ne pouvait atteindre que des objets placés sur la voie publique. Ni le créancier, ni ses agents, ni celte classe d'officiers judiciaires qui ressemblait à nos huissiers^ ne pouvaient péné- trer dans l'intérieur de la maison. Le domicile privé était inviolable. Quant aux gages, il n'était pas permis de les prendre sur les meubles et les ustensiles de première nécessité. Ni le lit sur lequel on couchait, ni le siège sur lequel on mangeait, ni les vêtements à l'usage de la femme et des enfants, ne pouvaient en tenir lieu. Le créancier qui s'en était emparé était tenu de les restituer. 11 y a même une tradition, non admise il est vrai, dans le recueil officiel de la Mischnâ, d'après laquelle le créancier était obligé de laissera son débiteur de la nour- riture pour trois cents jours, des vêtements pour une année, un lit,

4. Jewish chronicle y 18 Sept. 1885.

2. Ad. Franck, Journal des savants, Décembre 1878, p. 717.

XXXIII

un matelas, des sandales, et si le débiteur était un ouvrier, deux outils de chacun des genres de ceux que réclamait son état. Voilà, dans un pays le prêt à intérêt n'était point permis, une législation peu en- courageante pour les prêteurs, et, par cela même, plus nuisible qu'utile aux emprunteurs. Quant aux transactions commerciales, elles devaient avoir pour résultat de les supprimer tout à fait.

Il faut aussi noter des points d'analogie entre les jurisprudences ordi- naires et la jurisprudence rabbinique, pour mieux comprendre celle-ci. Au lieu de chercher ces analogies dans le droit romain seul, contempo- rain il est vrai de notre texte, mais déjà bien loin de nous, on peut les trouver dans les codes modernes, dans ceux des Mahometans, Turcs, Arabes, ou Persans. Il faut lire p. ex. le <r Minhadj at Talehin (guide (( des zélés croyants). Manuel de jurisprudence musulmane selon le rite « Chafii ; texte arahe publié par ordre du gouvernement (hollandais), « avec traduction et notes par L. W. G. van de Berg (Batavia, 1882- 84, en 3 vol. in-4°). Après avoir parcouru ce grand recueil, on ne sera plus étonné de la casuistique du Talmud, on la trouvera moins fasti- dieuse. Cette excursion reposera de l'aridité de nos textes.

Le manque de précision de certaines lois rabbiniques n'est pas un défaut qui leur soit spécial. On peut appliquer au Talmud ce que M. R. Dareste disait de la Loi salique {Journal des savants, novembre 1883).

a Les hommes qui ont rédigé cette loi connaissaient peu l'art d'écrire et encore moins celui de légiférer. Les coutumes qu'ils recueillaient avaient d'ailleurs comme toutes les coutumes^ quelque chose de flottant et d'in- déterminé. Ne soyons donc pas surpris si leur œuvre est incomplète, sur- tout incohérente. Gardons-nous surtout de lui demanderceque nous trou- vons dans nos codes modernes, des définitions exactes et des déductions

rigoureuses y>.

Même la partie consacrée au droit civil est non moins fastidieuse que la partie religieuse. Il n'est « rien d'aussi subtil et d'aussi aride que le tr. Yebamoth, nous écrivait M. Ernest Ilavet le 20 janvier 1885, mais rien

i. Le Talmud, dans : « Actes et conicrences de la Société des études juives », p. GCCLXXXIX.

XXXlV

aussi ne nous fait mieux pénétrer jusqu'au fond du génie taltnudiqua et mieux comprendre l'étrange gymnastique, queTesprit humain élah comme contraint d'exécuter dans cette cage de la Loi, il était réduit à tour- ner ».

On y trouve mêlées, ou figurant côte à côte sans méthode, la partie pa- rabolique, Hagada (légende), et la partie dogmatique, Halakha (doc- trine).

« Sous le nom de Halakha, dit x\rsène Darmesteter i, il ne faut pas entendre seulement les lois spéciales, établies par les docteurs, mais encore l'ensemble des discussions qui aboutissent à l'établissement de ces lois. Les écoles ne se sont pas arrêtées au texte fixé par R. Juda, mais l'ont pris pour point de départ, et, avec l'aide des diverses Boraï- thoth et de la Tossifia, sont arrivées à expliquer et développer la Mischnâ et à rendre de nouvelles décisions. La Mischnâ, en effet, ne pouvait être considérée comme un texte définitif. Si elle reproduit les décisions anté- rieures, c'est d'ordinaire sans en indiquer la source ; parfois elle ajoute le nom de leur auteur, mais c'est pour lui opposer une autre autorité également reproduite; et, dans ce cas, si quelquefois elle décide entre les deux opinions opposées, le plus souvent elle laisse la question en sus- pens. Il fallait reprendre tout cela, achever les discussions commencées, trancher d'une manière définitive les points en litige, mettre partout Tor- dre et la lumière; c'est l'œuvre de la Giiemara. Elle s'attache d'abord aux lois rapportées comme définitives, en recherche l'origine et choisit entre les diverses explications proposées, jusqu'à ce qu'elle en trouve une qui résiste à toutes les objections. Souvent elle montre que la décision don- née par la Mischnâ est incomplète, obscure, contradictoire, et qu'elle ne peut s'appliquer à tous les cas qu'elle paraît devoir embrasser. Ail- leurs, on lui oppose une Tossifta ou une Boraïtha de même date ou plus ancienne qu'elle, c'est-à-dire qui ait autant ou plus d'autorité qu'elle- même, et qui dit précisément le contraire. De là, grande variété d'hy- polhèses : les discussions g.ignent en étendue et en profondeur, jusqu'à la complète elucidation du texte d.

1. J. Cohen, Archives iaraùlUes, 1841, p. 290.

XXXV

La Hagada se compose de ces récils Icpondnii es que Ton trouve épars ça et dans le Talmud, sans ordre et sans choix, de ces apologues qui, sous une forme étrange, cachent souvent des vérités utiles. Chaque peu- ple, chaque religion conserve soigneusement ses vieilles traditions sym- boliques, qui se perpétuent à travers les âges, en se grossissant de nou- veaux faits et de détails prodigieux. Que Ton se reporte aux époques naï- ves et crédules du moyen-âge; si Ton se meta lire des légendes des saints, admises encore par TÉglise catholique comme d'incontestables vérités, on trouvera une foule de récits qui, outre qu'ils n'ont aucune sanction his- torique, sont encore empreints d'une tendance immense vers le mysti- cisme et le surnaturel. Quoi donc d'étonnant de retrouver aussi chez les Hébreux, dans un livre fait en des temps certes, la civilisation et Tes. prit de critique étaient encore dans les langes de l'enfance, de ces anti- ques paraboles auxquelles le génie oriental imprimait son esprit d'exagé- ration merveilleuse ?

Parfois, et c'est le cas dans les traités Sabbat et Eroubin, les rédac- teurs semblent s'être inspirés de l'avis du Rabbi qui fulmine contre la mise par écrit de la Haggada (tr. Sabbat, XVI, 1 ; t. IV, p. 162), de sorte que les passages historiques ou au moins légendaires sont fort clair- semés.

D'autres fois, à côté de pages peu récréatives, il y en a un grand nom- bre qui sont des plus intéressantes comme légendes ; elles animent le sombre tableau de la dialectique, par une sorte de compromis fréquent entre la fable et la réalité. « Partout il y a des hommes, dit Ed. Laboulaye en tète de ses Contes bleus , il faut du merveilleux pour les conso- ler de la vie y>. C'est plus que jamais indispensable dans le long marty- rologe d'Israël. Ainsi, l'on remarquera, (au t. VI) les explications mysti- ques sur le chaos et la matière première, la légende d'Elischa b. Abouya un ancêtre de Faust, dont le scepticisme religieux est au moins singulier (p. 271-3). De même, on peut noter une histoire de sorcières (p. 279). non loin d'une belle page sur la libeité de penser et les miracles (p. 322). L'allégorie, dit M. Ad. Franck S se trouve ici expliquée elle-même ou

1. Journal des savants, Sept. 1872, p. 559,

XXXVI

complétée par une parabole. Dans l'une et l'autre, on remarquera cette idée, que le peuple élu n'aura rempli sa mission et justifié la prédilec- tion que Dieu a pour lui que le jour il aura uni à ses propres vertus et à sa propre sagesse celles qui existent chez les autres peuples. Cette idée se retrouve dans les livres de la Kabbale, elle a revêtu un carac- tère à la fois moral et spéculatif, elle est devenue le principe d'une sorte d'éclectisme religieux ». <c La religion du vrai Dieu, disent les kabbalistes, doit attirer à elle ce qu'il y a de saint dans toutes les autres croyances d .

Nous voilà bien loin de ce culte servile de la lettre qu'on reproche si généralement aux docteurs de la synagogue. Quand les auteurs du Tal- mud semblent tomber dans ce défaut, c'est de leur part un parti pris, un procédé ou un expédient pour atteindre un but plus élevée pour pla- cer sous la protection d'un texte de l'écriture un précepte qu'ils croient utile ou juste. Le Talmud est rempli de maximes qui témoignent du plus grand respect pour la femme, qui nous donnent la plus haute idée du rôle qu'elle remplit dans la famille. « Honore Ion prochain comme toi- même et ta femme plus que toi-même. La mort d'une femme de bien est pour celui qui l'a perdue un malheur égal à la ruine de Jérusalem d. Mais précisément parce qu'ils ne voulaient pas que le strict accomplisse- ment de la loi fût pour la mère de famille et la maîtresse de maison une occasion de négliger ses devoirs, les docteurs de la synagogue l'ont dispensée de toutes les pratiques religieuses qui doivent être accomplies dans un temps déterminé.

Peu nombreuses dans la Mischnâ, les légendes se trouvent, au con- traire, en abondance dans les autres parties du Talmud ; et, en se reportant à l'histoire de leur création, on en comprend aisément la cause. En effet, à l'exception de la Mischna, le Talmud est en grande partie le résultat des leçons publiques professées par les rabbins. Or, il est peu de professeurs et surtout en Orient, cette terre classique du surnatura- lisme, — qui ne sentent le besoin, pour distraire leurs auditeurs, de par- ler souvent à leur imagination plutôt qu'à leur intelligence ; qui n'em- ploient l'apologue comme moyen d'instruction plus simple, plus attrayant et parfois plus saisissant que la pensée philosophique nue.

XXXVII

La présence de nombreuses agailolft {\[\m\o Talmnrl n'a donc rien qui doive surprendre, ni surtout rien qui puisse exciter une sainte indigna- lion contre les auteurs de ces fables innocentes, simples récréations pour l'esprit, sans autorité, il faut la rechercher dans la Halakha seule, qui se divise en plusieurs parties.

I*" Dogmes et interprétations, que Ton prétend dériver directement de la promulgation faite sur le mont Sinaï ;

2 Principes résultant de discussions entre les Sages d'Israël et les pères de la Synagogue, ou décisions rabbiniques ;

Rites, usages ou formes particulières du culte, établis à diverses époques, intitulés : Minhaguim. Tels sont les éléments généraux à dis- cerner dans ce grand corps de doctrine, avant de pénétrer plus avant. Il faudrait appuyer sur certains points, comme la comparaison des lois qu'il contient avec les nôtres, ou avec les lois contemporaines des Grecs, des Romains et des Perses, ou avec celles de l'Islam, ou même avec son code fondamental, la loi mosaïque; on aime à retrouver plusieurs de ses points de morale, de liturgie et de doctrine dans la religion de Zoro- astre, dans le christianisme, dans le mahométisme ; une grande partie de sa métaphysique et de sa philosophie dans Platon, Aristote, les py- thagoriciens, les néo-platoniciens et les gnostiques, pour ne rien dire des Spinosa et des Schelling de notre temps ; une grande partie de sa méde- cine dans Hippocrale, ou dans Galien et dans les Paracelse d'il y a quel- ques siècles. C'est donc en lisant le texte que l'on a trouvé à toutes ces données une raison. On comprendra alors pourquoi Ton ne saurait éta- blir une esquisse même imparfaite de ce singulier mouvement intel- lectuel qui a fait, en dépit de toute opposition, que les plus grands esprits d'une nation ont employé, durant plusieurs siècles toutes leurs fa- cultés à concevoir et à écrire, puis pendant mille années, à commenter ce livre unique.

Le Talmud, comme tout autre phénomène, afin de devenir compréhen- sible, ne doit être considéré qu'en rapport avec des objets de même na- ture; ceci était une vérité méconnue jusqu'à nos jours. Gomme c'est essentiellement en dehors delà partie exégétique et homilélique, un cor- pus juris^ une encyclopédie de la loi civile, pénale, ecclésiastique, inter-

xxxMH

nalionalc, huniair.c et divino, on no peut bien le juger que par analogie en le compaiant avec d'aulres codes, et siirlout avec le code dejuslinien et ses commentaires. Ce que les profanes ont pris pour des subtilités exceptionnelles et rabbiniques, ou, dans les cbapitres qui ont rapport aux deux sexes, pour des violations grossières de la délicatesse moderne, res- sortira plutôt à l'avantage du Talmud. Les Pandectes et les Institutes, les Novelles et les Pesponsa prudentium, devraient ainsi être constamment consultées et comparées.

La culture de l'esprit est le cacbet dominant du judaïsme; c'est par l'instruction^ par l'acquisition de la science, que les docteurs talmudistes veulent s'élever à la connaissance de Dieu et des grandes vérités que la religion enseigne K

Le Talmud n'admet pas la piélé ignorante ^ : « Nul ignorant, y est-il dit, ne saurait être pieux ^ ». A Loud, est-il dit ailleurs, on discutait sur le point de savoir si l'étude était plus grande que l'œuvre : R. Tarphon dit que l'œuvre est plus grande ; R. Akiba répond que l'élude vaut mieux encore. Tous alors ont répondu : L'élude est vraiment plus grande, car l'élude mène à l'œuvre *.

L'amour de l'étude était poussé si loin qu'on lui sacrifiait les richesses. Le Talmud raconte que le rabbin Yohanan, se promenant avec ses élèves, leur montrait tantôt un champ, tantôt une vigne, en leur disant : a J'ai tout vendu pour me consacrer à l'étude de la Loi ». « L'étude, ajou- tent les docteurs hébreux, est plus méritoire que le sacrifice >. « Un savant est plus grand qu'un prophète ». « L'école ne doit pas être fermée, même pour rebâtir le Temple ». .

Cette instruction que préconisaient les rabbins, ils ne la voulaient pas oisive, contemplative; la science s'alliait chez eux à l'exercice d'une profes- sion. Le travail, sous toutes ses formes, était également honoré. En cela, les Talmudistes s'éloignent des idées qui avaient cours dans la

1. J. Bedarride, Etude sur le Talmud, pp. 135 et suiv.

2. Bonamoz(^ji]i, Morale juive et cfirét., p. 1G7.

3. Traité Ahôlh, II, 6.

4. B., tr. Qiddouschin, f. 40 6. (non à Budo, coniniodit par erreur Bedarride).

XXXIX

Grèce et à Rome, oii rexercice des arts mécaniques était regardé comme indigne d'un homme libre *. (r II est bon, disent-ils, d'ajouter un métier aux études ». <r L'artisan à son ouvrage n'a pas besoin de se lever devant le plus grand docteur ». « Celui qui gagne sa vie parson travail est plus grand que celui qui se renferme dans une piété divine ». Aussi, les plus éminenls rabbins exerçaient des professions manuelles.

Les Talmudistes se partagent en deux écoles souvent rivales : Celle de Hillel et celle de Schamaï. Hillel, remarquable par son humilité, par son esprit de charité et de bienveillance envers tous les hommes ; Schamaï, inflexible dans ses principes, souvent emporté, inclinant vers la sévérité. Au fond, les deux écoles s'accordaient; mais elles différaient sur l'application.

On trouve dans le Talmud un grand nombre de passages oîi Hillel et Schamaï sont mis en présence ^. « Je me convertirai à ta rehgion, dit un païen à Schamaï, si tu parviens à me l'enseigner pendant que je me tiens debout devant toi sur un seul pied i>. Schamaï, irrité, le re- pousse avec violence.

Cet homme alla auprès de Hillel, à qui il fit la même demande. Hil- lel l'accueillit et prononça ces magnifiques paroles: « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit ; c'est toute la loi ; le reste n'en est que le complément et le commentaire ».

Dans une autre circonstance, un païen se présente à Schamaï, et lui dit: « Avez-vous plus d'une loi? Oui, répond Schamaï, nous avons la loi écrite et la loi orale. Je consens, dit le païen, à accepter la pre- mière, mais je ne saurais adhérer à la seconde jo . Schamaï le repoussa. Il fit la même question à lïillel, qui consentit à l'instruire; il lui ensei» gna d'abord par leur véritable nom les lettres de l'alphabet, alephabet, bethy guimel, (Taleth.,. Le lendemain, il donna à ces lettres d'autres noms. « Que signifie ce changement, demanda le néophyte ? Quoi I répon- dit Hillel, lu te fies à la tradition que je te transmets, et tu ne veux pas accepter celle qui nous est transmise par nos sages d 1

1. Morilcsquieu, Esprit des lois ^ 1. IV, ch. VIII.

2. Vie de Hillel, par M. le grand rabbin Trénel (1867).

XI.

Les deux cliefs des deux écoles diiïéiaient d'opinion sur beaucoup de points. Ainsi, l'école de Schamaï disait : «Au jour du jugement, trois classes d'hommes se présenteront devant Dieu : celle des justes, celle des méchants, celle des hommes tenant le milieu entre les deux. Les justes seront inscrits au livre de la vie éternelle ; les méchant seront condamnés à l'enfer ; les autres, comprenant la grande majo- rité des hommes, iront au purgatoire, et là, purifiés par les tourments, la pénitence et la prière, ils deviendront, avec le temps, dignes d'entrer dans l'asile des justes d. « Non, dit l'école de Hillel, Dieu est grand par la miséricorde, sa justice doit toujours incliner vers la clémence. Les hommes de la classe intermédiaire ne traverseront pas le purgatoire ; leurs mérites effaceront leurs fautes ».

Une grave question agitait les écoles d'Orient: on se demandait si l'existence était un bienfait pour l'homme^ et si la mort ne serait pas préférable. Celle question fut débattue pendant deux ans dans les éco- les de Hillel et de Schamaï. 11 vaut mieux disait l'école de Schamaï^ ne pas exister. Celle de Hillel dit : « L'existence est une grâce pour Vhomme y>. La majorité des docteurs talmudistes prit un moyen terme : « 11 vaudrait mieux pour l'homme ne pas avoir été appelé à la vie; mais, puisqu'il existe, qu'il accepte courageusement la vie avec les obligations qu'elle impose; qu'il examine sans cesse l'importance de l'œuvre qu'il doit accomplir * ». Ainsi, les plus hautes spéculations de la philoso- phie y étaient abordées.

On sait tout cela depuis longtemps, et l'on a déjà dit souvent que le Talmud contient d'innombrables documents de la plus haute importance. Mais comment les trouver? Comment les aborder? Si l'on veut se ren- seigner sur un sujet donné, on a recours d'ordinaire à la voie la plus détournée, au moyen le moins direct : il faut savoir par hasard si un auteur a eu occasion de citer le passage qu'on désire étudier, il faut con- naître l'ouvrage, le chapitre, la page, et l'on aboutit souvent à une fausse indication. Comment remédiera ces inconvénients? En plaçant sous les yeux du lecteur une traduction fidèle et méthoilique de l'ouvrage, ac-

1. B., tr. Erouhviy i. i3^.

XLI

compagnée d'explications et de plusieurs tables alphabétiques qui facili- tent les recherches.

Ce sont surtout les historiens, tant Israélites que chrétiens, qui sou- vent ont éprouvé ces difficultés; et ils ont dû, lorsqu'ils ne se sentaient pas assez au courant du langage talmudique, avoir recours à un intermédiaire* : ce procédé a provoquer maintes fois de mauvaises interprétations, qui eussent été évitées si Tauteur lui-même avait pu exa- miner, de ses propres yeux, l'ensemble du passage. L'histoire joue, en effet, un grand rôle dans le Talmud et offre à l'investigateur une mine inépuisable de renseignements, parce qu'elle y occupe un espace de temps de plus de dix siècles, c'est-à-dire depuis l'existence du second temple jusqu'au siècle après sa destruction.

Ce n'est qu'une parcelle de cette encyclopédie. L'intérêt qui s'atta- che à l'antique nationalité d'Israël, à son autonomie et à son indépen- dance d'autrefois, a donné lieu à des réflexions sur les mœurs et les cou- tumes de ce peuple, traits distinctifs que le moraliste enregistrera avec satisfaction : on y retrouve, comme en un portrait fidèle, les traits sail- lants delà vie intime et de l'activité des Hébreux, à côté des études philosophiques vers lesquelles tendait leur nature spiritualiste.

Maintes légendes feront sans doute sourire le lecteur, et, bien qu'elles ne soient pas destinées aux incrédules, elles verront leur authenticité mise en doute. Mais ces sortes de croyances sont-elles particulières au Talmud, exclusives au rabbinisme seul ? Ne les trouve-t-on pas en foule aux origines du christianisme ou dans la Vie des Saints? Et leur carac- tère mythique n'a-t-il pas pour ainsi dire disparu, pour faire place à une sorte de constatation historique? Prenons deux exemples : au tr. Berakhoth (II, 9), on lit plusieurs récits, d'après lesquels les injures ou insultes faites à un pieux docteur furent immédiatement punies de la peine de mort par la Providence, quoique ce rabbin n'eût jamais désiré appliquer un tel châtiment à celui qui l'avait offensé. Une autre fois, une prédiction de malheur a les mômes suites funestes ^. C'est sans doute

1. C'est l'avis de M. Ronan, Journal asiatique, Juiliot 1879, p. 50 (Dès 1881, cet é^:rivain a prophélihé {\m\\Qi, pp. 5'J-51) que « cette traduction s'achèvera »).

2. J., tr. SchebiUk, IX, 1 fin (t. II, p. 414).,

XLII

un des produits de rimaginalion populaire qui, sesoaveianl de l'in- fluence et de la portée de quelques esprits vénérables, leur attribuait le pouvoir de faire des miracles jusque dans leurs effets pernicieux et au- delà des désirs de ces docteurs.

Veut-on maintenant établir un parallèle entre ces légendes et d'au- tres, prises en dehors du judaïsme? Il sera inutile pour cela de remon- ter aux premiers siècles de l'ère chrétienne ou de chercher dans les som- bres époques du moyen âge le plus reculé. Que Ton ouvre notre histoire nationale française, un peu avant la Renaissance, qu'on lise les hauts faits accomplis par une jeune fille du peuple, cette héroïne qui arracha la France à l'Anglais et mourut ensuite comme martyre de son patriotisme ; on arrivera à ce ûiit très sincèrement reproduit par les historiens mo- dernes :

Un jour, à sa sortie de chez le roi, qui la mandait parfois auprès de lui, un homme passant achevai lui cria des paroles inj irieuses en blas- phémant le nom de Dieu : Ah, en nom Dieu ! tu le renies i>, lui répon- dit aussitôt Jeanne, sans se préoccuper de l'insulte qui ne s'adressait qu'à elle, <c et tu es si près de ta mort 3)/ Une heure après, l'homme tombait à l'eau et se noyait^-

Quel exemple frappant de l'influence exercée sur le peuple par les âmes fortes! On peut l'alfirmer, sans sortir des limites de la vérité, l'humble et douce Jeanne Daic n'avait nullement l'intention de vouer à la mort celui qui Tavait injuriée, pas plus que notre docteur du Talmud à l'égard de ses ennemis. Personne ne voudrait en douter. Et pourtant il a pu se trouver au moyen âge des gens qui, n'éprouvant aucun soup- çon injuste à l'égard de Jeanne, eussent accusé le rabbin du Talmud, el avec lui tous les Juifs du monde, d'avoir usé de maléfices et de sorti- lèges contre son adversaire dans un esprit de vengeance ! C'est bien mal comprendre ces légendes pieuses que de les interpréter ainsi. Et qui sait si une version textuelle ne contribuera pas à dis>iper de telles erreurs ?

En outre, comme le disait M. Hallel ', les allégories et les passages

1. Pasquerel, Procès, t. III, p. 102; Jeanne d'Ave, par M. Sepet, p. W.

2. Archives Israelites, 1844. Comp. Presse iànuHUe^ 1809, n^ 'Ji, p.4v^-.

XMII

symboliques permetcnt d'entrer dans les idées Ih'o-philosophique.s de Tantiquilé et de soulever le voile dont elle aimait à se couvrir. Citons une allégorie la féerie le dispute au miraculeux, et (comme par- tout) le flambeau de la raison nous éclairera à travers les ombres les plus ténébreuses.

(T Lès démons, est-il dit, doivent leur naissance aux quatre spectres nocturnes mères, nommées Lilith, Naama, Agiiereth et Mahala. Chacune de ces quatre gouverne pendant une saison de l'année, et elles s'as- semblent auprès du mont Naspa. Elles se dirigent de l'orient vers le nord ; et Salomon les domine toutes et s'en sert pour son plaisir ]>.

Ce mythe, ainsi que d'autres de ce genre, n'est nullement l'effet d'un égarement de l'esprit; et les gens superstitieux ont beau inventer un monde nouveau, peuplé d'esprits malfaisants; l'allégoriste ne nous mon- tre qu'une grande vérité philosophique, présentée dans le style attrayant de la parabole.

La dogmatique entend par démons les vices qui cherchent continuel- lement à nuire à l'état moral de l'homme, et les vices de l'homme peu- vent être attribués aux quatre causes suivantes :

A l'ignorance, représentée par Lilith, oiseau ou spectre nocturne, qui ne se plaît que dans les ténèbres et qui est l'ennemi mortel de l'en- fance. Tel est le vulgaire, dont toute la vie n'est qu'une enfance et qui a l'instruction en horreur.

Aux plaisirs physiques, auxquels succombe même l'homme religieux et instruit; c'est ce que dit le Talmud : «Celui qui surpasse son prochain par le rang, le surpasse aussi par ses passions ».

S"* A l'égarement de l'esprit par les idées philosophiques, si les dispo- sitions naturelles n'y sont pas favorables ; car, de même que, si la vue est dirigée sur un objet trop éloigné ou trop fm, elle ne distingue plus les objets les plus proches placés sous le rayon visuel, ainsi Tesprit faible, dépassant les limites de sa conception, aliène son esprit ; il perd de vue les principes les plus évidents qui l'ont soutenu dans la foi, et tombe dans la plus grande dissolution des idées.

Ala superstition, qui est une véritable faiblesse et maladie de l'âme, qui rend l'homme incapable de toute idée sublime et affaiblit sa croyance

XLIV

à runilé (le Dieu. C^esl celte folie qui entrelient des vesliges d'idolâtrie dans les croyances et les mœurs de plus d'un homme sans cervelle, en ce qu'ils se représentent la divinité avec des passions et des attributs humains. « Enfin, ajoute lallégorie, Salomon les domine toutes et s'en sert pour ses plaisirs ». C'est l'homme sage et religieux qui domine les vices, se dirige vers un but louable, afin qu'il tire parti de sa liberté au profit de sa parfaite félicité.

N'est-ce pas celte sentence que l'auteur du Contrat social (IX) semble avoir résumée en ces mots : a L'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté » ?

Nous avons reproduit ces explications à titre de spécimen ; mais il va sans dire que nous ne nous lancerons pas dans le vaste champ des in- terprétations, qui entraînent à des séries infinies de commentaires sur commentaires.

En dehors des légendes, on trouve des renseignemenls hisloî iques, ou du moins des récits fondés sur une base historique ^ . On sait par exemple, que Simon ben-Schelah dut fuir le palais du roi Alexandre Jannée, son beau-frère ou cousin, à cause des divisions nées entre les sectes rehgieuses et à cause de leur rivalité. Dans le premier traité 2, on attribue ce fait à une calomnie répandue à la cour et accréditée par le roi lors de l'arrivée de trois cents Naziréens, et l'on raconte que^ grâce à l'intervention de personnages persans venus à la cour du roi qui avaient conservé de lui un bon souvenir, ce rabbin rentra plus tard en faveur.

De même un peu plus loin, à propos de la récitation des prières et des bénédictions, on raconte les derniers inslanls d'Akiba ^ ce héros martyr de la dernière guerre de l'indépendance d'Israël, faite sous Barcokhebas contre Adrien ; le Talmud veut démontrer, par un exemple historique, avec quelle ferveur on doit prier Dieu lorsqu'on récite le schema\ celte profession de foi israélite, et que Ton dit ces mots : Tu aimeras l'Éter- nel ton Dieu de toute ton âme, c'est-à-dire tu lui saciifieras ta vie.

i, V. au tr. Berakhoth, II, 4 (t. I. p. 42).

2. Chap. VII. § 2, p. 130. Au Talimid liabli, fol. 48^, ce récit est mutilé.

3. Chap. IX, § 9, p. 172.

XI. V

Le vieux Rabbi, comme le rapporte rhisloire, ne se laissa détourner de ses devoirs rebgieux, ni par les tortures, ni par les supplices, et au moment de perdre la vie il répétait, dans une dernière exclamation, ce credo sublime. Hélas 1 combien de martyrs, se souvenant de lui, Tont imité sur les bûchers et sont morts aussi courageusement pour leur foi!

Si du domaine de Thistoire nous passons à celui des sciences exactes, nous verrons qu'elles figurent avec non moins d'éclat. On y trouve maintes prescriptions hygiéniques et de médecine usuelle, par exemple, l'interdiction de boire de l'eau ayant séjourné toute la nuit dans un vase de métal (p. 436); des notions de physique, comme la pluralité des couleurs de la lumière ^ , et une foule de renseignements sur l'histoire naturelle. L'un des auteurs le plus souvent cités, Samuel, est représenté comme un astronome et mathématicien distingué. On peut en fournir la preuve par deux passages, pris toujours dans ce même volume, et rela- tant les opinions scientifiques de cet auteur, tout en citant également d'autres opinions que la science repousse au plus léger examen.

Dans le premier ^, Samuel calcule au juste la durée d'un clin d'œil, et il dit qu'il représente la 56,848® partie de l'heure, ou si l'on veut ré- duire cette fraction en tierces ou 60®^ de seconde, on aura 56,848/216,000 = moins de 4 tierces, ou presque un 15^ de seconde. Il semble qu'il ait connu les équations algébriques les plus compliquées.

Dans le second passage ^, Samuel apparaît en véritable astronome, en érudit consommé dans cette science que les Glialdéens ont cultivée les premiers avec succès. Si une comète, dit-il, survenait dans le signe du zodiaque qu'on nomme VOrion, l'univers périrait par ce choc ; et comme quelqu'un prétendait l'avoir vu passer à cette époque, il déclara que cette traversée n'avait être qu'apparente, qu'en réalité elle a

i. Voir Babli, même traité, fol, 52b. La Joi de l'équilibre se trouve aussi dans ce volume, ch. II. § 5. (p. 44).

2. Chap, I, § 1, p. 8. Dans le Babli, ibid. fol. 7a, la solution est moins pré- cise et plutôt approximative (88, 888« partie de l'heure).

3. Ghap. IX, 2, p. IGO ; comp. p. G à 8, pour la rotalion du soleil et de la lune.

XLVI

avoir lieu au-dessus ou au-dessous de ce signe; et il affirme son juî^e- ment en disant qu'il est aussi bien au courant des voiUes célestes que des rues de Nehardea, sa ville natale. On peut ajouter foi à son asser- tion, puisqu'il avoue sincèrement, on pourrait dire naïvement, qu'il ignore seulement ouest le siège de la comète. Et un auditeur de l'école se demanda s'il était monté au ciel pour en connaître si bien les constellations l Ou comprend maintenant qu'il ait pu calculer si minu- tieusement la durée des révolutions lunaires ou mois ^ et l'on ne s'é- tonnera pas de trouver (p. 8) des données de cosuiologie et même de géologie, des notes sur les terrains primitifs, sur la formation des croû- tes terrestres, comme un avant-goiit des théories antibibliques de Guvier, d'Elie de Beaumont, etc.

La doctrine morale du Talmud sur le juste et sur le pécheur repen- tant nous paraît réunir à un assez haut degré l'élévation et le sens pratique, pour qu'il convienne de li résumer eu peu de mots. On verra par comment il a su se tenir à égale distance des exagérations de tout genre.

D'après le Talmud : une faute commise contre son prochain ne sau- rait s'effacer par la pénitence que quanJ ce pécheur aura donné pleine satisfaction à la partie lésée ou offensée, et en aura obtenu le pardon. Alors c'est une affaire entre Dieu et lui; à lui la prière, les jeûnes, la contrition, le repentir; à la grâce de Dieu la rémission.

2'' Les péchés contre les abstinences culinaires, la sainteté des fêtes, la débauche, la dureté en fait d'aumônes, etc.; ces fautes, ne regardant que Dieu seul, peuvent recevoir une rémission pleine et entière par un repen- tir sincère et un changement complet de conduite, par une vie opposée à celle que le pécheur avait eue auparavant. Et non seulement il sera l'égal du ]uste parfait, mais par les efforts héroïques de tous les instants qu'il est obligé de faire pour vaincre ses passions et se détourner des plaisirs qu'il avait déjà goûtés, il s'élève à un degré supérieur au Zadic gamour, qui ne ressent aucune tentation pour les fruits défenilus qu'il n'a jamais conn u.

1. Voir notre exposé du calendrier juif, Almanack perfétael, préface p. X.

Celui qui aura péché contre les hommes n'importe de quelle ma- nière devra reconnaître ses faules, s'en repentir et cherchera tout répa- rer amplement ; s'il y parvient, il recevra de Dieu la rémission de ses péchés et pourra encore prétendre à l'estime des hommes. Mais il ne pourra devenir l'égal, et, à plus forte raison, le supérieur du Zadic gamour, de celui qui n'a jamais volé, trompé^ prêté à usure, frappé, qui a toujours soutenu l'infortuné de sa bourse, de ses conseils, qui a veillé les malades, leur a procuré les médicaments nécessaires, qui a protégé la veuve et l'orphelin, qui a donné des' vêlements à ceux qui en man- quaient, du bois à ceux qui avaient eu froid, à manger à ceux qui avaient faim, car ce pécheur repentant a donné des preuves d'un mauvais cœur ; il en fait le sacrifice par crainte de la punition céleste. C'est fort bien ; mais cela n'égale pas la conduite de celui qui avait toujours le cœur bien placé ^

On y rencontre aussi la mention d'un défaut bien vieux, que les écri- vains seront heureux de voir blâmé : il s'agit du plagiat 2, et l'on fait re- monter jusqu'à David le désir légitime, sollicité par ce roi comme une faveur divine, d'avoir l'assurance que ses paroles seront répétées en son nom par la postérité, dans les synagogues et dans les maisons d'étude. Ce serait un déni de justice d'agir autrement et de ne pas mentionner l'auteur des paroles que l'on cite, chacun le sait; mais combien en est-il qui observent ce précepte religieusement, scrupuleusement?

Cette loi est fort simple, mais on en trouvera qui certes paraîtront encore plus simples et même ingénues. Ainsi, dans la Mischnâ de ce même traité (IX, 5), en parlant de l'entrée au temple de Salomon, on prescrit le plus grand respect dans la tenue et l'on interdit « d'y cracher à terre ». De telles défenses ne choquaient pas nos ancêtres, accoutu- més à employer aux heures d'étude, comme en général dans leur lan- gage aniique, une crudité d'expressions plus forte encore. Nos habitudes modernes, plus sévères en apparence, respectant plutôt la forme que le fond des idées^ ne toléreraient plus de telles expressions, et lorsque nous

1. Voyez Maïmonido, Schemoné-Perakim , cli. VI.

2. Chap. II, I;; 1, p. 31.

XLVIII

nous sommes trouvé en présence de divers passages qui traitent soit de questions matrimoniales, soit d'impuretés sexuel'es i, nous avons essayé de les rendre aussi clairement que possible, en latin, selon le précepte de Boileau. Il faut observer, à l'honneur de la morale des rabbins que, malgré les périls de pareils sujets, ils ont évitî les descriptions liberti- nes, les raffinements d'obscénité qui déshonorent mainte autre casuisti- que.

Il convient d'appeler également Tattention sur l'avis du Talmud rela- tivement à Tesclavoge ; et, sur ce sujet, nous ne saurions mieux faire que de transcrire les paroles, de M. le grand rabbin Z.idoc Kahn, qui s'exprime en ces termes - :

<L II est difficile à un peuple, dit-il, quelque bien gardé qu'il soit par ses lois et ses institutions, de rester toujours fermé aux influences du dehors. Gela devient dilficile, surtout lorsque ce peuple est dépossédé de sa nationalité, livré à une domination étrangère, ou même brisé en mille morceaux dispersés partout. Ses idées, ses mœurs, sa législation, se mo- difient nécessairement au contact d'une civilisation toute nouvelle, toute difiPérente. C'est ce qui arriva aux Israélites, de l'aveu même du Talmud , pendant l'exil de Babylone ; c'est ce qui leur arriva pendant la domination grecque, et surtout après la conquête romiine. Sans doute les croyances du judaïsme restèrent toujours pures, sa morale forte et élevée : sous ce rapport, Rome ne pouvait que recevoir sans rien donner ; mais il n'en est pas de même de la jurisprudence. Cet admirable code civil romain, qui a inspiré tant de législateurs modernes, devait plaire à l'esprit fin et péné'rant des auteurs du Talmud. Quand on étudie la littérature talmu- dique, on s'aperçoit immédiatement que l'influence romaine a passé par là. Le droit civil surtout, tel que l'expose le Talmud, reproduit souvent les principes du droit romain, et quelquefois il lui emprunte jusqu'aux expressions juridiques. Nous n'avons à nous occuper que du droit rela- tif aux esclaves et l'influence des idées romaines est visible. Ce qui

1. V. t. I, p. 68 et 150 ; t.V, p. 187, et t. XI, fin.

2. L'Esclavage selon la Bible elle Talmud {ii la suite du Rapport sur le Shni- naii'e Israël Ue en 1867j, p. 67-8.

XLIX

n'était qu'un germe dans la Bible est développé par le Talmud avec une extrême vigueur. Le Talmud, comme le droit romain, dépouille volon- tiers l'esclave de toute personnalité et l'assimile à une simple propriété. Mais heureusement la ressemblance s'arrête là. Si le Talmud prive l'es- clave de tous les droits civils, il exige du moins qu'il soit traité comme . un homme, que dis-.je? comme un frère. Sons ce rapport, le Talmud con- tinue donc dignement la Bible.

Nous devons, d'ailleurs, signaler une distinction capitale. La cons- titution mosaïque reconnaît deux sortes d'esclaves qui n'ont ni les mê- mes droits, ni la même position : l'esclave hébreu et l'esclave étranger. Celte distinction est formelle dans la Bible ; mais elle s'accuse avec plus de précision encore dans le Talmud, qui la ramène à des principes rigoureux et l'étend à des cas très variés. Il est vrai que le Talmud ne s'occupe de l'esclave hébreu que dans un intérêt purement historique ; il nous apprend lui-même que l'esclavage des Hébreux, tel qu'il est réglé dans la Bible, n'existait plus de son temps. Mais nous n'en devons pas moins faire notre profit des données qu'il nous fournit ; car si, quelque- fois, il paraît s'éloigner du texte de la Bible, en général il explique uti- lement les points obscurs de la loi et supplée à ses lacunes. Nous ne séparerons donc pas la Bible de son commentaire obligé, le Talmud, et tout en recherchant le sens naturel du texte de la loi mosaïque, nous nous servirons des interprétations et des développements talmudiques. Nous devrons étudier séparément la condition de l'esclave hébreu et celle de l'étranger ; car, encore une fois, leur sort est réglé par des lois toutes diiïérentes. Nous aurons à examiner comment on acquérait l'un et l'autre, quelle situation leur faisait recouvrer la liberté. Cet examen prouvera, nous l'espérons, que le Pentateuque s'est inspiré, dans la question de l'esclavage, du même esprit d'humanité et de justice qui éclate dans toutes ses lois sociales i, et que le Talmud, après tout, est resté le fidèle interprète de la Bible ».

1. Quanta l'esclave dans la maison du maître, voir les Inscriptions grec- ques au Mu6ce du Louvre^ catalogue FrOhner, 192.

§4. persécution; émancipation

On s'explique le succès croissant de ce livre, à mesure qu'o n le con- naît davantage et plus intimement. L'immense compilation de Ravina et de Rab Asché s'est répandue parmi les Juifs avec une rapidité presque miraculeuse ; elle fut acceptée, dès son apparition, comme l'expression vraie et sincère de la loi traditionnelle ^ De nombreuses écoles, le Talmud fut l'objet de Tétude la plus respectueuse, surgirent tout à coup en Orient et en Occident; ses décisions casuistiques et judiciaires furent acceptées par toutes les communautés, et cette triple barrière élevée par la piété des rabbins delà Palestine et de la Babylonie, autour des préceptes de la Tôrâ, ne rencontra pas un seul téméraire qui voulût la franchir. Comment se fit celte transmission si rapide? Il serait difficile de le dire ; mais le fait est que l'œuvre éclose sur les bords del'Euphrate fut bientôt entre les mains des Juifs qui habitaient les bords du Rhin, du Danube et de la Vistule.

« L'altachement des Juifs pour le Talmud devait naturellement signaler cette œuvre gigantesque à Taltention de leurs ennemis : comme ils ne pouvaient s'en prendre aux textes sacrés, ils pensèrent, pour justifier leur haine et les mauvais traitements qu'ils faisaient subir aux pauvres exilés, pouvoir se rejeter sur le Talmud qui devint ainsi le bouc émissaire chargé de toutes les iniquités. On attribua à son enseignement tous les vices et tous les crimes dont on accusait les Israélites, et Ton répandit sur les principes qu'il contient d'épouvantables calomnies, sui- vies bien souvent de nombreux massacres j) .

En effet, il n'est pas étonnant que le bon capucin dont nous avons parlé plus haut I) l'ait pris pour un homme. Depuis qu'il existe, presque même avant qu'il eût revêtu une forme tangible, le Talmud

1. Archives UraéliteSf 15 juin 18G7, p. 544.

'I s'est vu trait<^. comme aurait pu l'être un homme ^ Il a été proscrit, emprisonné, bi'ûlé plus de cent fois. Depuis Jiislinien, qui dés 553 après J.-C. lui fit Thonneur de le proscrire par une novelle spéciale (novella 146), et après lui pendant plus de mille ans, jusqu'à Clément VIII, les pouvoirs séculiers et spirituels, les rois et les empereurs, les papes et les antipapes ont rivalisé à qui lancerait des analhèmes, des bulles et des écrits d'exterminalion contre ce livre infortuné. Grégoire IX et d'autres papes, de 1239 à 1320, ont ordonné de le brûler. Dans la 1'® moitié du xvi® siècle, Rome se montra plus tolérante; mais pendant la dernière moitié de ce siècle, le Talmud a été brûlé six fois^ et non pas par exemplaires isolés, mais en masse et par charretées ^. Jules III pro- mulgua sa proclamation contre ce qu'il nomme grotésquement le Tal-- mud Guemaroth, en 1553 et 1555; Paul IV, en 1559; Pie V, en 1566 ; Clément VIII, en 1592 et 1599. La frayeur que le Talmud inspirait était grande. Pie IV lui-même, en autorisant une nouvelle édition, stipulait expressément qu'elle serait publiée sans le titre de Talmud : « Si (amen prodierit sine momine Talmud, tolerari deberet^ ».

L'inquisition lui accorda les honneurs de ses bûchers, et les exem- plaires du Talmud, accomapgnés d'une longue suite de corameniateurs, fournirent aux auto-da-fé une matière abondante. Plus tard, lorsque ces exécutions furent passées de mode, une censure jalouse, stimulée sans doute par quelques apostats, fit des textes talmudiques un examen minu- tieux et en expurgea soigneusement tout ce qui pouvait blesser la foi des non-Jsraélites. Le moindre mot dans lequel il était possible de soup- çonner une allusion au fondateur du chrislianisme fut sévèrement rayé, et Ton alla jusqu a effacer les règles de la procédure qui semblaient in- firmer les idées reçues sur la date de sa mort. Seul, Clément V, en 1307, avant de condamner le livre, voulut savoir

1. Quarterly Review, octobre 1867. V. Echard, Sti Thomas summa suo auctore viiidicata sive de Vincentii Bellovacensis scripris dissertatio, pp. 592-600.

2. V. Isid.-Loob. Bévue des études juives ^ I, pp. 247 et s. ; II, p. 2'i8et s. ; III p. 39 et s

.'i. La défense de cette lecture est l'objet d'un chapitre complet d'histoire dans Rcusch, Dcr index dcr Vcrhotcnen biichcr (Bonn, 1883, 8"), t. pr pp. 45.53^ d'après Graitz et les sources originales.

LU

ce qu'il était, et ne trouva personne pour le lui dii'e. Li-dessus, il pro- posa, mais dans un langage si obscur qu'il se prêtait à plusieurs inter- prétations, que l'on fondât trois cliaiies pour enseigner Thébreu, le chal- déen et l'arabe, comme étant les trois langues les plus rapprochées de celle du Talmud^. Il désigna, pour instituer ces chaires, les universités de Paris, de Salaraanque, de Bologne et d'Oxford, espérant qu'une de ces universités pourrait à la longue arriver à produire une traduction de ce livre mystérieux. Est-il besoin de dire que cet espoir ne se réalisa jamais ?0n eut recours au procédé plus expéditif de la destruction ; on l'essaya non seulement dans quelques villes d'Italie et de France, mais dans toute Tétendne du saint empire romain.

Enfin, il se fit un changement en Allemagne. Un nommé Pfefferkorn, être assez méprisable, sollicita, sous le règne de Maximilien, un nouveau décret d'extermination contre le Talmud. L'empereur était campé avec son armée devant Pavie, lorsque ce messager arriva dans son camp pourvu de lettres de recommandation de la part de Gunégonde, la belle princesse, sœui' de l'empereur. Maximilien, fatigué et ne soupçonnant rien, renouvela assez volontiers ce décret antique de confiscation, natu- rellement suivi de la destruction par le bûcher. La confiscation s'exécuta consciencieusement, car l'apostat Pfefferkorn savait assez bien ses anciens coreligionnaires gardaient leurs livres. iMais il survint une con- flagration d'un genre différent. Peu à peu, la réforme s'avançait en Aile- mage. Reuchlin, le plus eminent des hellénistes et des hébraïsants de cette époque, avait été chargé avec un comité d'appuyer de sa savante autorité le décret de l'empereur.

Mais sa tache ne lui plaisait pas. Il n'aimait pas, disait-il, le regard de Pfefierkorn. En outre, c'était un homme honnête et savant, qui ayant

1. Cette chaire, en réalité, avait pour but de faciliter la conversion des juifs. II ne s'agissait pas de philologie, ni d'enseignement linguistique, mais d'un but plus pratique aux yeux des ecclésiastiques de celte époque. La science n'était qu'un moyen, un auxiliaire mis au service de la religion, nous fait observer M. Soury Voir son travail <* Des études hébraïques et exégétiques au moyen-i\ge chez les chrétiens d'Occident » (P., 18t)7, 8°). Position d'une thèse soutenue à l'école des Chartes pour le diplôme d'archiviste.

un été le restaurateur du grec classique en Allemagne, ne se souciait pas de prendre part à la desiruclion en masse d'un livre écrit par les proches parents de Jésus. Peut-être vit-il qu'un piège lui était adroitement tendu. Depuislongtempsil était lui-même une épine au pied de ses contemporains. Ses études hébraïques avaient été vues avec une amère jalousie, sinon avec frayeur. On ne songeait à rien moins à cette époque (la faculté de théo- logie de Mayence le demandait ouvertement) qu'à une révision et à une correction complète de la Bible hébraïque, attendu qu'elle différait de la Vulgate. Reuchlin, de son côté, ne perdit jamais une occasion de proclamer la haute importance de ce qu'il appelait énergiquement la vérité hébraïque. Ses ennemis crurent que Tune des choses arriverait : ou en se prononçant officiellement pour le Talmud, on était sûr qu'il se compromettrait dangereusement (et alors ce serait bientôt fait de lui), ou bien il réduirait à néant jusqu'à un certain point ses jugements précé- dents en faveur de ces études. Il déclina la proposition qu'on lui faisait, disant avec assez de loyauté qu'il ne connaissait aucunement le livre et qu'il n'y avait pas beaucoup de gens au monde qui le connussent. Les détracteurs du livre le connaissaient moins que personne. Mais, ajouta-t-il si même il contenait des attaques contre le christianisme, ne vaudrait-il pas mieux y répondre? Brûler le livre, disait-il, n'est qu'un argument brutal {Bacchanten argument). Là-dessus, haro général sur Reuchlin : c'était un juif, un judaïsant, un renégat vendu, et ainsi de suite. Reu- chlin, sans s'effrayer, se mit à étudier le livre avec la patience laborieuse qui lui était propre. Bientôt après, il en écrivit une brillante apologie. Quand l'empereur lui demanda son avis, il renouvela le conseil de Clé- ment, de fonder des chaires pour l'explication du Talmud. Dans chaque université allemande il devait y avoir deux professeurs spécialement nommés pour mettre les élèves en état de comprendre ce livre. « Quant à le brûler, ajoutait-il dans son fameux mémoire adressé à l'empereur, si un fou venait dire : «. Très puissant empereur, Votre Majesté devrait (r vraiment supprimer et brûler les livres d'alchimie (ce qui était un (T excellent argumentât/ horninem), parce qu'ils contiennent des passa- it ges blasphématoires, impies et absurdes contre notre religion», qu'est- ce que Votre Majesté répondrait à un pareil âne? Ceci : Tu es un niais,

l.IV

de qui il faut rire au lieu de l'écouter. Eh bien, parce que ce niais ne peut pénétrer les profondeurs d'une science et parce qu'il conipreml les choses autremeni qu'elles ne sont en réaHté, jugeriez-vous à propos de brûler les livres de cette science » ? Les clameurs s'élevèrent de plus en plus furieuses, et Reuchlin, le savant paisible, de témoin qu'il avait été devint un accusé. Ce qu'il eut à souffrir pour et à cause du Talmud ne peut se raconter ici. Du procès fait au Talmud naquit toute une littéra- ture de brochures, de feuilles volantes et de caricatures. La Faculté de théologie de Paris ne tint pas moins de quarante-sept séances, qui fini- rent par la condamnation de Reuchlin. Mais il ne resta pas seul pour combattre. Autour de lui se rallièrent, l'un après l'autre, le duc Ulrich de Wurtemberg, Télecleur Frédéric de Saxe, Ulrich de Hutten, Franz de Sickingen, celui qui, à la fin, fit payer aux habitants de Cologne les frais du procès de Reuchlin, Érasme de Rotterdam et toute la brillante pha- lange des <t chevaliers de Saint-Esprit », les « légions de Pallas- Minerve d, les « Talmudphiles », selon les appellations diverses que leur donnent les documents de cette époque, ceux enfin que nous appelons les humanistes ^. Et leur palladium et leur cri de guerre étaient éton- nantes péripéties de l'histoire!) : le Talmud. Être pour Reuchlin voulait dire, selon eux, tenir pour la loi. Combattre pour le Talmud, c'était combattre pour l'Église ! Non te, écrit Égidius de Viterbe à Reuchlin, sed legem ; non Thalmud, sed ecclesiam.CeUe fois le Talmud ne fut pas brillé. Au contraire, on en imprimait la première éililion. Et dans la même année 1520, quand cette première édition s'imprimait à Venise, Martin Luther brûlait la bulle du pape à Wittemberg.

« Peu de gens cependant ont su lire le Talmud et encore moins le comprendre, ce qui ne les a pas empêchés de prononcer contre lui des

1. Dans la Revue des études juives, en 1884, t. IX, pp. 88-90, M. Ch. Dejob ana- lyse des lettres de Sirleto sur la censure du Talmud. Au même titre, dans la publication jubilaire en l'honneur de Zunz, M. le Rab. D' Jos. Perles a édité des lettres d'un certain Andreas Massius, du XVI® siècle, qui llétrissent la haine pour les ouvrages écrits en hébreu et défendent le Talmud (Archives isr. 1884, p. 365). Voir aussi Ad. Briill, Populdr-wissGnschaftliche MonaisbUitier, 1883, pp. 25-3*2 ; 1885, pp. 33-:54.

LV

jugements catégoriques ; les plus bienveillants veulent bien reconnaître qu'il s'y trouve un peu de sagesse ; les autres l'ont examiné avec une malveillance qu'ils ne dissimulent pas, et ne se font aucun scrupule d'appliquer aux chrétiens ce qui, évidemment, ne pouvait avoir trait qu'aux idolâtres ^ Buxlorf lui-même ne s'abstient pas de ces fausses interprétations, et en traduisant le Aroukh de Rabbi Nathan, il a trouvé moyen de lui donner, dans quelques endroits, une teinte anti-juive. Malgré la ressource qu'otîrait ce dictionnaire, il n'est pas probable qu'on en ait beaucoup profité pour se livrer à l'étude du Talmud. La cause de cette abstention est facile à deviner, et ceux qui sont quelque peu fami- liarisés avec ces textes peuvent dire au prix de quel travail ils sont par- venus à vaincre les premières difficultés de la lecture ; l'absence com- plète de ponctuation, les abréviations très nombreuses, la concision du style, le mélange des langues, la forme du raisonnement sont autant d'obstacles à surmonter avant d'arriver à déchiffrer une page du Tal- mud. Naturellement, les auteurs du Talmud subirent la mauvaise for- tune de leur œuvre dans le monde non israélite ; les noms et les paroles de bien peu d'entre eux ont pu franchir le cercle étroit de la famille israélite, et Ton ne cite les noms de deux ou trois tanaïm (ou docteurs de la loi) qu'en méconnaissant ou en amoindrissant le rôle qu'ils ont joué et rimportance du rang social qu'ils ont occupé dans le monde ju- daico-grec ou romain. Pour être complètement dans la vérité, il faut avouer que les Juifs eux-mêmes ont peu fait jusqu'à ce jour pour faire connaître le monument talmudique en dehors de la société juive. Ils ont écrit leurs commentaires et leurs consultations dans la langue sainte, et le pius souvent ils se sont servis de l'idiome hébraïco-chaldéen. Maï- monides, qui rédigea son More et ses traités de morale et de médecine en arabe, adopta la langue hébraïque pour son Yad-ha-Hazaka. Une apologie ou une simple analyse du Talmud par un Juif n'aurait peut- être pas, au moyen âge, et même à l'époque de la Réforme, reçu un bon accueil : on acceptait le Juif comme médecin, on avait recours à lui pour rétude de la langue sainte qu'il enseignait quelquefois aux

i. Archives, L c.

LVl

meml»res du sacré college, mais ou no lui aurait ceites pas permis de bat.re en brèche les préjugés domiuauts. Il faut supposer aussi que, rendus méfiants par les persécutions, les Juifs n'élaieut pas trop tentés de dévoiler leurs secrets à leurs oppresseurs.

d La période d'émancipation, qui a commencé avec notre siècle, n'a guère été (mais pour d'autres motifs) plus favorable aux études talmu- diques et à la propagation extra-juive de ce livre. Une noble émulation s'était emparée de tous les Israélites : ils voulaient se mettre au niveau de leurs concitoyens des autres cultes ; la fondation des écoles pour la jeunesse, des sociétés d'arts et métiers pour les adultes devint l'occupa- tion principale^ l'œuvre aimée et commune des deux parties qui n'avaient pas tardé à surgir. Orthodoxes et réformateurs, tous étaient d'accord sur la nécessité de répondre à l'acte réparateur dont ils venaient d'être Tobjet par un zèle patriotique se manifestant sous toutes les formes possibles. L'école primaire supplanta donc l'antique heder; le comptoir, Tateher et les hautes écoles enlevèrent au beih-hamidrasch la plus grande partie de sa population, et le Talmud, qui jusqu'alors vait compté au moins un adepte dans chaque maison israélite, ne se trouva bientôt plus qu'enlre les mains de ceux qui se destinaient à la carrière rabbinique. Enivrés par les effluves de la hberté, ceux que l'on appe- lait les réformateurs voulaient se débarrasser d'un seul coup de toutes les entraves^ et le Talmud, qui depuis son apparition avait joui d'une autorité incontestée, fut dédaigné et repoussé ; quelques Israélites, fiers d'avoir, au sortir du Ghetto, pénétré dans les salons dorés, ne craigni- rent pas de rendre le Talmud responsable de leurs souffrances anté- rieures, et il se trouva quelques délicats qui, à sa vue, éprouvaient les mouvements du prisonnier mis en présence des chaînes dont il avait été chargé. Le mot de Sieyès, fort à la mode à cette époque, trouva son application dans celle circonstance; on disait : vl Le Talmud qu'a-t-il été? tout. Que doit-il êtie? rien ». Les orthodoxes, non moins zélés que leurs adversaires pour la cause de réinancipation, voyaient avec terreur le mouvement anti-lalmuilique se propager avic une rapidité vertigineuse ; ils cssayèient de lutter, mais le vent qui souillait ne L ur était p;is favorable, les esprits n'étaient pas tournés de leur ctUé. Les lai-

LVII

mudistes, les plus distingués même, durent se borner à l'étude person- nelle et à l'enseignement du Talmud, Les publicalions talmudiques, pendant la première moitié du xix° siècle, furent très rares, en France du moins; en Allemagne, elles furent plus abondantes et jetèrent un certain lustre sur leurs auteurs. Cependant il n'était pas possible que dans un pays brillèrent les Raschi, les Rabenou Tarn, les Goucy et toute la pléiade des tossaphistes, les études talmudiques fussent con- damnées à une décadence et à une stérilité complètes. La vie des rabbins, auteurs du Talmud, n'est pas étrangère au mouvement politique et so- cial de leur époque ; leurs doctrines doivent être conservées : la législa- tion du Talmud, quoique abolie en fait, n'est pas sans intérêt pour le jurisconsulte qui pourra peut-être y puiser quelques bonnes inspira- tions. D'un autre côté, les préjugés qui existaient contre le Talmud se sont bien affaiblis, et les Israélites, revenus de leur erreur, compren- nent aujourd'hui qu'ils n'auront qu'à gagner dans l'esprit public en fai- sant connaître le vieux et antique moaument de leur droit civil et reli- gieux 3). En somme, rien ne serait plus facile que de tourner cette œuvre en dérision *. Mais ses défauts, ses petitesses, ses ridicules ne peuvent lui ôier la gloire d'avoir lassé l'oppression des siècles.

1. Même de nos jours, on ne cesse pas de chercher querelle au Talmud. Ainsi p. ex. le journal \q Petit Algérien, exploite en la tronquant une phrase de feu le rabbin Gharleville, énoncée à propos de sa traduction du code rabbinique et l'utilise pour attaquer le Talmud [Archives t5r., 1882, pp. 373-6). Il serait aisé de citer des faits innombrables de ce genre : il est également inutile de les réfuter.

s 5.

MANUSCRITS. EDITIONS.

Les nombreuses persécutions dont le Talmud a été l'objet en ont rendu assez rares les copies manuscrites, et en France il n'en existe pas un exemplaire écrit qui soit complet. La Bibliothèque nationale de Paris a parmi les manuscrits hébreux, des sections de la Mischnà avec ou sans commentaires, puis la partie haggadique ou légendaire des traités de matrimoine, par extraits, et une douzaine de volumes plus ou moins étendus de l'Abrégé Talmudique d'Isaac Alfasi, outre quelques parties de l'Abrégé d'Ascher ^. A i)eine celte bibliothèque possède-t-elle quel- ques volumes isolés de la Guemarâ proprement dite, savoir : le traité Bcrakhôth, selon le Talmud Babli ^ ; depuis peu de temps les traités Baba bathra, Abôda Zara^ et Horaiol/i, selon le même talmud^; enfin quelques feuilles offertes par M. de Saulcy, trouvées par lui dans la garde d'un vieux manuscrit latin. Ces fragments, dont l'écriture semble remonter au xii^ siècle, sont au nombre de trois feuillets doubles et appartiennent au traité Baba-bathra *.

Mais en Allemagne, le goût de ces études a été respecté davantage et ont eu lieu les dernières persécutions contre cet ouvrage comme on vient de le voir, on trouve quelques rares exemplaires dans les biblio- thèques publiques, savoir : * Parmi les manuscrits de la bibliothèque royale de Munich, deux

1. Lebrecht, qui n'a pas examiné les manuscrits de visu, supposait qu'il en existe plusieurs à Paris : il a été induit en erreur par l'ancien catalogue de cette bibliothèque, qui est incorrect. Voir .ses WissenschafUiche Blatter dans la Tei- (el-Heine-Ephraiin's Anstalt, pages 48-89.

2. Fonds de l'Oratoire, 56 , nouveau catalogue général des manuscrits hé- breux, no 671, 3°. Cf. Archives isr., 1868, p. 715.

3. N<* 1337. Ce ne sont pas seulement des « livres de la Mischnà », comme le dit à tort le rédacteur actuel du catalogue.

4. Supplément 183, ou n*^ 1313 du nouveau catalotrue.

I,TX

nous intéressent. D'abord le Talmud Bahli entier, écrit l'an du monde 5103 (fin 1342), à Paris, par R. Salomon ben Sirnson, à l'usage de Ben- Éliézer ben-Samuel ben-Joseph ben-Jochanan ben-Matbatia de Paris ; le traité Berakhôlh se trouve à" la suite de la section MoH, et la section Zeraim est écrite à la fin du volume. On ne trouve pas en marge les commentaires habituels de Raschi et des tossaphôtk (glossaleurs). La Mischnâ y est écrite en grands caractères, et elle est entourée de tous côtés par la Giiemarâ, écrite en caractères bien plus petits, et cepen- dant lisibles ; la première et la sixième section de la Mischnâ, qui ne comportent pas de développement talmudique, se trouvent réunies à la fin. C'est un seul et unique exemplaire complet du Talmud Babli qui soit connu dans le monde entier. Avant le commencement du Talmud, quelques pages sont occupées par un résumé chronologique de l'his- toire biblique jusqu'à la composition et la rédaction des œuvres lalmu- diques. A la fin se trouve la liste, par ordre chronologique, des ianaim (rédacteurs de la Mischnâ) et des amoraim (auteurs de la Guemâra), puis toutes les formules nécessaires à la confection des contrats de mariage ou de divorce, de pleins pouvoirs, d'échanges, de ventes judiciaires, etc. (n° 6). Un autre volume contient Pesàhim et Haghigâ, d'une écriture beaucoup plus ancienne, sans doute du xii® siècle [n* 95). En outre no- tons les n°^ 140-1 de ce même Catalogue, comme fragments.

2^ A la bibliothèque de la ville de Hambourg, il y a divers traités juridiques de la section des dommages {Nezikin), écrits Tan du monde 4944(1184), n<^« 160-170 du catalogue Steinschneder (pp. 62-3).

A la bibliothèque grand-ducale de Carlsruhe, il y a le traité Sanhé- drin incomplet, datant probablement du xir siècle; ce volume avait appartenu primitivement à Reuchhn, qui écrivit sur la première page : «Talmud hierosolymiianumin libris Sanhédrin quos Johannes Reu- chlin Pforcensis sibi diligenter adquisivit, anno MDXlï d. 11 y a une erreur; ce traité n'est pas du Talmud de Jérusalem, mais de celui de Babylone.

1. Catal. Steinschneder, pp. 2, 13, 63. Voir ÏAUg. Zeitung des Judenthums (1838), Uomilelisches Delhlalt, n'^ 23, p. 92; et ma Notice sur ce manuscrit hébreu parisien au Congrès des orientalistes, 1873, in-8'\

LX

4** La bibliollièque de l'université de Breslaii possède quelques feuil- lets fort anciens du traité Zebahim, analogues en quantité et en pro- venance à ceux de la Bibliothèque nationale de Paris (n° 1313). On en retrouve autant, pour d'autres traités, à Odessa.

A Leyde, le manuscrit complet du Talmud de Jérusalem, fonds Scaliger, (n° 3), est un de ceux qui ont servi de texte à la première édition ^ ; il subsiste seul et unique en son genre.

6*" Le British Museum possède un manuscrit contenant huit traités du Talmud Babli relatifs aux fêtes '^. Londres, comme Oxford, a dans ces der- niers temps acquis des volumes détachés (oriental mss.).

7** La bibliothèque bodléienne, ou celle d'Oxford, est la plus riche de toutes sous ce rapport; elle offre des traités du Talmud Babli jusque sous quatre formats divers, in-folio, in-4^, in-8° et in-12o, outre le pre- mier volume du Talmud de Jérusalem ^

8^ Un fragment du Talmud Babli, traité Pesahim, à Cambridge,

Bibliothèque de l'Université, a été publié par W. IL Lowe \ en 1879.

9"' Il V a à Rome, selon le catalogue d'Assemani, cinquante-sept trai- tés du Talmud, réj artis entre trente volumes % dont la plupart provien- nent de la bibliothèque palatine de l'université de Heidelberg, emportés à Paris, en 1797, lors des conquêtes de la Révolution française, et ren- dus à Rome en 1815.

10"* Si TAlleii agne et l'Angleterre sont les pays le plus rlchemenl dotés sous ce rapport, si Munich possèile seul un exemplaire complet du Tal- mud manuscrit, lltalie, presque aussi riche en nombre de volumes dé- tachés, a l'avantage d'offrir le plus ancien de tous les manuscrits ; c'est la bibliothèque nationale de Florence qui le possède en trois volumes in-

1. Sleiiischneider, Catalogue des manuscrits héh^eux de la bibliothèque de Leyde. p. 341 ; Schiller Szinessy, occasional Notices of hebrew mss., 1 .

2. Fonds Harliiigton, 5508.

3. Ce dernier nis., du xiv^ s., pourvu d'un commentaire, fait partie du tond Michel. V. Neubauer, catcdoguc, ii"» 3C5 à 375.

4. Il l'attribue au ix« ou siècle, d'après le fac simile joint à cette édition.

. La même bibliolluque ])ossède un ms.de la MischnA, Ailditional, n^ 470; il a été aussi publié par M. Loue. V. ci-après, § 8.

5. L'auteur des Diqdouqc Sofrim y a puisé à pleines mains.

LXI

folio '1. Ils proviennent d'Antonio Magiiabccchi, qui fut le fondateur (\q cette riche et précieuse collection de manuscrits et d'imprimés appelée Magliahechiana.

Ces manuscrits se divisent ainsi : le premier volume contient les trai- tés Berakhôthy Dekhorôlh, Temoura^ Kerilôly Tamid, Midôtliy Meila, nin ; le deuxième contient Baba-Kama et Baba-Metzia^ et le troisième Baba-bathra, Sanhédrin et Schebouoth. Une épigraphe à la fin du pre- mier volume porle ces mots : a Écrit le vendredi 22 Eloul, an 936 » (ce qui correspond à septembre 1176 de J.-C); et quoique les deux autres volumes ne soient pas datés, on reconnaît à Tidentité des caractères que leur écriture est de la même main et de la même époque que celle du premier. <r La dite suscription, nous écrit M. Lasinio, est certainement de la même main que celle qui a écrit tous les trois volumes. Gomme je n ai pas voulu me fier seulement à moi-même sur une chose aussi impor- tante et aussi essentielle, j'ai interrogé les employés de la bibliothèque, qui sont très expérimentés en fait de manuscrits, et dont l'un connaît suffisamment l'hébreu pour juger do l'identité des caractères, et tous, à l'unanimité, ont confirmé mon opinion. L'encre, la main, tout est sans doute du même temps et de la même personne que le reste. En consé- quence, le premier volume a été écrit l'année 4936 de la création (mal- heureusement le copiste n'a signé ni son nom, ni le nom de la ville il a écrit) ; et notre manuscrit est le plus ancien du Talmud que l'on con- naisse, du moins jusqu'à présent ». Il y a aussi des morceaux du texte de la Mischnâ ou de la Guemarâ traduits en latin dans le second volume, et notamment dans le troisième, appartenant à la partie appelée aggadique; quelquefois ce sont seulement des titres ou des sommaires de sujets trai- tés dans le cours des chapitres. D'après l'écriture, ces additions datent de la fin du xiv® siècle ou du commencement du xv®.

11° La bibliothèque de Turin contient les cinq principaux traités de la seconde section du Talmud Babli.

\1^ Celle de Parme, qui provient du bibliographe G. B. de Rossi, pos-

1. Fonds PI uteum, cod, 7 à 9, ou classe III, no XXXVIII a (i y de l'ancien cata- logue latin, comme nous l'apprend une lettre particulière de M. F. Lasinio, pro- fesseur à l'université de Florence.

LXII

sède, outre un exemplaire de la Mischna ^ et T Abrégé d'AUasi, un ma- nuscrit du traité Schabbalh, daté de Tan 1400.

13" En Orient, le Ilakham de la communauté juive-espagnole à Jéru- salem possèile en manuscrit, dit Lebrecht, les trailés du Talmud de Jé- rusalem pour toute la première section, ou Zcraim 2.

14'' Il y a encore en Prusse un certain nombre de manuscrits moder- nes, les uns de 1709, au séminaire israélile de Miinster; mais ils n'ont qu'un intérêt secondaire, puisque ce sont des copies d'exemplaires im- primés.

Enfin, depuis 1489, on a imprimé successivement des volumes déta- chés"', et la première édition du Talmud complet Babli a paru à Venise, en 1520 ; elle est devenue fort rare et ne se trouve plus que dans de grandes bibliothèques, par exemple à Paris ^ Elle a suffi pour rendre ce livre impérissable et a servi à en reconstituer des éditions innom- brables dans tous les formats ; elles sont plus ou moins complètes, selon que la censure ecclésiastique pouvait ou savait en faire retrancher les passages compromettants pour l'Eglise ^.

Dans l'édition complète de Baie, 1578-81, la troisième en date, et qui, presque toujours depuis, est restée l'édition classique, une étonnante créature, le censeur, fit pour la première fois son apparition. Dans son désir de protéger la foi contre tout danger (car on supposait que le Tal- mud cachait de violentes invectives contre le christianisme sous les expres- sions et les phrases les plus innocentes en apparence), ce fonctionnaire fit des choses étonnantes. Quand, par exemple, il rencontrait dans le livre quelque vieux Romain jurant par le Capitole, ou par le Jupiter de Rome, aussitôt il lui venait des soupçons. Assurément, ce Romain devait être, un chrétien, le Capitole était le Vatican et Jupiter le pape. Et sur

1. Mss. Codices hebraici biblioth. J. B. de Rossi, t. I (Parma, 1803). 138. du X1II° siècle.

2. Le rabbin D' Lehmann Ta publié avec le commentaire de R. Salomon Joseph Syrileio (ou plutôt Serillo), à Francfort s. Mein, eu 1875.

3. V. ma Notice Les incunables hébreux, n*' 48 à 51, 85, 122, 133-6, 238.

4. Bibliothèque nationale, « Catalogue des livres de la Bibliothè^iue du Roi », t. I,n'> A 843.

5. V. Raph. N. Rabbinowicz, Maamau etc., ma Notice Les Incunables ht'breu.i\ pp. 5 et 6, et le n" 26; Hevue des vtiulos juives, V, p. '111 . n. 1.

I. XIII

l'heure il effaçait le mot Romey qu'il remplaçait par un autre nom de lieu qui lui venait en tête. Une de ses contrées favorisées paraît avoir été la Perse; quelquefois c'était Aram ou Babel. De sorte que, de nos jours encore, on peut rencontrer ce digne Romain jurant par le Gapilole de la Perse ou par Jupiter d'Aram ou de Babel. Mais^ partout se trouve le mot gentil, le censeur était saisi d'inexprimables terreurs. Un gentil ne pouvait être qu'un chrétien, qu'il demeurât dans l'Inde ou à Athènes, à Rome ou à Ghanaan ; que ce fût un bon gentil (et il y en a dans le Tal- mud), ou que ce fût un méchant. Aussitôt il le baptisait, et, le baptisant suivant sa fantaisie, en faisait un Égyptien, un Araméen, un Amalécite, un Arabe, un nègre, quelquefois un peuple entier. Tout cela se trouve dans nos dernières éditions. Une fois ou deux, on a essayé de purger le texte de ses taches les plus saillantes, mais sans succès. Enfin, il y manque le tr. Ahôda Zara (de l'idolâtrie) ; bien qu'il s'agisse exclusi- ment du paganisme, il a été l'objet du même ostracisme, en entier. L'édition d'Amsterdam, imprimée au dernier siècle, est la plus estimée de toutes les éditions du Talmud Babylonien. Quant au texte palestinien, dit de Jérusalem, il en sera question plus loin, § 8.

§6.

COMMENTAIRES ET RESUMES

Dans cette esquisse rapide, nous ne pouvons qu'effleurer les questions en quelques paragraphes, tandis que cliacun(^, d'elles formerait seule un travail, si nous pouvions approfondir les sujets et les épuiser. Ainsi, nous avons à peine mentionné en passant les divers abrégés du Talmud, et il nous a été encore moins permis d'aborder ici la vaste nomenclature des travaux qui constituent la littérature talmudique ; ils sont innombra- bles, et Ton na jamais pu, par cette raison, en dresser une liste bien complète. Ce sont, en dehors des traités d'exégèse biblique, des œuvres de casuistique sans bornes, dont nous voudrions au moins don- ner une idée.

On ne se rend peut-être pas assez compte de l'œuvre gigantesque suscitée par le Talmud, et de l'immensité du travail auquel se sont livrés les rabbins, malgré toutes les cruelles incertitudes qui envelop- paient leur existence. Après qu'il eut dit le dernier mol sur l'interpré- tation de la Tôrâ, après qu'd eut exposé toutes les discussions auxquelles le texte sacré avait donné lieu, ainsi que toutes les lois traditionnelles et les règles établies par les rabbins de la Palestine et de la Babylonie jus- qu'au V® siècle de l'ère chrétienne, le Talmud à son tour lut mis sur le métier, et devint le sujet d'une nouvelle série de commentaires la fmesse de l'observation et la justesse de l'analyse ne laissent rien à désirer^-

f Les rabbins du moyen âge eurent une ambition très belle et très noble, c'était de ne laisser subsister d'incertitude sur aucun des points de la partie halachique du Talmud. Us se mirent courageusement à l'œu- vre ; la patience si vantée des bénédictins peut se comparer à celle que

1 . Archives, L c. p. 696.

ixv

(Jurent déployer quelques-uns de nos rabbins, qui seuls et isoles, ont essayé de codifier le corps entier du Talmud.

d Pour ne citer que les principaux et les plus connus, nous avons d'abord Al-Fazi, qui le premier a fait un résumé du Talmud et a eu le courage d'élaguer du texte tout ce qui ne se lie pas étroitement à la dis- cussion. Puis vient Maïmonides, qui, avec son Yad ho^-hazaka^ nous donne un véritable code embrassant toutes les matières, la morale, le culte et la jurisprudence : esprit élevé dont il est inutile de faire l'éloge, mais qui, en raison même de son élévation, s'occupe peu des contradic- tions où il tombe, en traitant les détails infinis d'une législation très compliquée. Puis vient Ascheri, dialecticien très puissant, qui sait habi- lement fondre dans Targumenlation talmudique les interprétations de Raschi et les observations des tossaphistes. Son fils lui succède et fait un nouvel essai de codification, dans lequel les opinions d'Ascheri occupent naturellement une grande place. Enfin Jos. Garo, après avoir analysé et résumé les opinions émises par tous ses prédécesseurs, nous donne le Schoulhan-Aroukh^ adopté par l'universalité des Israélites comme code de religion d.

Pendant ces périodes successives de codification, d'autres œuvres sont rédigées ; elles retracent sous forme de questions et réponses les études auxquelles se sont livrés les successeurs du Talmud pendant un long espace de temps. On traite les matières les plus compliquées et les plus bizarres, et Ton résout des problèmes servant à répondre à des hypo- thèses qui ne se présenteront peut-être jamais ^. Les auteurs s'inquiè- tent à peine de Tadmissibilité de leurs suppositions, et ils s'évertuent à discuter très profondément les détails les plus minutieux d'une cérémo- nie quelconque. Ils échangent, par exemple, leurs idées sur la possibi- hté d'admettre, à titre régulier, un sacrifice accompli dans une circons- tance donnée et contrairement aux règles prescrites, et ils agitent la question de savoir si ce sacrifice peut être considéré comme valable, quoique depuis la ruine de Jérusalem cette étude n'offre plus qu'un in- térêt théori(nie. Autre exemple : si Ton transgresse involontairement

1. Voir jiotre Introduction au Maassô Nissim (édition liébr. arabe de la Ca- suistique d'Abr. Muùnonides), p. 11.

LXVl

telle ou telle défense biblique, que faire? Est-on passible de la verge ou des coups de lanière, ou de l'acccomplissement d'un sacrifice de péché, ou de l'amende, ou de la mise en anathème, etc.? Nous nous contente- rions d'imposer à ce pécheur peu coupable Tobligalion de manifester le regret, le repentir, la contrition sincère. C'est une solution pratique. Mais nos docteurs du moyen-âge ne s'en contentent pas, et se plaçant au point de vue scolastique, ils déploient dans la discussion de ces sujets un concours d'érudition et de perspicacité (pilpoul) dont on ne se fait pas une idée si on ne l'a pas examinée de près, et qui dérouterait un savant de premier ordre, s'il n'avait été habitué à ce genre de travaux dès son enfance, comme le sont la plupart des talmudistes polonais. De bonne heure on les accoutume à ces études spéciales, qui enrichissent la mémoire sans la surcharger ; mais elles agrandissent le cercle de l'imagination jusqu'à autoriser Tadmission des cas les plus méticuleux, et fortifient largement l'intelligence sagace, au risque de la rendre ai- guë. En revanche, l'esprit, une fois appliqué et attaché à ces études, s'y plaît et s'y délecte avec une joie ineffable, au point que l'homme oublie la vie matérielle avec ses heures de désespoir ; que l'adversité vienne, elle ne l'inquiète guère ! Un asile est ouvert devant lui et l'accapare à un tel point, que le malheur semble ne pas pouvoir pénétrer jusque- là. On s'élance dans une controverse qui, pour nous autres gens aussi indifférents qu'ignorants, peut paraître puérile, mais qui, pour ces hommes initiés aux moindres secrets de la déduction et de Tintuition, représente la vie dans ce qu'elle a de plus noble : la supériorité de l'in- telligence.

Aussi bien, n'est-ce pas à celle insouciance des choses terrestres qu'Is- raël doit son existence miraculeuse? N'est-ce pas grâce à elle qu'il a pu subsister pendant les siècles de la persécution, et maintenir sa croyance intacte au milieu des barbares ?

Mais si les uns ont résumé la partie législative que leurs successeurs ont discutée et développée, d'autres se sont appliqués à faire connaître la partie, légendaire et exégétique, qu'ils ont explicpiée par des commen- taires étendus et à l'aide des procédés d'hcrniéneuliquo. Sous le sens littéral et emblématique des légendes talniudiques, se trouvent cachées

FAVil

des doctrines myslorieuscs, et l'on peut dire qu'il n'est aucun procédé k abbalistique dont le Talmud ne fasse pas usage ou au moins mention R. Éléazar fixa trente-deux règles aggadiques, que l'on peut réduire à treize, savoir :

Le Notarikon, ou procédé de décomposition à Taide duquel on forme des mots par chaque lettre d'un mot ^ Par la même règle on divise un mot en deux.

Transposition des lettres pour former d'autres mots.

S" Addition de la valeur numérique des lettres d'un ou de plusieurs mots (appellation empruntée au mot grec yswjji.eTpia'^), pour y substituer un ou plusieurs autres mots, dont la valeur numérique est la même.

La forme des lettres. Par exemple, le Pentateuque commence par % lettre formée de 3 traits, ce qui équivaut à 3 \ Or le caractère i, écrit en toutes lettres ""n, vaut 13, valeur du mot Tnx, im ; donc, 3 X 13 = 39, valeur des mots inx mn'» Jehova un,

b"" Combinaison entre le commencement, le milieu et la fin des mots. Par ce procédé, on combine ensemble ou les initiales de plusieurs mots, ou les médiales, ou les finales, pour en former des mots nouveaux ; ce procédé ressort naturellement du premier; il recompose les mots comme le premier^ les décompose.

6*" Substitution d'une lettre à une autre, au moyen d'alphabets com- posés par Torde inverse ou transposés : pl^n ou ^:i nx. Il en résultait que les lettres perdaient par Iransmulation leur valeur propre pour en adopter une étrangère, de même que les mots perdaient leur significa- tion primitive pour en prendre une autre qui n'était connue qu'aux adep- tes. Déjà l'interprèle chaldéen de la Bible, Jonathan, fils d'Uziel, a fait usage de ce procédé '.

7" Présence de la voyelle pleine ou son absence. Un mot comme celui de Dieu, Eloah, s'écrit tantôt avec la voyelle mère {maire lectionis), tan-

1. Babli, traité Schabbalh, loi. lOia et 105b.

2. Selon d'autres, c'est une corruption do ypaixixaTEia, compte. V. Nordmann, Textes ctnssiques de td littérature religieuse, p. 141 n.'

3. Babli, tr. Sanhédrin, loi. 22»; tr. Soucca, foi. ^V\ et Midrasch Rabba sur les Nombres, XVII.

I.XVIII

tôt sans elle.; le Talnuul prévienl à cet égard que le texte et la lecture liadilionnelle ont chacun leur raison ^

8^ Alinéas. Parfois on trouve dans la Bible des passages séparés (alinéa), quand le sens les voudrait réunis, ou à l'inverse, comme il y a parfois des lettres finales au milieu des mots et des non-finales lors- que! en faudrait 2.

9'' Une lecture en désaccord avec le texte. Il y a des mo!s qui sont dans le texte et qui disparaissent à la lecture; il y en a d'autres qui ne se trouvent pas dans le texte et qu'on ajoute dans la lecture ; par exem- ple, II Samuel YIII, 3, et II Rois, V, 18 (Voy. B. tr. Nedarim, f. 37 ^ ). 10° Grandes et petites lettres. Parfois on trouve des lettres dont la dimension est trop grande ou trop petite par rapport à celles qui les accompagnent (Genèse, 11,2; Deutéronome, VI, 5) ; d'autres foison trouve des lettres suspendues, comme Juges, XVIII, 30 (Voy. Taira. Jérus.jtr. Berakhôthy ÏX, 1, t. I, p. 150 ; tr. Meghtlld, I, § 9, et Babli, tr. Qidouschin, folio 30^). 11° La permutation des lettres (Voyez B. tr. Moëd Kaloriy fol. 2 ^ ). 12° La ponctuation proprement dite. Ainsi le nom ineffable quadrili- tère mn^ est ponctué ordinairement de façon à être lu Jehova, et quel- quefois de façon à être lu Elohirn (Deutéronome, III, 24). Oq trouve aussi, comme dans la Genèse (XVIII, 9), des points d'attention qui ne sont pas des voyelles (Yoyez B. tr. Nedanni, f. 37 '^ ; tr. Pesahîm, fr.21 ^ ). 13° Les accents toniques. Parfois on trouve des accents disjonctifs le sens exigerait des conjonctifs, et vice versa. (Voir ibid.^el tr. Hag- higâ, f. 6^ ).

On voit donc que, si le champ de l'interprétation est vaste, il a sa rai- son d'être, et qu'il se fonde sur des règles fixes. Elles forment le pendant de treize règles de logique et de déduction établies par R. Isinaël pour la législation : elles servent à expliquer et à justifier des passages midras- chiques dont le sens nous échapperait sans elles, et ceux qui ne les ont pas consultées, par ignorance ou par malveillance, ont porté defauxjuge- ments contre le Talmud. Grâce à ces régies, l'explication devient possible.

1. 13. Tr. Qiddouschin, fol. 15"; tr. Pesahini, loi. 30 ; tr. Soucca, loi. 6*>.

2. Tr. Schabbdlhy loi. I03b; tr. Metjhilluj loi. 2'», et Sanhédrin, loi. 94*.

§7.

PREMIER PROJET DE TRADUCTION EN FRANCE.

S'il est vrai, comme le dit la légende singulière du Siffri i, que la Tôrâ, ou la loi écrite, aussi bien que la loi orale, a été promulguée sur le Sinaï en quatre langues : en hébreu, en chaldéen, en arabe et en la- tin, pourquoi ne pourrions-nous pas la lire en français? C'est une vérité qui a été maintes fois admise et sur le point d'être exécutée. Ainsi, bien avant que Buxtorf en eût formulé le vœu, le khalife de Cordoue, Has- chem II, dit-on, chargea le rabbia Joseph, Espagnol du siècle, d'en donner une traduction arabe ; cette version est malheureusement perdue.

Depuis lors, la Mischnâ a été traduite en latin par Surenhusius, et en allemand par le chapelain J. J. Rabe. Mais doit-on s'en tenir là? « Com- bien de fois, disait dernièrement le pasteur Réville '^, les théologiens chrétiens n'ont-ils pas demandé aux savants juifs un ouvrage spécial résumant le Talmud dans tout ce qu'il a d'essentiel 1 La réponse est d'ordinaire qu'une telle œuvre est inexécutable, et les rares essais ten- tés pour satisfaire à ce vœu si simple sont plutôt de nature à confir- mer qu'à affaiblir cette opinions. D'ailleurs l'idée (ïessentiel n'est pas talmudique. Au point de vue de ses auteurs, rien n'est accessoire ».

Sous forme de lettre à M. Isaac Weiss, M. Friedmann a publié- en 1885 une brochure hébraïque V pour prouver combien il est difficile de

1. Commentaire midraschique sur le Deutéronome, XXXIII, 2 (édit. Friedmann, loi. 142b).

2. Revue des Deux-Mondes, 1" novembre 1867, p. 131.

3. En dehors de la Mischnâ, part minime et bien facile, on n'a traduit en latin que quelques traités fort courts de jurisprudence, et le docteur Pinner a fait une traduction allemande (qui laisse beaucoup à désirer) du premier volume de la série du Talmud Babli, qui est la seconde par ordre chronologique; malgré le patronage de l'empereur Nicolas I", il n'est pas allé plus loin et il n'a pu com- mencer par le Talmud de Jerusalem, faute d'un bon concours littéraire dont nous parlons plus loin. Rabe a aussi traduit le tr. Berakhôlh du T. Jérus.

4. Analysée par M. Isid. Lœb, dans la Revue des éludes juives, t. X, p. 262.

LXX

traduire le Talmud. Après avoir signalé les dilfjcuUés communes à toutes les traductions, il insiste sur la difficulté spéciale au Talmud, par deux exemples tirés l'un de la Haggada, l'autre de la Halakha, qui témoi- gnent manifestement des nombreuses intercalations successives faites dans le texte à titre de commentaires, ou d'explications, ou d'addition, ou de variante. Cependant, il n'y a pas là, croyons-nous, de raison suf- sante pour détourner un traducteur de son projet. 11 n'est certes pas douteux, même en défalquant toutes les siiperfétations jointes au texte, qu'un commentaire explicatif restera toujours indispensable, disposé d'une façon quelconque pour completer la traduction. Sous cette réserve toute prévue, une version devient possible.

Dès 1882, le célèbre traducteur de la Bible, feu M. S. Cahen, annon- çait un tel projet dans sa préface au Lévilique (t. III); il se proposait a de donner en entier le texte de la Mischnâ, écrit dans un idiome aussi beau, aussi simple, mais plus flexible et plus riche que la langue béLraïquc. Quant au Talmud proprement dit, ou la Guemarâ, il avait rintention d'en publier seulement par extraits ce qu'elle offre de plus intéressant, et, en substance, ces épineuses discussions, débattues dans un style serré, obscur, difficultueux, sous des formes verbales qui échappent à toute loi de la syntaxe, de l'orthographe, etc., enfin avec cette anarchie grammaticale qui est un cachet si particulier à l'idiome dans la religion babylonienne, et parlé par les Asché et les Rebina, ces derniers anneaux delà chaîne traditionnelle talmudique i>. On verra jusqu'à quel point nous avons adopté cette méthode, et en quoi la nôtre diffère de celle-ci. Ce qu'il importe seulement de constater de suite, c'est que l'idée a été émise et qu'elle a failli réussir. Cela ne nous étonne pas. A litre de Français, nous devons au Talmud, plus que tous les autres peuples, des témoignages de respect et de sympathie. D'abord c'est à Paris qu'il fut, pour la première fois, jelé dans les flammes par ordre du pape Innocent IV, en 1244. C'est un titre de noblesse irrécu- sable. Puis, la plupart des tossatistes ou glossateurs sont de l'Ile-de- France, et l'on possède encore un monument qui atteste la vivacité des études talmudiques dans ce pays au xiv^ siècle. C'est de Paris qu'est daté le plus beau manuscrit du Talmud, le seul complet, qui se trouve muin-

.v

LXXl

tenant conservé à Munich ^ Il a été écrit Tan 5103 du monde (1343), pour un parent de Simon de Sens. Ne sonl-ce pas des droits légi- times et incontestables à notre attention spéciale ?

L'annonce (aite en 1826 par la Revue encyclopédique d'une version complète est applaudie, en un arlicle signé : U (T. XXX, p. 565) ; mais en 1828, le comte Beugnot, Fauteur d'une Histoire des Juifs en France, etc. expose les motifs, selon lui péremptoires, mais pas pour tous, pour lesquels le Talmud ne pouvait, ni devait être traduit (t. XXXVIII, p. 20-31).

Un peu plus lard, en 1841, ce même projet, sur lequel on avait mû- rement réfléchi, est sur le point d'entrer de nouveau dans une voie pra- tique, celle de l'exécution immédiate. Un comité de rédaction, composé de six membres, avait été formé, et leurs noms font autorité en notre faveur, puisqu'ils ont admis la possibilité d'exécuter un tel projet. Ce furent : MM. S. Cahen, directeur des Archives israélites, Albert Cohn, J. Derenbourg, S. Munk, Ph. Sander et 0. Terquem.De ces six membres, un seul survivant, a seul aussi manifesté sa compétence en Httérature talmudique par d'autres œuvres analogues.

En outre, il y avait eu un fondateur ou patron de l'œuvre, M. Singer, qui fit imprimer à ses frais un prospectus; par cette publication il s'en- gageait pour une assez forte somme. Ce prospectus montrait le plan de l'œuvre, les conditions de publication, le format (in-4°) et le mode de distribution du travail de traduction. Le spécimen qui y était joint en donnait une idée très exacte et en même temps très satisfaisante. Il sur- vint malheureusement un désaccord entre l'homme de finance et l'homme de lettres, entre celui qui devait avancer les fonds nécessaires à l'im- pression du travail et ceux qui étaient chargés de le rédiger. Faute d'en- tente, le projet resta à l'état de projet, et il n'y fut plus donné suite pour une cause pécuniaire. Il appartenait à nos jours d'écarter un tel obstacle, qui n'a plus lieu d'être, dès que les autres difficultés peuvent être surmontées. Dès lors, il est juste de voir une à une quelles objec- tions sont faites à notre tentative et de les examiner de près, afin de les réduire à leur valeur.

1. Voir ci-dessus le paragraphe VI, relatif aux manuscrits.

Lxxn

\n Journal Asiatique, n" de juillet 1872, clans son rapport annuel (pp. 32-35), M. Renan disait fort bien, avec des réserves critiques aux- quelles nous souscrivons volontiers :

« Il est 1res fâcheux qu'il n'existe pas une traduction du Talmud, faite il y a une cinquantaine d'années. Une telle traduction, exécutée avant le vaste travail de critique que M. Geiger et son école ont appliqué à cette imniense et fastidieuse compilation, serait très imparfaite sans doute; elle serait néanmoins fort utile. Les savants non-israélites la parcour- raient avec fruit; on ne pourrait se fier à elle quand il s'agirait d'un pas- sage difficile ou important; en pareil cas, on recourrait aux travaux de l'école plus récente ; mais pour bien so rendre compte du contexte, pour avoir la physionomie des livres entiers, la traduction dont je parle se- rait extrêmement commode. Aujourd'hui, une telle entreprise vient trop tôt ou trop tard ; il est trop tard pour une traduction imparfaite, faite par à peu près ; il est trop tôt pour une traduction vraiment critique, discutant le texte, cherchant les moyens de l'améliorer, tenant compte de toutes les discussions auxquelles chaque passage a donné lieu. Trois ou quatre personnes en Europe pourraient faire l'œuvre ainsi entendue, e certainement elles ne le feront pas. Une vie serait loin d'y suffire, et les savants dont je parle, outre qu'ils seraient sans doute d'avis d'atten- dre les manuscrits qui peuvent venir d'orient pour corriger un texte dé- plorablement mauvais, préféreront toujours le travail critique à une besogne fastidieuse, presque sans attrait scientifique, et qu'il faudrait s'attendre à voir très peu récompensée, puisque les Israélites, pour leurs études rabbiniques, continueront toujours à se servir du texte. M. Schwab ne s'est point arrêté à ces difficultés. Il a fait de nos jours la traduction qui aurait être faite il y a cinquante ans. Son ouvrage n'a pas la prétention de dire le dernier mot des recherches scientifiques sur les textes dont il s'occupe; je la comparerai à ces vastes traductions que M. Fauche nous a données des poèmes de l'Inde, traductions imparfaites assurément, connues cependant pour servir de fil en ces dédales interminables.... »

§8.

LANGAGE

Quelles sont les deux difficultés le plus communément mises en avant à rencontre d'un essai de traduction du Talmud? Le langage i et la lon- gueur ; elles sont pour ainsi dire matérielles, et, dès lors, cette qualifica- tion même implique. leur solution.

On a souvent opposé à celte entreprise les difficultés qu'offre l'idiome du Talmud et des matières qui y sont traitées. Mais ces objections ne supportent pas un examen sérieux, comme le disait fauteur du projet en 1841 ; car il est évident que l'on doit pouvoir exprimer ce que l'on conçoit nettement. Nous possédons en Europe bien plus de talmudistes que d'arabisants, d'indianistes et de sinologues, dont le nombre est assez restreint ; et pourtant ce petit nombre d'orientalistes nous a enri- chis de la traduction du Coran^ des lois de Manou, de quelques œuvres de Confucius, eic, quoique les idiomes dans lesquels celles-ci sont écrites soient plus difficiles à aborder et présentent plus d'obstacles que l'idiome araméo-chaldéen du Talmud. La religion biblique devra-t- elle, sous ce rapport, céder le pas au culte de Bouddha et aux fables des Védas ?

Cependant, dit M. Ad. Franck au /oi^rna^ des Savants (sept. 1872, p. 550), il n'y a pas de mouvement qui intéresse plus directement les peuples chrétiens. Les traditions qui en font la base ont pris naissance au moins deux siècles avant le Christianisme et se sont développées en même temps que lui pendant cinq ou six cents ans. Ce sont ces tradi- tions qu'on voit à chaque instant mentionnées dans l'Évangile, et dont la connaissance est souvent nécessaire pour le comprendre. Les paraboles et les proverbes du Talmud ont une étroite parente avec ceux qui nous

1. Cf. Goigcr, dans ssiZeUschrifi, 1870, VIII, 177-192 (analyse de deux œuvres : A. Stein, Talmud. Terrninolo^io. Prague, 1869, 8'» ; Ad. BrûU, Fremdsprachli- cho Kedensarten. Leipzig, 1809, 8''j.

LXXIV

ont été transmis sous le nom de Jésus, et il n'y a pas jusqu'aux expres- sions, aux métaphores, et aux tournures de phrases les plus habituelles du Talmud, qu'un œil un peu exercé ne reconnaisse dans le texte grec et latin du Nouveau Testament.

La difficulté de rendre les idées du Talmud présente un obstacle en- core moindre, et la tache semble plus facile, lorsqu'on doit se servir de la langue qui offre la clarté par excellence. Comment, celle qui a suffi à un Descaries, à un Leibnitz, à un Malebranche, à un La Fontaine, à un Montesquieu, à un Rousseau, à un Voltaire, ne suffirait-elle pas à expri- mer des idées, quels qu'en soient la forme et le contenu, la profondeur ou la naïveté, la simplicité ou la complication, la justesse ou l'étrangeté? Nous ne voulons pas nous dissimuler, il est vrai, que ce genre de tra- duction offre des difficultés particulières plutôt logiques que littéraires. Les discussions talmudiques sont extrêmement enchevêtrées, et souvent indiquées avec la concision d'un simple sommaire. Le traducteur aura donc à faire des divisions, des coupures, à indiquer des points de repère qui puissent servir au lecteur, à retrouver le fil que le texte abandonne et reprend jusqu'à dix fois de suite, sans ordre ni plan. Même certaines questions peu graves ou insolubles restent sans solution.

Certes, l'œuvre comporte des difficultés; à quoi bon les cacher; par conséquent, on ne saurait prétendre la rendre populaire. Mais on ac- cordera qu'il est permis de la destiner à un public d'élite.

11 est bon d'ajouter que c'est le devoir du traducteur de prendre note des diverses variantes du texte. Il manque encore des travaux prélimi- naires complets, comme les notes diverses de Schorr, de Lœw, de Fran- kel, etc. qui soient suffisants au point de vue grammatical et nécessaires à la bonne interprétation des sujets d'archéologie et d'histoire naturelle ; sans leur secours, le texte ne saurait être bien compris. Les plus grands commentateurs ont touché à ces points et les ont pris en considération ; ils ont pourtant la [ilupart des fois exercé spécialement leur admirable perspicacité plutôt sur l'accord intime des lois que sur l'explication des sujets, et leurs paraphrases ont besoin à leur tour d'être expliquées. C'est qu'elles sont écrites dans un style diffus, qui exige une initia- lion préalable. Mais lorsqu'il s'agit d'exprimei cluuiue passage isolément

LXXV

il va sans dire qu'il faut sans cesse porter son attention sur l'ensemble. La Mischnâ s'exprime d'une manière elliptique, et elle n'indique ce qu'elle a à dire que très brièvement, parce qu'elle suppose d'abord que le lecteur en connaît le sens intime, d'après l'ensemble qui forme un tout complet. Elle suppose ensuite qu'on est bien au courant de la législation mosaïque ; aussi faut-il recommander d'avoir recours au texte, soit de la Bible, soit des rituels.

L'édition critique du texte par feu Z. Frankel, aux commentaires si pleins d'érudition, ne comprend bêlas! que les traités Berakhôlhy Péâ et Demaï (en 2 livraisons, I, Vienne, 1874, in-4''; II, Breslau, 1875) : elle a servi pour la refonte de notre tome I. L'édition avec le commen- taire de Syrileio, publiée par le rabbin D^ Lehmann en 1875 à Francfort- sur-Mein, ne dépasse pas le premier traité. Quant à la disposition adoptée au présent plan, il a paru logique de placer chaque Mischnâ ^ en tête du § correspondant de la Guemara, d'après les éditions d'Amster- dam et de Jilomir, non de les réunir par chapitres complets (au commen- cement de chaque chap.), comme font les éditions de Venise, de Graco- vie et de Krotoschin, suivies par Frankel ^.

Pour tout le reste, le concours de plusieurs commentaires hébreux n'a pas été superflu, en vue de contribuer à accomplir tant bien que mal notre lâche ardue; ils sont très heureusement assemblés dans la belle édition de Jitomir (1864-66, en 4 vol. in-fol.).

Le secours précieux offert par le Neuhcbraisches Worlerbuch de J. Levy ne saurait être trop loué. Grâce à lui, les détails de linguistique ont été l'objet de soins particuliers et si approfondis, que la liste générale des

1. N'oublions pas, à ce propos, la publication faite par W. H. Lowe, en 1883, «' TheMishnahon which the Palestinian Talmud rests ».

2. Chronologiquement, voici l'ordre des éditions du Talmud de Jérusalem : 1. Venise, 1523-4 fol. ; 2, Cracovie, 1609, fol., avec un court commentaire, mar- ginal : 3. Krr)toschin, 18G0-Gi, fol. (môme commentaire, ouLre l'indication de nombreux passages parrallèles, renvois et notes par l'éditeur). Ces 3 éditions se suivent strictement par feuillets et colonnes. 4. L'édition d'Amsterdam, du XVllI* siècle (omise par les bibliographes, tels que Strack), a la première plu- sieurs commentaires ; elle ne contient que la P'» partie. Enfin, n"" 5 à 8 : outre l'é- dition œmplète de Jitomir, on a imprimé à Berlin la !¥« partie, Neziqin (aussi omise par Strack), puis celle des D'» Lehmann et Frankel.

LXXVI

termes étrangers, grecs et latins, disséminés dans les XI volumes de la traduction, n'a pu être reproduite ici en ses développements; elle fera peut être l'objet d'un travail à part.

Sans être trop strictement littérale, comme la version latine de la Mischnâ par Surenhusius, la présente version l'est autant que possible ; car ce n'est pas ici une œuvre de slyle, mais une sorte d'imitation du lan- gage talmudique que l'on cherchera à exprimer. Ce n'est pas à dire que le texte ait été suivi servilement, au point de reproduire les répétitions inutiles de mots ou de phrases. Les langues modernes permettent d'évi- ter ces inconvénients à l'aide des pronoms, des adjectifs, ou d'autres locu- tions, de même qu'il faudra remédier aux nombreux passages elliptiques et pallier ces défauts. En général, il y a un commentaire perpétuel, mais bref, l'on explique tantôt les allusions incomplètes, tantôt les jeux de mots iniraduisibles, tantôt les passages obscurs ou trop concis, au moyen d'inlercalations faites entre parenthèses. Les observations seules seront faites en note, de façon à n'être ni accumulées, ni gênantes pour le texte. C'est en un mot, le système de notre regretté maître, feu S. Munk, d'illustre mémoire.

Pour préciser, voici un exemple frappant de la concision du langage talmudique, specimen qui constitue plus qu'une ellipse. Dans une dis- cussion, et après la réponse faite à l'argumentation d'un adversaire, se trouve ce terme isolé : ur^n. Ce mot ne nous a nullement paru clair, et même, nous l'avouons, il nous a arrêté au premier abord. Pour rendre ce seul mot, qui littéralement serait traduit par feu, il semble indispen- sable d'avoir recours à la périphrase suivante : « Voilà qui détermine l'origine des mélanges hétérogènes ; mais pourquoi dire que le feu n'a pas été formé lors de la création de l'univers »? Et encore cette circon- locution n'est-elle intelligible qu'à l'aide du contexte ^.

Voici encore un exemple, plus facile à comprendre, mais également concluant. Dans le même traité selon le Talmud de Babylono (fol. 7**), se trouve à peu prés dans les mêmes circonstances, le nom Ruben y repré- sentant seul aussi une idée complexe. Il laut traduire ce nom ainsi : «i Le premier-né de Jacob fut appelé Ruben v. Ces deux échantillons peuvent

1. Tr. Berakhôtlî, ch. Vlll § 5 (t. 1, p. 145).

LXXVII

s

suffire pour faire connaître celte manière de parler habituelle aux Orien- taux, qui sont accoutumés à dire peu et à résumer plusieurs idées en un mot.

De môme il a fallu le plus souvent traduire des versets, non d'après leur sens réel, mais d'après l'idée ou la métaphore que le Talmud y rat- tache, soit en déplaçant Tordre des mots, soit en les détournant de leur acception naturelle. Nous ne pouvons que rappeler ce que disait Artaud (traduction de Sophocle, préface, page 5) :

« Il est une tentation assez fréquente à laquelle le traducteur est forcé de résister, c'est d'adoucir quelques nuances trop heurtées, d'at- ténuer la brutalité de certains sentiments qui choquent nos habitudes et nos idées modernes. Il doit se tenir en garde contre ce penchant,, sous peine de substituer une image de convention à une image fidèle. Il n'est pas chargé de corriger son auteur et de le rendre irréprochable, ni de le travestir à la mode changeante des convenances locales. A la vérité, cette exactitude scrupuleuse qu'on exige aujourd'hui impose une tâche délicate et quelquefois très difficile... il est unécueil en sens contraire, qui ne paraît pas moins à craindre. Prenons garde de murer l'esprit du poète à force d'exactitude littérale. Parfois il est nécessaire d'expliquer, de compléter ce que les mots du texte ne font qu'indiquer ».

Il ne s'agit donc pas de traduire les mots seuls, sous peine de ne pas en rendre la pensée et de commettre des contre-sens. Il faut traduire le texte un peu librement, sans que les explications s'étendent toutefois au delà des limites les plus essentielles.

Cependant, il restera encore bien des points obscurs, il faudrait con- naître à fond l'origine historique et la formation de ce grand recueil, l'âge de ses divers auteurs, son mode d'enseignement, ses procédés, son langage, son style, ses tournures de phrases ; à cela il faut ajouter les connaissances des produits du pays, des occupations du peuple, l'agri- culture, le jardinage, les métiers et les professions, les sciences, les re- lations commerciales, les mœurs et les coutumes, l'intérieur des maisons, les habitations, le costume, sans compter les citations faites en passant dans le domaine de la nature, de la géographie, de l'ethnographie, pour pouvoir se rendre compte de chaque détail.

LXlVllI

Le Talmud offre, en réalité, un tableau plus ou moins complet des habitudes cosmopolites et du luxe des derniers jours de Rome, tableau qui ne se répète que chez un petit nombre d'écrivains de l'école clas- sique et postérieure. On trouve mentioanés dans la Mischnâ le poisson espagnol ^ , les pommes de Crète ^, le fromage de Bithynie % les len- tilles et les fèves d'Egypte \ les citrouilles de la Grèce % le vin d'Ilaîie % la bière de la Médie ', le zyphus égyptien ^, on importait les vêtements de Péluse et de l'Inde % des chemises de la Gilicie et des voiles de l'Ara- bie ^o. Ces détails ont été remarqués, ajuste titre, par Emmanuel Deutsch, l'auteur d'une étude analytique sur le Talmud '^ Donc, pour bien faire et pour être certain de traduire exactement chaque terme technique, il faudrait posséder de nombreuses branches de sciences naturelles, qui nous sont en grande partie étrangères.

Le lecteur se transportera par le souvenir aux descriptions de ses clas- siques grecs et romains, qui lui expliqueront maint usage en apparence incompréhensible; il aura recours aux sources et documents des Syriens et des Arabes, dont les habitudes lui serviront de terme de comparaison. En somme, on s'est efforcé de traduire aussi bien que possible ; mais il ne faut pas oublier que c'est le premier essai de traduction du Talmud qui se présente au public, et qu'une œuvre sans antécédents est néces- sairement imparfaite. Voilà pour le premier point.

1. B. tr. Schabbath (ch. XXII, § 2), fol. 145b.

2. Tr. Menaboih,iol. 28b.

3. Traité AbôdaZara(U, § 4), fol. 29b.

4. Mischnâ VI« partie, tr. Kélim, XVII, § 8.

5. Mise, repartie tr. Kilaïm^ I, § 2.

6. B., tr. Sanhédrin (ch. VIII, §2), fol. 70a.

7. B., tr. Pesa/dm (III, § 1). fol. 42».

8. Ibidem, même paragraphe.

9. B., tr. Vômâ (III, § 7), fol. 34b.

10. Mischnâ, Ir. Kelim, ch. XXIX, § 1.

il. C'est à son obligeance que nous sommes redevable des indications talmudi- ques précédentes.

§9.

ÉTENDUE ET PLAN DU PRÉSENT TRAVAIL.

La longueur du texte, quelque réelle qu^elle soit, n'est pas non plus de nature à nous décourager ; et, depuis qu'on a vu publier en moins d'une génération plusieurs collections volumineuses et les encyclopédies les plus compactes, il n'est plus permis de se laisser détourner par le souci de la grandeur ou de retendue d'une œuvre. Nous en sommes d'autant plus convaincu^ que nous avons vu mener avec succès et sur une grande échelle la publication d'une collection religieuse intitulée : <t Cours com- plet de patrologie, ou Bibliothèque universelle des pères de l'Église » . Cette masse de textes grecs et latins a été publiée par M. l'abbé Migne seul, et forme deux parties : l'une latine, de 222 volumes publiés en onze ans, soit plus de 20 volumes par an; l'autre grecque, de 162 volumes, parus en neuf ans, soit 18 volumes par an. Total : 884 volumes (in-^^').

La présente tâche est bien moindre, réduite à la traduction du Talmud de Jérusalem, qui forme la série la plus intéressante, la première par ordre de date. Le Talmud de Babylone est plus connu, mieux écrit et mieux étudié, parce qu'il renferme plus de casuistique et de scolastique (jpilpoul), et il eût été beaucoup plus aisé pour notre travail de lui don- ner la priorité. Nous n'avons pas hésité à sacrifier ces considérations de facilité, d'allégement de peine, par égard pour l'intérêt qu'offre la matière du Talmud de Jérusalem, précisément parce qu'd est moins connu et moins étudié. Son dialecte est bien plus corrompu et bien plus écourté que celui du Babylonien ; mais il offre un aspect plus primitif, un plus grand

1. Renan, Histoire des langues sémitiques, 1. III, ch. I, p. 233 (4« edition'. Dans l'un de ses cours au collège de France (reproduit pas la Revue orientale, t. X, pp. 213-226 : de la littérature araméenne), S. Munk disait : « Ce langage offre de grandes analogies avec celui, encore plus corrompu, que l'on trouve dans les livres des Mendécns, appelés improprement chrétiens de S. Jean. La langue de la Gwemam, reproduite probablement dans le langage habituel des écoles, et celle des Mendéens nous représentent sans doute, l'une et l'autre, le dialecte vulgaire qu'on parlait en Babylonie dans les premiers siècles de l'ère chrétienne ».

LXXX

nombre de documents originaux qui méritent Tattenlion et inspirent plus qu'une vaine curiosité ^.

« Le lerouschalmi, sur le sol de la Palestine, dit M. Derenbourg (dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, art. Talmud)^ a Tavantage de peindre, mieux que le Babli, l'activité des écoles durant les premiers siècles, la vie publique dont il reste toujours de fortes traces chez un peuple qui continue à liabiter le pays il avait joui de son indépen- dance, et de faire allusion à certaines institutions juives fort intéressantes qu'en Babylonie on ne reconnaissait pas... La langue de la Guemara de Jérusalem est la même que celle des versions aramoennes de la Bible nommées hierosolomytaines. Cependant les formes sont plus vulgaires, les élisions et contractions plus fréquentes. Le dialecte hierosolomytain de l'araméen chrétien, connu surtout par la publication de VEuangelia- rhm, jette une grande lumière sur beaucoup de mots d'une analyse dif- ficile. Au fond, nous avons dans celte Guemara l'image fidèle de la langue parlée en Galilée avec toutes les incorrections et négligences pour les- quelles la population de cette province septentrionale de la Palestine a été si souvent stigmatisée par les Rabbins. On s'imagine facilement ce que pouvaient être de simples notes prises ainsi par les élèves pendant l'exposé de Vamara au Beth-hammidrasch i>.

Chose singulière, le Talmud babli porte lui-même des sentences en sa défaveur comparativement au Jérusalémile ^. En outre, nous nous som- mes laissé guider par l'étendue relative des textes : cette série a onze volumes, tandis que la série babylonienne, pour être traduite textuelle- ment, en exigerait environ cinq fois autant.

La série palestinienne, il est vrai, se trouve actuellement mutilée de plusieurs parties, selon la constatation déjà faiîe ^. Les tristes conditions d'existence des Juifs, lors de la rédaction fin;\le de ce grand travail, ont certainement pu en être la cause ^. Mais elles ne suffiraient pas à expli-

1. V. le Judaïsme, etc. par leu Michel Weil, t. I., p. 10.

2. Voir J., tr. Berakhôth, II, 7 (t. I p. 63) ; B., tr. l^aba mecia, l. 8oa; tr. San- hédrin^ i. 24a.

3. Voir aussi H. L. Strack, EinU-itang in den Thalniud (Leipzig, 1887, S*») p. 46.

4. V. Sal. Buber, « Die an^obliche Kxistenz eiiies Jorusal. l\ilinu(ls /.ur Ordiiim;;

LXXXI

quer les lacunes au milieu des parties, telles que, à la 11° partie, les 4 derniers chapitres du tr. Sabbat ; dans la IV'' partie, lacune du dernier chapitre du Ir. Mahhôlh, et omission complète des traités Edouyoih et Abôth. Enfin, ce qui est plus remarquable, l'interruption au miheu d'une phrase dans le tr. Nidda^ chap. 3, de la VI® partie. Il est donc probable que, primitivement, le Talmud palestinien englobait les 6 parties de la Mischnâ. On en retrouve des traces. Ainsi, dans les commentaires des glossateurs français, ou Tossafîstes, sur le traité Nidda, chap. VII, selon le Talmud babli (au fol. 66 ), il est question d'une expression selon le Talmud palestinien ; donc, le glossateur avait alors sous les yeux ce cha- pitre VII aujourd'hui perdu. De même Maïmonide, dans la Préface de son commentaire sur la Mischnâ, dit formellement qu'il existe cinq parties (y compris par conséquent la V^ partie ou Qodaschim), de ce Talmud, outre \eir. Nidda de la Vl®. Enfin, dans un Ms. de Berlin, 554, il est même question du dit Talmud sur letr. Ouqcin,on dernier traité de la VI® partie.

Le Rev. S. I^î. Schiller-Szinessy^ dans ses Occasional Notices, suppose qu'autrefois le Talmud palestinien était complet sur les VI parties, en prenant pour base les raisons suivantes : En Palestine plus qu'en Ba- bylonie^ l'espoir de voir se reconstituer la nationalité d'Israël avait de fervents adeptes ; les écoles palestiniennes ont donc étudié et légiféré les détails cérémoniels spéciaux au sol sacré, composant toute la première partie, négligée en Babylonie, comme cette dernière a laissé aussi de côté le tr. Schqalim, a des sides i>, spécial à la Palestine. Est-il donc admis- sible que les premiers eussent été inférieurs aux Babyloniens, en ce qui concerne les Qodaschim, saintetés et sacrifices? 2*^ De nombreuses pages des Midraschim, surtout du Rabba, font en quelque sorte deviner la préexistence des parties perdues de notre Talmud. S" Le traité Houllin (f. 410^0 du Talmud B. déclare que les questions examinées sont mieux développées dans les écoles de la Palestine.

Au fur et à mesure que notre lâche avançait, les auxiliaires, loin d'aug- menter, ont diminué. L'utile et précieux commentaire hébreu par feu Z. Fraenkel a cessé de paraître peu après la mort de l'auteur. Nulautrecon-

Qodaschi/m », dans Magazin fur d. Wissensckafl d. Judenthums, V, 1878, pp. 10(J-105.

LXXXll

cours n'est venu à Taide, et Tespoir de tirer parti des versions partielles publiées dans le Thesaurus d'Ugolino n'a été bientôt qu'une désillusion. Voici le bilan de ces traductions :

Au tome XVII, on trouve le tr. Pesahim. Au t. XVIII, les tr. Yôma, Soîtcca, Rosch ha-schana, Taanith, Meghillay Haghiga, Moëd Qaton ; au t. XX, les tr. Hausser, Hausser schéni, Halla, Orla, Biccourim; au tr. XXV, le tr. Sanhédrin; enfin au t. XXX, les traités Qiddouschin, Sôta, Kelhoubôk. En outre, Rabe, le traducteur allemand de la Mischnâ, a traduit les 2 prem. tr. du Talmud jér. ; Ghiarini a traduit en français le premier tr. du Talmud B., et Samter le t. Baba mecia, comme d'au- tre part il y a une version anglaise du commencement de la Mischnâ ^ : « Eighteen treatises fromthe Mishah, translated by A. de Sola and M. J. Raphall * (London, 1843, 8"). Ge sont les traités Berakhôth, Kilaïm, Sabbat, Eroubin, Pesahim, Yôma (fin seule), Soucca, Beça, Rosch haschana,Taanilh, Meghilla, Moed Qaton, Yebamolh (incomplet), Kethou- both, Guittin, Qiddouchin, Houllin, Yadaïm. Outre la traduction latine de la Mischnâ par Surenhusius (Amsterdam, 1698-1703, en 6 vol.), il y a les versions allemandes de J. J. Rabe (Onolzbach, 1760-63, in 4) et deJost (Berlin, 1832-4), ainsi qu'une version anonyme, Vienne 1816, 6 vol. in-8° (peu connue, omise par Strack).

La version d'Ugolino est beaucoup moins intelligible que le texte. Faite sans critique, ni annotations, ni lecture des commentaires, elle se com- pose d'une suite de mots pris dans les lexiques, sans souci de leur or- dre logique, ni même de la coupe fidèle des phrases ou périodes. C'est le cas ou jamais de redire : traduttore, tradilore.

A partir de notre t. Ill, ce n'était pas un soulagement insignifiant de re- trouver des passages déjà traduits auparavant, qu'il était inutile de recopier mot à mot. En ce cas, un simple renvoi a suffi,sous cette forme spéciale : Le traducteur ne s'est pas départi du plan primitif; sans s'abandonner au système aussi commode que rapide de donner seulement des fragments ou extraits plus ou moins étendus, les traités ont paru in extenso. 11 a fallu certes, beaucoup de persévérance et l'intention bien arrêtée d'offrir

1. Le D' Wottou a traduit en anglais les tr. Sabbat et hWubin la Mi.schnâ au 18* s. V. Christian Reformer y febr. 1886, p. 96.

LXZXIII

au public une version textuelle de chaque traité pour ne pas se laisser détourner d'un tel projet, el ne pas se borner à de simples extraits, aux passages d'un intérêt permanent; c'était de relever et d'extraire tous les passages historiques ou légendaires, à l'exclusion de tout le reste. Un tel plan a souri à plus d'une personne. Cependant, il ne s'agit pas ici d'ofïrir telle ou telle branche du Tahnud comparée à l'état actuel des connais- sances humaines, mais de le présenter sous sa forme intégrale, quel- que incohérente qu'elle paraisse souvent. D'ailleurs, ootre but n'eût pas été complètement atteint, et Ton pourrait nous accuser d'avoir éliminé par un choix partial ce qui offre un désavantage aux partisans du Tal- mud. La présente version au contraire n'aspire à d'autre titre qu'à celui d'étie complète et d'off'rir aux orientalistes, comme aux théologiens, des facilités pour leurs recherches. Si dans un auteur on trouve mentionné un chapitre, un §, ou un ri° de ce texte, on le trouvera aisément ici. La Mischnâ est imprimée en caractères plus gros que ia Guemara, pour la faire ressortir, el elle a été pourvue, lorsqu'il y avait lieu, de numéros doubles : le premier représente les subdivisions du Talmud : le second, placé entre parenthèses, indique celles des éditions de la Mischnâ. Enfin, outre l'indication des versets bibliques et des renvois aux passages sem- blables d'autres parties du Talmud^ , nous avons cru rendre service en publiant plusieurs tables à la fin de chaque volume. Elles sont au nom- bre de trois, condensées ici en tables générales.

1^ Une table des matières par ordre alphabétique;

Un index des noms propres et lieux géographiques;

3^ Une concordance des versets bibliques, selon Tordre de la Bible hébraïque.

Voilà les éléments nécessaires à une enquête de détails disposés de telle façon, que pour la première fois ils deviennent accessibles à cha- cun. Et désormais, dirons-nous avec l'abbé Ghiarini (précisément pour rejeter ses calomnies), on pourra comparer les citations faites du Tal- mud avec le texte primitif, afin de s'assurer si elles sont fidèles et fidè- lement appliquées.

1 . Pour Ja sùric Babli on a indiqué le côté, invariable dans chaque édition, et pour la série de Jérusalem, le chapitre et le paragraphe en joignant entre ( ) le lolio.

§ 10.

CONCLUSION,

On aura lu plus haut 3) comment les hésitations venant de notre propre mouvement ont été surmontées. Mais, au dehors, les calomnia- teurs d'Israël l'accusaient de ne pas vouloir publier une traduction du Talmud, sous prétexte que nous éprouvions la crainte de dévoiler cer- tains mystères à Tusage de notre communion, et que nous n'avions pas le courage de faire connaître au public les passages répréhensibles de ce vaste recueil. Pour nous défendre contre ce reproche, laissons la parole à un avocat israéhte ^, qui s'est déjà exprimé à ce sujet en des termes probants, et dont nous reproduisons ici toute Targumentation comme conclusion :

<( Un livre qui pose en principe que tous les justes, à quelque reli- gion qu'ils appartiennent, ont droit aux récompenses du monde à venir, à régal des Israélites '^; qui déclare que les œuvres sont, partout et pour tous, au-dessus de la foi ^; qui rappelle aux hommes leur origine com- mune, et leur ordonne, dès lors, de s'aimer comme des frères 4 ; qui fait du dogme de l'unité de Dieu la base et la loi de l'unité du genre humain et de la réunion future de tous les hommes dans la même croyance; qui proclame que, ce monde n'étant que V antichambre du monde futur, il faut se préparer en ce lieu de passage, avant de péné- trer dans le palais éternel^; qui ne cesse de prescrire le dévouement, Tabnégation, l'humilité, le dégagement des intérêts égoïstes, qui exhorte

1. Vérité, etc., t. VI, p. 603 et suiv.

2. Mischnà tr. Sanhédrin, XI, 1,

3. B. Qiddouschin, fol. 39b.

4. Midrasch, Bereschith ïlabba, section XXiV.

5. Traité Pirké Abôth, IV, § 21.

LXXXV

sans cesse Thomme au travail, à la recherche du progrés, à l'améliora- tion de Pâme et du corps, à la patience dans le malheur, à l'espérance dans la souiïrance physique ou morale ; un livre se trouvent presque à chaque page ces heaux principes de vertu, peut être cité avec orgueil par ceux qui le possèdent et honore ceux dont il exprime et conserve renseignement.

(( Maintenant, qu'il y ail dans le Talmud quelques passages l'indi- gnation des opprimés et des vaincus pendant une lutte de prés de deux siècles contre les peuples païens éclate avec violence, qui pourra s'en étonner? Est-ce que, chrétiens et Juifs, nous admirons moins la morale de la Bible, parce qu'en certains endroits le livre saint prononce contre les ennemis des Hébreux des paroles de vengeance, de haine et d'exter- mination? Est-ce que l'expression furieuse qui termine le beau chant patriotique des Juifs captifs auprès des fleuves de Babylone, a empêché l'Église chrétienne d'en faire un des morceaux les plus solennels de sa liturgie i? Il faut comprendre et excuser les faiblesses humaines. Les Hébreux, en face d'ennemis acharnés qui profanaient le temple de l'É- ternel, qui les poursuivaient avec une rage croissante, qui se liguaient sans cesse pour les anéantir, ont répondu souvent à la violence par la violence; ils ont maudit leurs bourreaux; ils ont crié vengeance contre leurs oppresseurs. Le Talmud, qui a eu pour but de recueilhr indis- tinctement tout ce qui a été écrit, tout ce qui a été pensé, tout ce qui a été exprimé en Israël pendant la période du second temple, jusqu'à la chute défmiiive de Jérusalem, le Talmud nous a conservé ces cris de colère et de désespoir, au milieu des paroles de charité et de pardon que prononçaient en même temps les vrais sages dujudaïsme; de même il nous a conservé une foule de discussions puériles, d'erreurs manifestes ou sujettes à caution, dont ses compilateurs appréciaient certainement l'inanité, mais qu'ils ont recuellies avec soin comme un tableau fidèle de la vie morale et matérielle d'Israël pendant cette époque de lutte suprême. Etait-ce l'enseignement des docteurs talmudistes, des pères éminents de la Synagogue, des sages dujudaïsme? Non, sans doute;

1. On sait quo ce magnifique psaume se termine par cette imprécation : « Heu- reux qui saisira tes enfants et les brisera contre la pierre ».

LXXXVI

ceux-là s'appelaient le fils de Sirnch, PliHon, Josèplic, Ilillel, Schanimaï, etc. lis restaient, môme au milieu des calamités du peuple élu, dans les régions sereines de la vérité, de la justice, du droit, ne troublant jamais par les passions de la rue la pureté de loi morale'.

c Que dirait-on de critiques qui prétendraient juger la morale du peuple et des législateurs français sur les furibondes invectives, sur les violences sanguinaires de la Marseillaise ou du Chant du départ ? Et cependant, ces cliarits de Laine et de vengeance sont devenus l'hymne national de la France. Les Hébreux de Tépoque talmudique avaient trop de motifs pour détester les dévastateurs du temple et de la cité sainte, les envahisseurs de la Judée, pour qu'on ne pardonne pas les colères violentes que la tyrannie païenne a pu leur inspirer. Ce n'était pas de la haine religieuse ; c'était une hame politique, et nous ne con- naissons pas de peuple, pas de société qui, malgré les pieux enseigne- ments de ses moralistes, ait échappé à ces sentiments instinctifs du pa- triotisme irrité, dans des circonstances analogues à celles se sont trouvés les Hébreux sous la domination grecque et romaine.

« Le mouvement intellectuel de l'impulsion talmudique, déjà si remarquable dans l'ordre moral et au point de vue littéraire, l'est bien plus encore dans Tordre théologique. Les questions dogmatiques, les difficultés psychologiques que les écoles de Palestine ont soulevées et résolues, sont innombrables. Toutes les grandes questions de théologie abstraite qui, depuis des siècles, agitent et divisent les philosophes et les penseurs, ont été abordées par les docteurs juifs. et disculées avec une liberté d'interprétation vraiment exliaordinaire. Tout ce qui se rap- porte à la nature, à la création et aux facultés de l'àme, tout ce qui con_ cerne la vie future, la doctrine de l'immortalité, de la métempsycose, de la résurrection, du jugement dernier, de la rémunération ou du châ- timent au delà du tombeau, de l'éternité des peines, de l'enfer et du paradis, des anges et des démons, esl l'objet d'innombrables discussions de la part des maîtres talmudistes. C'est surtout sur l'époque messiani- que que portent leurs éludts et leurs controverses, et c'est qu'éclate

1. Voir ci-dosir'us, \). XX et suiv.

LXXXVil

le caractère d'universelle tolérance qui dislingue leur doctrine générale. C'est par eux que le messiani.^me a pris cette largeur, ce caractère humanitaire qu'avaient exprimé les prophètes et que les docteurs lal- mudistes établissent avec une hauteur de vues et un sentiment admirable de l'unité et de la fraternité des hommes. En un mot, pour tout ce que la Bible n'avait pas formellement consacré ou n'avait que vaguement défini, le talmudisme supplée à l'insuffisance du texte par une philoso- phie aussi riche que puissante; on peut dire qu'il n'existe pas une ques- tion intéressant l'existence présente^ l'avenir terrestre et céleste de l'homme, pris comme individu ou comme être social, qui n'ait été élu- cidée par les importantes discussions des sages de la Synagogue.

(T Chose curieuse, ce n'est pas à la seule raison qu'ils ont recours pour résoudre tous les grands problèmes. Leur respect pour les saintes Écritures est si profond, qu'ils s'épuisent en formules et même en stra- tagèmes pour rattacher leur enseignement aux principes du livre révélé. Ils ne reculent pour cela devant aucun moyen ; ils altèrent le texte; ils font des jeux de mots incroyables; leur étrange exégèse descend jus- qu'aux calembours les plus approximatifs, pour faire dériver d'un verset biblique une nouvelle pensée philosophique ou morale. Le raisonnement est presque toujours d'une puérilité excessive ; mais que de généreuses pensées, que de grandes inspirations, que de sublimes maximes sortent de ce bizarre système 1 et si l'instrument de la liberté excite les risées ' de ceux qui l'observent, combien sont belles et fécondes les œuvres qu'il enfante ! Par ce système bizarre, les talmudistes ont fait une nouvelle société, moralement, religieusement et politiquement parlant ; ils ont été des réformateurs, des novateurs bien autrement hardis et puissants que les évangélistes et les apôtres du christianisme, et ils ont eu sur eux l'avantage de maintenir dans son inaltérable pureté et dans sa simplicité divine la foi d'Israël, au lieu défaire, comme les apôtres, de redoutables concessions aux erreurs du paganisme.

<i L'élan que le Talmud a imprimé à l'esprit humain pendant la période du second temple, en créant en Israël un mouvement littéraire, philosophique et théologique, tout nouveau dans l'histoire du judaïsme, a donné naissance à un certain nombre de sectes, qui ont fortement

LXXXVIU

caractérisé celle époque. Aulrelbis, sous le premier temple, il n'y avait en Judée ni partis, ni écoles. La voix de Dieu parlail au peuple par l'iniermédiaire des prophètes; elle ordonnait, elle imposait des lois. Sou- vent ses ordres étaient méconnus, et le peuple élu tombait dans los éga- rements de ridolàtrie. Mais il n'existait pas alors de terme moyen entre la loi et rimpiété. On était pour Dieu ou pour Baal; on était tout entier à la loi du Sinaï ou au culte des idoles. Mais parmi les fidèles d'Israël, on n'aperçoit pas de traces, soit d'opinions divergentes sur les principes et les conséquences de la loi révélée, soit de schisme sur un dogme quelconque. La liberté d'interprétation proclamée et si largement mise en pratique par les docteurs talmudistes devait nécessairement changer celte situation, en donnant des ailes à la pensée et en introduisant l'exa- men et la discussion dans le champ des croyances religieuses. Aussi voit- on partout en Israël les docteurs succéder aux prophètes, les libres penseurs aux hommes inspirés^ parlant au nom de Dieu

d Les chefs des écoles juives n'aspirent pas d'ailleurs à cette autorité absolue qu'avait autrefois le prophète ; ils ne se présentent point au peuple comme les mandataires et les organes de la divinité ; ils n'at- tribuent pas à leurs opinions une valeur surnaturelle; ils n'imposent pas aux Israélites l'obligation de s'y conformer, et c'est même pour laisser à chacun le droit de rechercher ce qui lui paraît de plus vrai dans les sentinjents contradictoires des docteurs que le Talmud rapporte avec soin les opinions particulières qui se sont produites, et qui ont été repoussées par la majorité *. C'est dans cet esprit que, selon les talmudistes, tous les avis sincères doivent être accueillis avec respect, comme étant « les paroles du Dieu vivant 2. »

(T Les talmudistes accordent une si grande suprématie à la raison, qu'ils n'admettent pas même que l'on puisse, par un miracle, lui imposer silence; un passage talmudique extrêmement caractéristique, sur les idées de cette intéressante époque, prouve à quelle hauteur les lalnui- distes plaçaient la puissance souveraine de la raison. ^ Un miiacle,

1. Tr. Eddouyoth, I, i^§ 5 et G,

2. l]., Ir. Eroubin, loi. 13^

LXXXIX

disent-ils, ne suffit pas pour dcmonlrcr mcmc^(c une vérité d. Voici, à l'appui, la légende suivante :

« Une grave question de doctrine s'était soulevée dans un bclhdin entre R. Éliézer et ses collègues; elle concernait l'application de la loi aux choses pures et impures. Tous les arguments présentés par 11. Éliézer en faveur de son opinion avaient été combattus et repoussés : « Si la raison est de mon côté, s'écrie enfin le docteur avec indignaiion, que « cette plante de caroubier qui est près de nous en soil la preuve ». Aussitôt la plante s'arrache à ses racines et se transporte du côté opposé. T Qu'importe ce prodige? s'écrient ensemble les autres docteurs, « et que prouve ce caroubier dans la question qui nous divise? Eh d bien, reprend R. Éliézer, que ce ruisseau qui coule près de nous dé- « montre la vérité de mon opinion i>\ Et soudain, ô merveille! les eaux du ruisseau remontent vers leur source, a Qu'importe, s'écrient de « nouveau les autres docteurs, que les eaux de ce ruisseau s'écoulent « en bas ou en haut? il n'en résulte aucune preuve pour notre dis- (t cussion. Que les murs de cette salle, dit R. Éliézer, soient donc (( mes témoins et mes preuves »! Et aussitôt les colonnes se courbent et menacent ruine. << 0 murailles, s'écrie alors R. Josué, lorsque les sages «r discutent sur l'interprétation de la loi, qu'avez-vous à faire là-dedans )>? Et les murailles s'arrêtent dans leur chute, contenues par la voix austère du docteur respecté. « Que la voix de Dieu prononce donc entre nous » ! dit R. Éliézer. Et, en effet une voix surnaturelle se fait entendre dans les hauteurs, disant : ce Cessez de contredire R. Éliézer; la raison est de d son côté ». Mais R. Josué se lève, et protestant contre la voix mysté- rieuse, il s'écrie : <( Non, la raison n'est plus cachée dans le ciel ; elle a <r été donnée à la terre, et c'est à la raison humaine qu'il appartient de a la comprendre et de l'interpréter ; ce ne sont plus des voix mysté- (T rieuses, c'est la majorité des sages qui, seule, doit décider désormais les questions de doctrine ». Ainsi, pour le talmudisme, la période miraculeuse est close; les discussions des docteurs dominent les paroles des prophètes; le raisonnement remplace l'inspiration divine; lecommen-

1. Kilo se trouve au B., tr. Baba Metsia, fol. 59. Cî. J. trad., t. VI, p. 322.

xc

laire, livre à la libre inlerprélalion des majorités, supplée à la loi révélée,

désormais complète et donnée à la terre.

a Aussi le mouvement des écoles et des sectes est-il prodigieux pendant la durée du second temple. L'histoire nous a conservé le nom et les doc- trines des plus importantes. Qui ne connaît, du moins sous leur déno- mination générale, les Pharisiens, les Sadducéens, les Esséniens, ces trois grandes divisions du judaïsme depuis le retour de la captivité de Babylone?De nombreuses écoles existaient, en outie, sous ces appella- tions générales. Nous connaissons moins les conditions intérieures des Sadducéens et des Esséniens que celles des Pharisiens, dont le Talmud nous a conservé avec tant d'attention les doctrines diverses; mais à la multitude d'écoles que nous révèle ce monument du talmudisme, on doit penser que les auti es grandes sectes n'étaient pas moins divisées que le pbarisaïsme sur leurs doctrines générales.

î 11 est inutile que nous étudiions ici les caractères particuliers à cha- cune de ces grandes sectes. On sait que les Sadducéens, qui étaient d'ailleurs, en réalité, plutôt un parti politique qu'une secte religieuse et qui disputaient aux Pharisiens le pouvoir populaire, s'en tenaient rigoureuse- ment au texte biblique, n'admettant pas l'autorité de la loi orale et tra- ditionnelle, et renfermant obstinément tous les progrès de l'esprit hu- main dans la lettre de la loi écrite. Tout ce qui n'était pas clairement et positivement écrit dans les livres sacrés, était impitoyablement re- poussé par eux. Il n'y avait à leurs yeux d'autre esprit, d'autre être immatériel que Dieu; ils n'admettaient ni la doctrine des anges, ni l'immortalité de l ame, ni les peines et les récompenses de la vie future.

4 Au point de vue social et pratique, c'étaient si l'on peut parler ainsi, des conservateurs opiniâtres, tandis que les l^harisiens étaient les libéraux et les progressistes du judaïsme, vivifiant la lettre par i'e-prit, proclamant la liberté de la pensée, donnant aux décisions de la majorité une puissance obligatoire, et marchant, suivant les mœurs et les épo- ques, dans une voie indéfiniment progressive qui a sauvé le judaïsme de rimmobilité et de la mort. A côté d'eux les Flsséniens étaient des espèces d'ascètes, des mystiques, qui faisaient de la pureté absolue, de la vertu sans tache, le but de la vie immaine.

XCI

« Il est impossible de passer ici sous silence" une autre grande secte que l'on peut appeler l'hellénisme, et qui avait tenté jusqu'à un certain point la conciliation du mosaïsme avec la [)hilosophie ; école puissante, dont Philon a été l'expression et Alexandrie le foyer, et qui a IVayé évi- demment la voie au triomphe des apôlres chrétiens, i Alexandrie avait un temple à l'exemple de Jérusalem ; mais la langue grecque et les mœurs grecques avaient envahi la population juive de ce grand centre intellec- tuel, et le judaïsme pur y avait beaucoup dévié de sa rigidité primitive.

« Ce qui frappe et étonne surtout dans ce gigantesque mouvement d'idées, d'opinions, de principes, de sectes et de partis, c'est que la con- tradiction y est sans colère, la latte sans haiae, les dissentiments sans discorde ^ . Il n'y a ni schisme, ni hérésie, ni persécution, ni fana- tisme. Toutes ces écoles divergentes vivent côte à côte paisiblement, en bonne intelligence. Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, tous se rendent ensemble, aux jours consacrés, dans le temple du Dieu vivant, et nul anaihème ne s'y formule contre ceux qui n'adoptent pas la décision de la majorité. Jamais, dans aucune société politique ni religieuse, le droit sacré des minorités ne fut aussi largement reconnu et respecté qu'en Israël, à l'époque talmudique. Le Talmud rapporte toutes les opinions, toutes les erreurs, simplement, sans parti pris, sans exprimer la moin- dre parole de blâme contre les dissidents. Et, en effet, l'histoire du tal- mudisme ne nous révèle pas un seul fait duquel il résulte que cet immense amas de contradictions et de controverses religieuses ait été l'occasion d'une lutte civile. Il y avait des dissidents nom- breux ; on n'y trouvait pas des ennemis. Pourvu que chacun recon- nût l'unité du Dieu d'Israël, pourvu qu'on ne portât point atteinte aux dogmes fondamentaux de la loi, pourvu qu'on ne tentât pas d'introduire en ludée le culte des idoles, toutes les opinions étaient tolérées et tous les partis étaient libres ».

En somme (selon les termes de M. Ad. Franck, ibid), le Talmud n'est pasl'œuvre d'un homme, d'une école ou d'une secte particulière, mais celle d'une race et d'une religion: c'est l'œuvre collective du Judaïsme

1. Voir VlIcUénismc par Er. lïavol.

2. Vie de HiUcl l'Ancien, par M. le grand rabbin Tréncl, p. 513,

XCII

et du peuple juif pendant sept ou huit siècles de leur existence, cinq siècles au moins, si l'on s'en tient au Talmud de Jérusalem. Ils y ont mis leur esprit, leur vie, leur foi, leurs espérances, leur piété et leurs supers- titions, leiir ignorance et leur lumière, leurs haines et leurs prédilections . C'est un monument historique et religieux, qui, bien que d'un ordre inférieur, fait suile à la Bible.

Tels sont les éléments épars que contient le Talmud, et dont l'examen direct deviendra possii)le par une traduction. Si nous étions arrivé à rendre ce seul service au public, de lui permettre de juger directement le contenu du Tahnud et ^a valeur, nous serions satisfait. Nous savons bien que nous sommes loin d'être parvenu à la perfection. Le vœu exprimé en tête de notre t. P^' a été réalisé peu après sa publication ; de nombreuses corrections nous ont été signalées, pour ce même volume, et la réim- pression en a profité. En outre, relever ici la hste complète à dresser des rectifications serait assurément une lâche utile; mais elle dépasse les li- mites du présent cadre. Seulement, à titre d'exemple des corrections, indiquons ici quelques-unes déjà faites dans le cours même de l'ouvrage :

Le tr. Kilaïm, II, 5 (t. II, p. 242) est corrigé au tr. Pesahim, VI, 2 (t. V, p. 89)* Un passagedu tr. Berahhôth, III, 5 (t. I, p. 68) » tr. Guittin, VI, 3 (t. IX, p. 39);

« tr. Demai, III, 4 (t. II, p- 161-3) » Abôda Zara, II, 3 (t. XI, p. 195);

« tr. Troumoth, I, 1 (t. III, p. 2-3) » Guittin, Vil, 1 (t. IX, p. 46) ;

« Même traité, X, 9 (t. III, p. 121) » Abôda Zaro, 11,7 (t. XI, p. 205) ;

« mdarim, I, 1 (t. VIII, p. 16) » Mzir, 1, 2 (t. IX, p. 88);

« Sôta, V, 1 (t. VII, p. 278) » //oraïo^/i, I, 3 (t. XI, p. 253).

Cependant, celte conscience de notre imperfection ne nous a pas dé- tourné de notre tâche; les critiques les plus compétents tiendront compte des diificultés que comporte un tel travail, parce qu'ils savent qu'il n'est pas toujours aisé de vaincre ces difficultés. Ce n'est nullement une lecture amusante ofteite ici au public, et un seul vœu sera formulé de nouveau : que le lecteur ait la patience de suivre ces pages, comme nous l'avons eue pour arriver à les mettre sous ses yeux. Il finira, nous l'es- pérons, par prendre goût à cette lecture; il éprouvera la sati>faction de trouver lui-même les passages liistori([ues, les légendes, les discussions, en un mot tout ce qui l'intéressera selon ses éludes spéciales, et ce jour- (s'il arrive jamais), l'elYort accompli ne sera pas regretté, de part ei d'autre.

TABLE DES MATIÈRES

(des XI VOLUMES DE LA TRADUCTION)

Ab, mois de l'année juive, jeûne grave et historique du 9 Ab, VI, 149, 151, 164, 194-6.

Abandon : les produits (d'), ou sans valeur, dispensés de tous droits, II, 2,27, 59, 65, 70-7, 80, 106, 121-3, 158, ils échappent aux lois de la SchmUta, 360-2, 369,-71, 380-418; à celles de Toblation, III, 129, et à celles des dîmes. III, 138, 168-173, 314,379, régie applicable h la péa^ 11,52; en quel cas l'abandon est effectif, VI, 32-33; état de la sep- tième année agraire, ou de repos,

VIII, 191-3.

Ab beth-din, vice-président du tri- bunal suprême, I, 80.

Abel. Voir Deuil.

Abîme souterrain, ou fond de la terre : sa profondeur supposée égale à l'épaisseur du firmament, ou à son étendue en sens vertical, I, 7 ; XI, 54.

Ablution des mains après et avant le repas, 1, 10, 138 ; son importance, 141 ; au Kippour, V. 175, 242.

Abolition partielle de lois : comme elle a seule une suite effective, elle est dangereuse, XI, 253-4.

Abram et Abraham, rectification du nom, I, 25; à lui se rattache la prière du matin, 72; son interces- sion près de Dieu pour obtenir le pardon de toutes les générations, 165; sa manière d'adorer Dieu était la meilleure de toutes, 171.

Abreuvoir et canal h Jérusalem, VII, 21, 171, 235.

Abréviations. Voir prières courtes.

Absence : elle n'empêche pas les témoignages, X, 262.

Abstème, état spécial de pureté, XI, 64, voir aussi ; Nazir.

Acquisition, formalité de mise en possession et procédé qui la rend valable, I, 154, 158-9; t. V. p. 22;

IX, 39, 58-9, 216, 226 9, 258-9; X, 217 valeur de celle faite par les païens, 186-7; elle entraîne le devoir de prélever les parts légales, 139; mode d'épouser une femme, IX, 193;— du bétail, 222-3, laite en Palestine, X, 262.

Actes : divers VI, 327; cas de renon- ciation X, 51, 61 ;juridique, proté- geant la rémission jubilaire (pres-

cription) d'une dette, II, 428-9; im- portance de la date, 430-1 ; mode de rédaction, VIII, 270-2; —chauve, nom de l'acte signé au dos, IX, 67; inconscient, accompli par un sourd, ou un idiot, ou un enfant, 111,1, 2; cas d'annulation, IXl, 2, 29, 36, 67,72 ; - d'affranchissement, 7, 74, 219; imposé par la force, 81; sa confection et ses attesta- tions, X, 219, 220-6.

Abstentions de travail, recom- mandées aux jours de fête, VI, 133.

Abstinence. Voir Vœux.

Accessoire de dîme, p. ex. les cruches contenant des liquides, 111,229 et suiv.

Accident : il entraîne la responsabi- lité de son auteur, X, 15.

Accouchement pénible, procédé h suivre en ce cas, IV, 156 ; l'aide est alors obligatoire, 175-6.

Achat, état légal, X, 103, 106-7, 109 ; quand est-il valable, 124 ; quels achats sont défendus pour éviter le recel, 82.

Acheteur en gros; comment il ré- dime les produits, 11,176, 182; en détail, 182-3.

Achèvement erroné d'une lecture d'office, 1,25.

Actions, bonnes ou mauvaises, ré- compenses futures, II, 20, 21.

Action de grâces, après le repas, I, 2, 20, 44, 61, IX, 136; celle du schemoné-essré, ou neuvième sec- tion, 1,21, 43, invitation à celle du repas, 23. 121, 125; ses sections, 127; quatrième section, 23, 127; tous doivent la dire, 62; elle peut être dite pour d'autres, 63; en so- ciété, l'un la dit pour tous, 121,132, 134 ; sacrifice valant comme telle V, 28.

Adaptation : une pièce déjà cons- truite sans but officiel n'est pas admise h servir pour la fête de la SoMCoa (Tabernacles), VI, 11.

Adar,X1I° mois de l'année lunaire, II, 67, 333 ; V, 260 ; VI, 55; son carac- tère, 80 ; fête d'Esther, 162, 206-8; mois redoublé en cas d'embolisme ou équilibre de 1 année lunaire avec 1 année solaire, VIII, 207, 216.

Addition ; celui qui fait une addition aux ordres et aux formules de^

xciv

docteurs est condamnable, I, 17, 105 ; à la prière de Vn)nid(i,S\ ;de prières, VI, 87, 95, 98, l-U-2,158-9.

Adhi^sion des produits à la terre, motive la dispense des prélève- ments, II. 188.

Adjuration eu témoignage, XI;130-6. Voir aussi Serment.

Administrateur ; son importance, II, 112 ;deux Irôres ne doivent pas siéger au môme conseil, i6/(/.; quel sera le nombre des V, 295.

Admission des élèves dans l'enceinte de l'école; restreinte sous la pré- sidence du sévère R. Gamaliel, 1, 80.

Adolescence d'un esclave : provo- que sa liberté, IX, 206-8; signes physiques, XI, 20.

Adultère : une telle femme n'a pas droit au douaire du mari, VIII, 3, 4, 97 ; pénalité capitale que ce crime entraîne, 50 ; XI, 5, 7, 9; hy- pothèse de ce crime à défaut de virginité chez l'épouse, VIII, 51,56; signes révélateurs, 97. Voir à Sola.

Agitation des lèvres ne suffit pas pour prier, 1,7?.

Agneau pascal, mangé par Hillel avec le pain azyme et l'herbe amère,III, 296; offert par des femmes, 312; à consommer le premier soir de Pâques, V, 33; tenu pour sacrifice, 60-4, 75-6, 83, 88, 9H, 97, 110, 113-4.

Agriculture hébraïque, procédés particuliers, II, 227-9. Voir Greffe, Schebiith, Kilaim.

Aîné : le fils reçoit double part de l'héritage paternel, VIII, 130-1.

Aînesse, droit de propriété, X, 207.

Ail, son développement, II, 368-9, 370.

Ailes de pigeons, les phylactères métamorphosées par miracle en ailes pour sauver leur porteur, 1,37.

Ajournement de la punition, 1,260-3.

Akiba, extension de son enseigne- ment, V. 292.

Aliments ; ne pas les rejeter, ni les laisser sur la route, II, 160; 111,89, ou les préserver de l'impureté, 100-1 ; interdits,347-8; dûs à la femme par le mari, VIII, 80, 90-2 ; IX, 181.

Allaitement d'un nourrisson, doit être assuré par les parents, VII, 273-4,durée légale, VIII, 75 ; IX, 55.

Alleluia, composition de ce mot sacré, VI, 28.

Alliance d'Abraham, sa mention est obligatoire dans la troisième sec- lion du schemày I, 25.

Alliances. V. Unions.

Allitération, confusion des lettres. Voir jeu de mots.

Allocutions des prophètes, termi- nées par des consolations à Israël, I, 94

Allusions. Voir Exégèse.

Alphabet, lettres hébraïques, leur rôle, VI, 275-6 ; leur permutation cabalistique, 174 n.

Amalek, son habileté à la guerre, VI, 91.

Ambiguïté de certains termes, VI, 61, 92. V. aussi Jeu de mots.

Ame des ancêtres; souvenir i\ res- pecter, V, 48, 154.

Amélioration du sol : le profit qui en résulte revient au premier pos- sesseur, IX, 20.

Amen, adhésion à. la prière ou office divin, I, 149; VI, 160; VII, 250-4, 301-3; variétés, I, 150, 174.

Amendes à payer, pénalités ; 11,27-8, 54, 65; III, 6i-86, 169; VIII, 8, 12 XI, 105,35, 37-8,45-6,51 ; X.23 ; à qui, les paye-t-on, VIII, 35,37-9, 41,43-4, 47-8;— du double, quadruple ou quintuple, X, 55-8, 109. Voir aussi Supplément.

Amida, prière des 18 bénédictions {schemoné essré), dite debout, I, 2; XI, 105 elle exige la jonction des pieds, ï, 8 ; c'est une prescription biblique, 15 ; détermination des jours et de l'heure de la récitation, 15, 82; objet de chacune de ses sec- tions, 40-1, 43 ; son origine, 41; on ne doit pas la faire sur un mur en construction, 44; en cas de décès d'un proche parent, on est dispensé de la réciter, 53 ; les femmes, les esclaves et même les enfants doivent la réciter pour attirer sur eux la miséricorde divine, 61-62 ; celles du vendredi soir et même du samedi soir peuvent être anti- cipées, 78-79; prières supplémen- taires dites à la fin, 81, VI, 87, 95-8, 141-2, 158-9; le résumé de la prière suffit, I, 82; motif du nombre des sections, 83; origine de celle du Sabbat, 84.

Amidon de cuisine, fabrication com- prenant du ferment, V, 35.

Ammonites, distinctions à établir entre leurs divers prosélytes. Vil, 121.

Amora, celui qui explique l'avis d'un l'ana, docteur antérieur, X, 263. V. aussi Orateurs.

Amphithéâtre et hinpodrome; in* terdits à titre tl'idolâtrie, XI, 187. Analogie de termes : c'est l'iadice

XGV

d'une de pénalités, ' XI, 39.

Anathème, formule d'inlerdii, "VI II, 174-5.

Anatomie ; organes de la femme, XI 297.

Androgyne, VII, 125-7; son étal ju- ridique, en raison du doute sur son sexe, 113-4, 125; XI, 113.

Anecdotes relatives aux droits des pauvres, II, 114-9; aux devoirs des dimes, 130-2 ; aux poisons, III, 93-5; à la solidarité, 111,107; au de- voir de la bienfaisance, 11,6-8; à ce lui d'honorer ses parents 9 à 13 ; à l'étude de la loi. 14, à la calomnie, 15, à l'abandon, 159; au calcul du carré, VII, 286.

Anges, intérieurs aux âmes des humains, IV, 80; leurs noms ap- portés de Babylone en Palestine, VI, 62; leurs pieds sans jointure, 1, 5; XI, 148.

Angles de la barbe ; défense de les détruire, IX, 235.

AniErs, fournisseurs de denrées, non dignes de ioi, II, 175.

Animaux, doivent se reposer au Sabbat, IV, 59-63 ; ceux qu'il est interdit d'atteler ensemble, II, 228, 303-7, X, 48 ; domestiques et sauvages, 307; ils mettent bas h temps fixe, VI, 162; dange- reux, dont le maître est respon- sable, VIII, 132; conséquences des dommages qu'ils causent, X, 14 ; de ceux qu'ils subissent, 130-3,138, 140; devoir de les décharger en cas d'excès, et de les ramener à l'étable, X, 97-8 ; leur vente, 190-1 .

Année agraire ; ses effets légaux, XI, 162. y oiv Schebiith.

Année lunaire, mise d'accord avec l'an s laire par une intercalation d'un mois,II, 66 ; III, 379; VI,79, 146 207,287; VII, 71; VIII, 206-8; IX, 94; X, 232-6; emboiisme calculé par Samuel, I, 10; comput prévo- yant les fêtes, 11,332, 425-6; III, 256; l'année du déluge ne compte pas dans la supputation du temps, VI, 54; civile ; à quelle époque elle commence, VI, 52, 58, 61-6; religieuse, 62, 154; elle influe sur les contrats, 55; dates douteuses, 142.

Annulation d'objets sacrés,par suite du mélange au profane, III, 47-9, 50-63, 112,120-7 ; ou d'un objet quel- conque par excédant de mélange, 266, 329, 330-4, 350-4 ; —des vœux par un sage (homme compétent), Vni,98,175-250;— des conventions, 113; IX, 132-3; de ceux de l'esclave

par &on maître, 162 ; de témoi- gnage, X, 59, de jugement, 262-3.

Anonyme : un avis est celui de la majorité, 1,38; VII, 70.

Anticipation de la cuisson pour lo jour de fete, VI, 114-6, 120 ; est h étendre au profit d'autrui 115.

Antilope, ses caractères. Ill, 380-1.

Aphorisme de morale, IX, 286-9.

Apostasie de Jonathan, petit-fils do Manassé, I, 162.

Apparence du mal : doit être évitée, II, 310-1.

Apparition des étoiles, indice de l'arrivée de la nuit, 1, 2.

Appellations diverses d'une sorte de vœux,VIII, 159, 160-190 ; cor- rompues entraînant le naziréat, IX, 84-6, 89.

Apprentissage; règles à ce sujet,

IX, 32.

Arbre, même en haut d'un on peut prier, I, 149; ses produits sont soumis au droit de \a.péa, II, 24, 45, 52-3, et à celui de l'oubli, sauf le cas de particularités distinc- tives, 90-2 ; quels sont ceux qu'il est permis de joindre, sans que ce soit un mélange interdit, 226-7; quel mélange devra être considéré comme interdit, 281 ; culture dans la 7e année agraire, 325-338; 360-2; défense d'abattre un ; 364-5; flo- raison, 367-8; premiers ans de plantation. III, 313-56; il est bon de les tenir éloignés de la ville, X, 167, et des voisins, 171-2 ; leur vente, 191. de la vie, sa longueur, I, 7.

ARC-en-ciel ; à sa vue, on récite une bénédiction, I, 164.

Arche sainte ou de l'alliance divine, elle accompagna Israël au désert, 1, 34; V, 298, mise sur la voie pu- blique, en signe de désolation, VI, 151-2; déplacée sous David, XI, 54. - de Noë, façon de l'éclairer, V,2.

Argent du rachat; il peut parfois servir à un but profane, II, 125 ; de toute provenance, peut servir h acheter même des sacrifices, 111, 366 ; -- donné à la femme pour l'é- pouser, IX, 193,200-1, 227; valeur de ce terme, 217,242-3 249; son usage mutuel est interdit comme usure,

X, 133.

Argile d'Hadrien, contenant du vin,

XI, 197-8.

Arithmétique: anecdote sur le calcul du carré, VII, 286.

Armée de Julien (ou de Dioclétien), VIII, 178.

Arrogance : il est interdit de s'ar- roger de vains titres, 1, 51.

XCVI

Arrosage du chcamp,' subordonné au droit de glanage des pauvres, H, 71.

Artisans ; joints par groupes pro- fessionnels à Alexandrie, VI, 42.

As ou AsSARiON, monnaie, II, 106, 213 n., 402 n., 111, 157-8, 241 . IX, 193, 201.

Ascendants et descendants. V. Pa- renté.

Aspersion ; le cohen l'accordait à celui qu'il voulait purifier, I, 80, IV et 138; si elle est faite sans soin, elle est nulle, 1, 109; celle des hysopes trempés au préalable dans les cendres du sacrifice du péché, 126; du sang des sacrifices, V, 86,219, 222; IX. 32-3, 45; du Nazir purifié par l'eau lustrale^ 151.

Aspre, petite monnaie, III, 218.

Assarion = as, petite monnaie, II, 402; IV, 277; italien, VIII, 100.

Assassinat au temple par zèle reli- gieux, V, 179. Voir aussi Génisse, Meurtrier.

Assassins et brigands; fausses décla- rations à leur faire, VIII, 181-2; s'il en est un confondu parmi d'honnêtes gens, que faire, XI, 36.

Assertions contradictoires; procédé à suivre, VIII ï>8, 182.

Association ; ses effets sur le prélè- vement des parts à donner, II, 44-5, 202-4 ; III, 5, pertes et profits, VIII, 131-2 ; interdits réciproques entre les associés. 193 ; pour des immeubles, suites légales, X, 158-9, 160-1.

Assemblée : pour être légale, elle doit se composer de dix personnes, I, 133.

Assonance. Voir Jeux de mots.

Association pour l'oblation, III, 33- 4, pour la dîme, 243; pour la possession d'immeuble, II, 72.

Astronomie, marche du soleil, 1,6 etn.; les connaissances de Sa- muel à ce sujet, I, 160.

Attention qu'exige la prière, I, 28, 44-45, 72.

Attestations et signatures, IX, 68-9, 78-9 80, 216; de Naziréat, 174; de naissance, 281-4. Voir aussi Témoignages.

Attraction d un objet, constituant l'acquêt, XI. 163-8.

Attributs de Dieu; ils ne sauraient être définis, 1, 104,109, 134, 152; assimilés au nom môme de la Di- vinité, XI, 13, 135.

Audition; celle du schofar, 1, 29; de la prière, 49.

Aumônes; devoir de les distribuer, XI, 276-7 ; recueillies à haute voix, II, 156.

Aune (am ma), mesure, I, 67.

Autel (lu culte, VI, 302-3; commu- nal ou particulier, 220-4 ; ébréché, puis restauré, V, 171 ; service. 174, 226 ; ceux de Silo, VI,22o-8 ; érigés par Israël, sous Josué, Vil, 305-7; son effet protecteur sur celui qui le tient aux angles, XI, 88-9.

Avances faites, non remboursées, VIII. 147-9.

Avenir; on ne peut prier que pour l'avenir, non pour le passé, 1, 169.

Avertissement; doit précéder l'ac- complissement du crime, pour que la peine capitale soit appli- cable, 111, 77-9 ; VIII, 55; IX, 137, 144, 149, 176; XI, 81, 125, au locataire d'une maison avant le terme de la location, X, 113-4.

Aveu partiel, ses effets, VIII, 23,27, 121-2, 152-3 ;X, 10-; estune cause de présomption de la dette dotale, XI, 142-8, 152; effet moral en jus- tice, 170.

Aveugle : quels égards lui sont dus, II, 118.

Avis : on suit, selon Rab, l'avis le moins sévère, I, 38; celui de Schammaï ne sert pas de règle,17; conduite ^ tenue en conséquence par R. Éliézer, 16-17 ; celui de Hillel prédomine, 18; des sages sert de règle, 10 ; contesté par R. Gamaliel, 11 ; cas d'accord ou de désacccord, III, 32-3; on suit parfois l'avis sévère, parfois le plus facile, 336; celui de la majo- rité l'emporte, VIII, 17, 21, 120.

Avortement par suite d'un choc, suites légales, X, 44.

Avorton : a la forme d'une fève, IX, 162.

Azazel, bouc d'expiation offert le jour de Kippour, IV, 122, V, 155, 211, 232, 236.

Azimes, pains ; manger obligatoire à la fête de Pâques, V, 1 à 9, 28 ; anciens, sont parfois valables pour la Pâque, VI, 6. Voir aussi Pâques.

Baal, adoré en l'image du phallus, IV, 117.

Babylone; en la voyant on dit 5 bé- nédictions, I, 152; tour de Babel, V,305; captivité de Babel, comparée à celle d'Egypte, VI, 3i.

Babyloniens; gens au goiU perverti, II, 110; peu considérés par les Palestinieus, 1, 110; 111, 19*; 1V,81, 88, 143, 201; V, 69; VU, 325, 331 ; VIII, 125 ; IX, 138 ; X, 203 : proverbe

XGVII

h ce sujet, 229; hommage rendu à leur savoir, XI, 192, 222.

BAiGNOiaE: si ayant été fendue on la bouche à la chaux, elle reste un temps impropre au service legal, 1, 126.

Bain de purification; celui du cohen, I, 1 ; du Pontile, V, 191-4; heure de le prendre, 1, 2, 4; la salle de bain est considérée comme impure pour les pratiques religieuses, 35, 70; il est interdit la première se- maine de deuil, 46; il est permis en cas de danger, ibicl.; ordonné à l'homme qui était impur, 64 ; V, 129-131 ; c'est un usage nygiénique, I, 65; mesure légale de sa conte- nance, I, 67,126; III, 88; détails usuels,II,401 ; consacré à Aphro- dite, 410; indispensable après la circoncision, IV, 121; après les menstrues, V, 2, 33, 129; après la guérison des plaies, 255; du prosélyte, 131; légal, VI, 282-8; il est obligatoire même au jour de fête, 117; se trouve une statue d'idole, son usage, XI, 2i2. 223,238.

Balayage de la chambre, suivait ou précédait l'abluLion après le repas, I, 142.

Baleine ; Jonas fut tiré de son sein, 1,155-157.

Ballon, usage de ce jouet, XI, 41.

Bassin du Temple pour les ablutions sacerdotales. V, 197-8; VII, 171,235.

Bâtard : enfant issu d'union inter- . dite, IX, 271-5, 284.

Bath-kol, voix mystérieuse résol- vant les cas douteux, ou contestés par les rabbins entre eux, I, 18.

Baton dominateur, XI, 208.

Baton du percepteur d'impôts, signe de la -uprématie, II, 209.

Beautés; à la vue des beautés de la nature, on bénit Dieu, I, 159.

Belle-fille, ce qui lui est dû, VIII, 143-4.

Belle-mère, soupçonnée d'échanger les produits à son profit, II, 165-6.

Belle-soeur. V. Levirat.

Bénédiction du repas. Voir action de grâce.

Bénédiction usitée lors d'un ma- riage, VIII, 5.

Bénédiction sacerdotale, I, 5, 58, 107; h la solennité du Kippour,elle est répétée jusqu'à quatre fois, 6; VI, 175-6,252; Vil, 308-9; IX, 32-3; elle est précédée de l'ablution des mains. 1,10; c'est un précepte afhr- rnatif du Pentateuque,108; sa com- position, Vi, 177.

Bénédictions, celles qui accom-

pagnent le schema' du matin, que l'on dit avant et après cette lecture, I, 18, 178; celles du s.jir, ibid; ma- nière de les dire au temple de Jé- rusalem,19; de leur omission , ibid et 27; celles du détachement des gardes du temple, 20; celles de la Loi, ibid. pour lesquelles est-on tenu de se courber, 21 ; oublis et interversions, 23, n. l'homme im- pur ne les récite pas, 63 ; toutes doivent contenir la reconnais- sance de la royauté divine,152; à réciter poir inaugurer la soucca, VI, 6; en lisant la Loi, 244-7 ; celles des affligés et des fiancés, 249, pour le repas, 17, 190; pour le loulab,2^; additionnelle, 87, 95-6, 156-rf; si elles sont plus graves que le scho- far, 100.

Bénédictions des fruits et produits de la terre, 1,110-118; celle dit pain dispense d'une nouvelle formule pour le reste, 119; le total de celles que récite par jour un homme pieux s'élève à cent, 175.

Bénédictions et malédictions bibli- ques, ou sectio is du Lévitique fxxvi) et du Deutéronome(xxviii),